Greenpeace, 40 ans de combats

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Publié le 05-12-2011

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Campagne Detox à Vienne
Campagne Detox à Vienne
Teresa Novotny/Greenpeace

A l'aube de ses 40 ans, Greenpeace est toujours aussi active, comme en temoigne son dernier tour de force : avoir pénétré dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. Avec ses airs de multinationale verte parfois critiquée, l'organisation a multiplié ces dernières années les modes d'intervention et s'attaque désormais aux grandes entreprises. Avec plusieurs succès.

Ken quittant Barbie parce qu’elle participe à la déforestation en Indonésie, c’était le buzz humoristique lancé en juin par Greenpeace. Bien loin de son image initiale de gendarme des mers sauvant les baleines et militant contre les essais nucléaires, Greenpeace a fait du chemin. Dernier coup d'éclat : son intrusion le 5 décembre dans la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), pour démontrer les failles de sécurité des installations nucléaires. 9 militants ont ainsi réussi à entrer dans le réacteur et l'ONG annonce d'autres occupations de sites nucléaires à venir...

Témoigner au monde entier : les fondements de Greenpeace

Créée à Vancouver en 1971 par une dizaine de membres hétéroclites, pacifistes de la communauté Quaker, déserteurs de la guerre du Vietnam ou écologistes, Greenpeace visait à lutter contre des essais nucléaires ayant lieu en Alaska. Inspirés par la tradition Quaker, ils font de la notion de témoignage, leur fer de lance. Ils embarquent à bord du Phyllis Cormack pour atteindre la zone des essais avec des journalistes chargés de relayer le déroulement de la mission au monde entier. Malgré l’échec - ils sont obligés de rebrousser chemin avant d’arriver sur les lieux des essais - , ils réussissent quand même à mobiliser une partie de l’opinion publique autour de ce sujet. 40 ans plus tard, la technique est rodée mais ils ont su évoluer et expérimenter diverses formes de communication pour continuer à mobiliser l’opinion publique et lever des fonds.
Au départ spécialisé sur la lutte contre le nucléaire et la sauvegarde des océans, le petit groupe a grandi et a diversifié ses thèmes de combats notamment à travers la lutte contre le changement climatique : lutte contre la déforestation, pour une agriculture durable, campagne énergie/climat…

L’organisation a aussi étoffé ses moyens de contestation. Si les actions médiatiques restent la signature de Greenpeace, elle travaille aussi dans l’ombre. Les actions de lobbying auprès des institutions nationales (négociations du Grenelle) ou internationales (sommet de Copenhague) prennent de l’importance mais restent en constant balancier avec les actions médiatiques. « Nous avions focalisé beaucoup d’efforts sur les négociations de Copenhague mais cela a été un échec. On s’est finalement reposé la question de savoir où faire la différence si les dirigeants ne savent pas prendre de décision. D’où l’idée de remettre l’accent sur les entreprises transnationales à l’origine des grands désastres environnementaux », explique Sylvain Tardy, directeur de campagnes à Greenpeace France.

Les grandes entreprises en ligne de mire

Les dernières campagnes le prouvent : "Detox" contre l'utilisation et le rejet de produits chimiques en Chine par les grands équipementiers sportifs (Nike et Adidas), la campagne Kit Kat de 2010 sur l’utilisation d’huile de palme responsable de la déforestation, il arrive souvent qu’à force d’insistance les géants

La multinationale Greenpeace
Greenpeace est aujourd’hui l’une des premières organisations environnementales mondiales avec un socle de près de 3 millions de donateurs lui permettant d’atteindre en 2010 un budget record de 226 millions d’euros. Pour lancer les campagnes, réaliser des rapports, faire du lobbying, elle peut compter sur près de 2000 salariés répartis dans 28 bureaux nationaux présents sur tous les continents. En France, elle rassemblait l’année dernière 12 millions d’euros de ressources, 138 000 adhérents et une soixantaine de salariés ce qui en fait la septième structure nationale en termes de budget.
cèdent et acceptent les conditions de Greenpeace. « On essaye de cibler un acteur qui soit à la fois sensible à son image mais qui soit aussi représentatif du secteur que l’on veut attaquer. On ne vise pas forcément l’acteur direct à l’origine du scandale mais un acteur qui "profite du crime" et qui peut changer les choses », décrypte Sylvain Tardy. Au-delà des actions « traditionnelles » sur le terrain, elle utilise les nouvelles technologies et développe une nouvelle forme d’action : le cyberactivisme. Alors que les campagnes de pub de plus en plus humoristiques sont diffusées sur Internet, des militants sont chargés d’aller polluer les murs Facebook de grandes entreprises et de diffuser des pétitions électroniques.

