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Novethic. Vous avez révisé cet été les standards fairtrade. Pourquoi était-il nécessaire de les modifier? Lisa Gauvrit. Ces standards sont des sortes de cahiers des charges, portant sur les conditions de production des biens agricoles et non agricoles qui seront intégrés dans les produits labellisés Max Havelaar. Ils concernent aussi la façon dont ces produits et matières premières sont échangés et commercialisés. Or, ils dataient du début de Max Havelaar. Au départ, il y avait ainsi des critères minimum, indispensables pour obtenir la certification Fairtrade (respect de la biodiversité des aires protégées ou de terres de grande valeur de conservation, équipement pour manipuler les pesticides etc.), et des critères de progrès, qui devaient être réalisés par les coopératives dans un certain laps de temps. Au fil des années, les producteurs ont émis le souhait de les voir plus adaptés aux réalités locales, avec un cahier des charges un peu plus souple, qui leur donne la possibilité d’orienter leurs activités de développement en fonction de leurs propres besoins. Dans les anciens standards, nous utilisions, notamment pour les critères environnementaux, un vocabulaire assez technique qui demandait un gros travail de traduction et qui n’était pas toujours simple à comprendre pour les petits producteurs, ce qui pouvaient peut-être donner lieu à des marges d’interprétation. Nous avons donc retravaillé la formulation avec des phrases courtes, directes, des exemples concrets, ce qui me paraît extrêmement important pour permettre aux petits producteurs de se les approprier. Qu’est ce que cela va changer pour les producteurs et les consommateurs ? Les critères ont-il été renforcés, notamment en matière environnementale ? Lisa Gauvrit. Pour le consommateur, les garanties sont les mêmes –il y a juste une modification sur l’usage des herbicides pour les plantations bananières- mais nous sommes l’un des labels les plus exigeants sur la question environnementale (protection de la santé des producteurs et travailleurs en matière de pesticide, interdiction des OGM, conservation des sols, gestion de l’eau, etc). Pour le producteur, cela va lui donner beaucoup plus de souplesse. Désormais, la structure des standards est composée de 77 critères centraux (qui sont peu ou prou les critères minimaux) et de 44 critères de développement qui sont à réaliser soit directement, soit en année 3, ou en année 6 de certification, et qui font chacun l’objet d’une notation allant de 1 à 5. A titre d’exemple, dès le début on demande l’amélioration des pratiques en vue d’une utilisation raisonnée des pesticides, ce qui est aujourd’hui très largement mis en place par les producteurs. En année 6 nous demandons un rapport sur les pratiques mises en place pour réduire les émissions de GES ou séquestrer le carbone, car si cela n’est clairement pas la priorité actuelle des producteurs, elle deviendra sans doute une exigence de plus en plus importante. Pour être en conformité, les organisations de producteurs doivent obtenir un score minimum global de 3. Cela leur permet de définir eux mêmes les domaines dans lesquels ils veulent investir en premier lieu, tout en continuant à progresser dans d’autres secteurs. Dans le cas où ils sont en dessous de la note minimale, cela leur donne aussi la possibilité de hiérarchiser leurs actions correctives. C’est important car il faut bien avoir conscience qu’il est très difficile pour un petit producteur d’être performant sur tous les plans lorsqu’il démarre la certification. L’année 2010 a marqué un coup d’arrêt à la croissance très forte des produits du commerce équitable. Le commerce équitable traverse-t-il une mauvaise passe ? Christophe Roturier. Nous n’en sommes qu’à la moitié de l’année donc les premières tendances sont à prendre avec des pincettes. Cependant, d’après ce que l’on observe, il semble que nous soyons dans la poursuite de la tendance 2010 (5% de croissance, ndlr), avec une croissance molle de l’ordre de 2%. Pour le moment, il semble que les produits historiques se tiennent (thé, café, banane, etc) mais ce sont les produits moins indispensables comme les jus de fruits, les confiseries, qui pâtissent le plus. Même si cela ne me satisfait pas, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons dans un contexte économique européen plus que morose et nos clients ne sont pas différents des autres consommateurs : ils font face aux mêmes incertitudes et difficultés économiques…Mais ils continuent d’avoir confiance dans le système du commerce équitable -à plus de 80% selon les derniers sondages- et contrairement à ce qu’ont peut entendre parfois, ils plébiscitent largement la vente en grande surface. Il ne faut pas non plus oublier d’où l’on vient : nous avons connu une période de certaine euphorie, avec une croissance exponentielle pendant 10 à 15 ans (jusqu’à 73% en 2005, ndlr). Nous sommes sans doute arrivés à un palier, à une certaine maturité. Et la consommation responsable s’est élargie : on peut désormais privilégier le local par exemple. Je ne conçois pas cela comme une concurrence directe car on ne peut pas opposer les fruits produits localement et le café qui vient forcément du Sud. Pour nous il s’agit donc d’une bonne nouvelle pour l’avancée de la consommation responsable. Mais les difficultés économiques ont aussi, entre autres, eu un impact sur Max Havelaar France qui a dû se séparer de certains salariés. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Christophe Roturier. Nous avons vécu une situation de crise, c’est vrai. Mais nous avons tourné la page et il n’est plus question de réduire les effectifs, au contraire. Nous sommes dans une nouvelle dynamique de reconstruction. Je pense qu’il y a notamment un gros travail à faire avec les entreprises qui sont sensibles à leur RSE, pour vraiment inscrire le commerce équitable dans leur stratégie. Je pense aux entreprises qui commercialisent nos produits mais aussi celles qui les utilisent tels que les hôtels et restaurants, et bien sûr, les collectivités locales avec lesquelles nous avons déjà le programme « territoire de commerce équitable ». Il faut désormais qu’elles s’engagent dans une démarche de fond, avec des partenariats sur la durée.
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