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À l’instar de la Chine ou de la Russie, la France s’intéresse de plus en plus aux ressources minérales sous-marines. « Les ressources minérales profondes vont devenir un enjeu majeur. La France et l’Europe doivent se positionner rapidement », soulignait François Fillon lors du dernier Comité interministériel de la mer (Cimer) en juin 2011. Après avoir créé un comité pour les métaux stratégiques en début d’année, le gouvernement devrait adopter prochainement une stratégie nationale sur les ressources minérales profondes en mer. En jeu, l’exploitation minière des grands fonds marins afin de sortir de la dépendance nationale pour les métaux « de haute technologie », encore appelés métaux rares ou stratégiques, comme le cobalt, le platine, les terres rares, le titan, etc. La première mine à 1800m sous la mer démarrera en 2012 Si, jusqu’ici, les contraintes techniques rendaient difficile l’exploitation des ressources en profondeur, ce n’est plus vrai. En particulier, depuis quelques années, l’industrie minière s’intéresse aux minéralisations hydrothermales sous-marines. Les sulfures hydrothermaux se caractérisent par une forte concentration en métaux et sont donc plus facilement exploitables que les autres ressources sous-marines connues, les nodules pollymétalliques et les encroûtements. La société multinationale Nautilus Minerals va ainsi démarrer en 2012 la première exploitation minière de dépôts hydrothermaux en Papouasie à 1800m de profondeur. Des permis d’exploration ont par ailleurs été déposés sur de nombreux champs hydrothermaux dans le Pacifique par les sociétés Nautilus Minerals et Neptune Minerals, concernant respectivement des surfaces de 264 000 km2 et 230 000 km2. En France, une campagne d’exploration en 2010 des fonds de Wallis et Futuna a permis de découvrir le « premier site hydrothermal profond et de haute température connu dans la zone économique exclusive (ZEE) française », précise un communiqué de l’Ifremer. Cette exploration a été conduite par un partenariat public-privé qui associe notamment l’Ifremer à Areva et Technip – une société française d’ingénierie pétrolière qui projette d’exploiter des minerais sulfurés. Et ce n’est qu’un début. La France possède la deuxième plus grande ZEE au monde après les États-Unis, soit 10 millions de kilomètres carrés. Et l’État a investi 22 millions d’euros depuis 2003 dans le programme Extaplac pour accroître encore de 10 à 15% son emprise marine. En vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, les États côtiers peuvent en effet étendre leur juridiction nationale jusqu’à 350 miles des côtes – contre 200 miles pour la ZEE –, s’ils peuvent justifier scientifiquement du prolongement de leur plateau continental dans cette zone. Le programme ad hoc Extraplac a déjà permis à la France d’obtenir un accord de l’ONU concernant ses demandes dans le golfe de Gascogne et au large de la Guyane et de la Nouvelle-Calédonie. Les ambitions nationales s’étendent aux eaux internationales. « Plusieurs pays manifestent un intérêt marqué pour ces amas sulfurés dans la zone internationale. La Chine a ainsi été le premier pays à avoir demandé un permis (...). La Russie en a fait autant au début de cette année », explicitait le Cimer en juin 2011. Le 30 novembre, la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, confirmait la volonté de la France de se lancer « dans la course folle » de l'exploration des grands fonds marins, en annonçant la demande imminente de permis d'exploration auprès de l'autorité des grands fonds marins dans l'Atlantique. Et d’en conclure que la France « doit déposer, dès que possible, auprès de l’Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM), une première demande de permis d'exploration relatif aux amas sulfurés ». Une biodiversité « exubérante et extraordinaire » menacée « Le gouvernement s’est donné les moyens de revendiquer ces zones, mais pas encore de les explorer », reconnaît Walter Roest, géophysicien à l'Ifremer et responsable du projet Extraplac. La connaissance des grands fonds marins en est encore à ses balbutiements. Certaines études scientifiques évaluent à plus de 6 millions le nombre d’espèces inconnues en mer. Une chose est pourtant sûre concernant les systèmes hydrothermaux, c’est qu’ils abritent une biodiversité « exubérante et extraordinaire dans le sens où leur développement est basé non sur la photosynthèse comme la quasi-totalité de la vie sur notre planète, mais sur la chimiosynthèse », explique une étude prospective de l’Ifremer. Cette vie sous-marine est liée à l’activité hydrothermale, conséquence du mouvement des plaques tectoniques et de l’activité volcanique. L’Ifremer souligne également que l’état des connaissances actuelles est insuffisant pour évaluer l’impact environnemental d’une exploitation de ces milieux. Pourtant, le temps presse. Nautilus démarre sa première mine de dépôts hydrothermaux l’année prochaine et la multinationale a déjà déposé auprès de la France une demande de prospection à Futuna suite à la campagne menée en 2010. Pour tempérer les risques écologiques, Walter Roest explique que la biodiversité de ces milieux dépend du niveau d’activité du système hydrothermal. Et que celui de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, là où Nautilus ouvre une mine, semble inactif, à la différence de celui découvert à Futuna. « Avec l’exploitation lancée par Nautilus, on peut espérer mieux comprendre l'impact sur les écosystèmes », explique Walter Roest, « si les informations sont disponibles », confit-il. Plusieurs ONG, dont Greenpeace et FNE, s’alarment de la destruction programmée de ces écosystèmes fragiles.
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