Mais la relation de Greenpeace avec les entreprises peut prendre une forme plus apaisée. « Nous ne sommes pas dans une logique d’accompagnement mais plutôt de dialogue. Nous donnons des pistes de solution mais cela s’arrête là », explique Sylvain Tardy. Plutôt discrète sur le sujet, elle tient à ce que les entreprises le soient aussi. « Nous ne devons pas communiquer sur le sujet. C’est une demande explicite de Greenpeace. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois pour faire le point sur nos démarches. Ils maintiennent une certaine pression mais qui reste assez saine » explique le responsable développement durable d’une chaine de magasin en relation intermittente avec Greenpeace sur le dossier de l’importation de bois tropical. « Ils nous précisent bien que ça n’est pas parce qu’ils nous rencontrent qu’aucune action ne sera engagée contre nous. Ils en ont d’ailleurs réalisé une après notre première entrevue » ajoute-t-il. Mattel, lui, s’est laissé surprendre par la radicalité affichée de Greenpeace avec la campagne contre Barbie. « Nous avons été en relation avec Greenpeace sur de nombreuses questions d’approvisionnement de papier. Nous sommes surpris et déçus qu’ils aient choisi de communiquer de façon incendiaire », déplorait le groupe dans une déclaration après le lancement de la campagne.

Une multinationale verte au fonctionnement critiqué

Si le modèle de la multinationale est la nouvelle cible des campagnes, c’est aussi un mode de fonctionnement reproché à Greenpeace. Aujourd’hui, l’organisation n’est plus la structure artisanale de ses débuts. David Mc Taggart, un ancien homme d’affaires canadien, a pris en main l’organisation dans les années 70 avec pour objectif d’en faire une multinationale verte. Parie réussi : dotée de 226 millions d’euros de budget et affichant près de 3 millions d’adhérents en 2010, Greenpeace a les reins solides. Mais elle doit sans cesse trouver de nouvelles ressources pour alimenter une structure  internationale. Petit à petit, les dirigeants qui s’y succèdent ont moins le profil de l’activiste écologiste que celui de chef d’entreprise. En témoigne en France le dernier en date, Pascal Husting, qui travaillait dans la finance avant de prendre la tête de Greenpeace France. Depuis son arrivée, les ressources sont passées de 5,5 millions d’euros à 12 millions en 2010. Un saut réalisé grâce à l’efficacité dans le recrutement de nouveaux donateurs, qui s’effectue en grande partie dans la rue. D’après le rapport financier 2010, Greenpeace France consacre 35% de ses ressources à la collecte de fonds. Un poids souvent reproché à l’organisation. « C’est normal de mettre les moyens dans la collecte car il s’agit de notre seule ressource », justifie Sylvain Tardy. L’organisation se refuse en effet, depuis sa création, à toucher des subventions publiques ou à établir des partenariats payants avec les entreprises.

Un fonctionnement pyramidal voulu dès les débuts

Ce développement spectaculaire a aussi généré une certaine rigidité, bien loin de l’esprit du groupe des années 70, mais assumée par ses membres. « Greenpeace n’a jamais été une institution démocratique, dont les décisions seraient prises par la base ou les adhérents. Greenpeace est une organisation internationale dont les décisions sont prises au niveau international pour être relayées à l’échelon national. », explique Katia Kanas, ancienne présidente de Greenpeace France, dans un entretien sur le site de l’organisation. « Ce fonctionnement "pyramidal" a été choisi dès le début par souci d’efficacité vis-à-vis des sujets globaux que nous traitons », ajoute Sylvain Tardy. Ainsi, les groupes locaux existants en France n’ont pas été créés à l’initiative de militants locaux mais par le bureau national, pour diffuser les campagnes sur l’ensemble du territoire. Sylvain Tardy tempère : « Le cadre est fixé au niveau international mais il est largement partagé et les campagnes ne sont pas imposées aux bureaux nationaux. De même, les bureaux nationaux peuvent lancer leurs propres campagnes, à condition de ne pas répondre qu’à des enjeux locaux ou nationaux, mais à des enjeux globaux sur lesquels travaille Greenpeace. » Il reconnait néanmoins que cette indépendance est plus facile pour les bureaux nationaux financièrement aisés, qui jouissent d’une certaine indépendance matérielle. Avec ses dernières victoires sur Adidas ou Nestlé, Greenpeace veut quoi qu’il en soit prouver à ses détracteurs qu’elle n’a pas perdu la radicalité de ses débuts.

Pauline REY-BRAHMI
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