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« Le plus grand défi de notre siècle est la transition énergétique de nos société et de notre modèle économique ». La phrase ouvre la partie « Progrès écologique » du programme de François Hollande, intronisé le 16 octobre comme candidat officiel du Parti socialiste à la présidentielle. Pourtant, celui qui a recueilli 56,6% des voix des sympathisants de gauche lors de la primaire semble encore avoir un déficit de crédibilité écologique. Au sein du parti Europe Ecologie-Le Verts, où l’on notait une inclination de la majorité des membres et notamment de sa secrétaire nationale envers Martine Aubry, il va vraisemblablement falloir reprendre les négociations depuis le début. « J’ai compris que les écologistes, peut-être un moment, s’immisçaient dans nos débats. Visiblement, leur nombre n’a pas suffi », a ainsi taclé François Hollande dimanche soir. Une pique de plus contre les Verts à l’attention desquels il avait déjà déclaré lors du premier tour : « les socialistes ne sont pas des écologistes »… Des ONG encore peu convaincues Principal point d’achoppement entre les deux partis : la question de la sortie du nucléaire. Elle est la condition sine qua non d’un accord selon les Verts. Or, quand Martine Aubry s’engageait sur le sujet (sans mentionner de date), François Hollande a juste promis de réduire la part de l’énergie atomique de 75% à 50% d’ici à 2025. « Cela ne nous dit rien sur le nombre de réacteurs à fermer », dénonce Greenpeace, qui s’était invité dimanche soir à Solférino pour hisser une banderole « Libérez-nous du pétrole et du nucléaire » au dessus de la scène du candidat. « Alors qu’il se pose en rassembleur du parti, sa position sur le sujet n’est pas du tout de celle qui rassemble, justement : 86% des sympathisants socialistes* et le MJS (mouvement des jeunes socialistes) souhaitent sortir du nucléaire », rappelle Karine Gavand, en charge des questions politiques à Greenpeace. L’ONG, qui essaye de rencontrer le candidat depuis 6 mois sans succès, a de fait classé François Hollande parmi les « attentistes » dans son « stress test » des candidats à la présidentielle (voir article lié) : « sur les questions portant sur les hydrocarbures, il n’a tout simplement pas répondu aux questions. Quant au nucléaire, son projet est conservateur et se distingue très peu de celui de la majorité actuelle. D’ailleurs son scénario est étudié par la commission énergies 2050 d’Eric Besson », dénonce la militante de Greenpeace. Mais au-delà de la question de l’atome qui, Fukushima oblige, a tout de même eu une place de choix dans les débats des primaires comme le reconnait l’ONG, comment qualifier le projet écologiste de François Hollande ? « Même si lors de notre rencontre je l’ai trouvé bien à l’écoute, je trouve son projet encore insuffisamment orienté environnement. Du moins, il demande de nombreux éclaircissements », tranche Bruno Genty. Pour le président de FNE, le projet Hollande manque notamment d’une vision générale sur le sujet : « lors des débats, les candidats se sont surtout concentrés sur la question nucléaire sur laquelle ils avaient des divergences mais maintenant il va falloir prendre de la hauteur et voir quelle organisation environnementale et sociale il propose. Qu’entend-il exactement par croissance verte par exemple ? Est-ce qu’il s’agit simplement de la bonne vieille recette de la relance par la consommation à laquelle on rajoute un peu de vert ? », se demande-t-il. Début 2012, l’association présentera d’ailleurs « l’appel des 3000 pour l’engagement environnemental », une sorte de projet politique alternatif dans lequel tous les candidats seront invités « à faire leur marché » et à expliquer la façon dont ils s’y prennent. Un programme à préciser En attendant, la FNE attend notamment François Hollande sur la question « cruciale » de la gouvernance. Sur son site de campagne, le candidat annonce « un débat large et permanent sur ces questions, de manière démocratique » avec une « gouvernance plus décentralisée, des débats citoyens, de la pédagogie, une réforme de l’enquête publique et davantage de formations aux problématiques environnementales » et affirme vouloir « reprendre en main le Grenelle de l’environnement qui n’a accouché que d’une souris et n’a fait que des déçus ». Mais dans les débats, peu d’éclaircissements ont été donnés sur ce thème déplore Bruno Genty. « Quelle place entend-il par exemple donner à l’environnement dans l’organisation de son gouvernement ? S’agira-t-il d’un ministère central ou d’un élément fondamental de la feuille de route du Premier ministre ? » Si l’on se réfère à un entretien accordé par François Hollande au magazine Terra Eco cet été, le candidat serait cependant favorable à « un numéro 2 chargé du développement durable » avec un « large champ » de compétences (énergie, transports, logement, grandes infrastructures) et « capable d’avoir prise sur les questions fiscales ». La réforme fiscale –qui supprimerait notamment les niches fiscales « sans effet sur l’économie »- serait d’ailleurs présentée « conjointement par le ministre de l’Economie et des Finances et celui du Développement durable », y affirmait-il. Cependant, sur ce sujet, il ne faudra a priori pas attendre du candidat PS une contribution climat énergie telle que l’entendent les écologistes : François Hollande s’est prononcé pour « une taxe carbone sur les industries émettant beaucoup de gaz à effet de serre », pas sur une taxe visant également les ménages. Selon le programme du candidat, ceux-ci seraient au contraire épargnés par les hausses de prix des carburants : « pour absorber les chocs d’offres des énergies actuelles dont les coûts vont monter, je veux que l’Etat ne gagne pas le moindre centime sur la hausse du prix du pétrole », précise-t-il sur son site en avançant l’idée d’un blocage des prix dans les moments de hausse importante et, inversement une baisse des prix à la pompe lorsque le baril chute…De quoi contrer « la méfiance des classes populaires envers une écologie qui leur coûte cher », comme Hollande avouait le craindre lors des universités d’été de la Rochelle ? * sondage Ifop pour le JDD, juin 2011
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