|
Après « la Nouvelle donne » proclamée par le candidat PS François Hollande, c’est un « New deal écologique et social », qu’a présenté Eva Joly le 5 octobre, soit un projet de loi de finance alternatif, adapté à cette « crise exceptionnelle par sa brutalité et sa globalité ». « J’ai demandé à nos experts et à nos parlementaires de présenter un véritable contre-budget face à celui présenté par le gouvernement » de Nicolas Sarkozy, ce « pompier pyromane », a expliqué la candidate EELV à la présidentielle lors d’une conférence de presse. « Une première », s’est réjouit l’ex-magistrate.
Eva Joly vs Corinne Lepage
Il y désormais deux candidatures écologistes à la présidentielle. Mardi 4 octobre, la présidente du mouvement CAP 21, plutôt de centre droit, Corinne Lepage a en effet décidé de se lancer à son tour dans l’aventure pour « proposer un nouveau cap à la France ». Une candidature annoncée au JT de 20h de TF1 et qui suscite quelques sarcasmes à droite comme à gauche. Pour Eva Joly, il s’agit « d’un total non-évènement » sachant qu’elle est « toujours candidate » et « que la primaire écologiste lui était aussi ouverte ». Corinne Lepage, elle, rétorque au Nouvel Obs que sa « concurrente n’est pas Eva Joly »… L'ancienne ministre de l'Environnement sous le gouvernement Juppé (1995-97), aujourd’hui avocate spécialisée dans le droit de l’environnement, s’était déjà présentée en 2002 où elle avait obtenu 1,88% des voix au premier tour. Quelle concurrence fera-t-elle à Eva Joly, aujourd’hui créditée de 7 à 7,5% selon un sondage LH2 publié le 2 octobre pour « Yahoo ! » ? Rappelons qu’en 2007, la candidate des Verts, Dominique Voynet, avait recueilli 1,57 % des voix.
Ce budget de « transformation écologique » et de « justice sociale » est présenté comme « réaliste », puisque basé sur l’hypothèse de la croissance la plus faible, c'est-à-dire les 0,8% prévus par l’OFCE. Mais aussi « responsable » face à la dette : si la candidate entend réduire d’un point de PIB le déficit public en 2012 (1) pour ne pas léguer la dette aux générations futures, elle ne souhaite pas - contrairement au gouvernement et à Martine Aubry ou François Hollande- entériner une date précise pour la réduction des déficits à 3% du PIB, ni une règle d’or « inefficace collectivement et absurde politiquement ». Ce n’est « ni possible, ni souhaitable » pour « mener les politiques d’avenir dont la France a besoin », estime Eva Joly qui précise que « la crise des dettes souveraines de doit pas mener à une politique d’austérité généralisée sous le coup de la panique ». « Les agences de notations comprendront » qu’il « est plus important d’assurer la cohérence sociale et de sauver les gens du désespoir », veut-elle croire. A voir. Avant cela, il faudra sans doute aussi le faire comprendre au PS pour aboutir à un accord électoral… « Le choix d’une véritable qualité de vie pour toutes et tous » Au titre des dépenses, 4 orientations stratégiques ont été décidées. D’abord, l’environnement avec un fonds de conversion écologique destiné à transformer l’économie (rénovation de 315 000 logements en 2012, chèques verts pour les ménages et entreprises, reconversion des salariés vers des métiers « verts », développement de l’agriculture bio et des transports alternatifs, etc.), estimé à 14 milliards d’euros. Le social ensuite, avec près de 8 milliards € dégagés pour augmenter le RSA à 600 €/mois, construire 150 000 logements sociaux BBC ou atteindre, dans les 2 ans, les 0,7 points de PIB pour l’aide au développement. Par ailleurs, Eva Joly insiste sur l’enjeu sanitaire (4,6 milliards €) : suppression des franchises médicales, extension de la CMU(2), lutte contre la souffrance au travail, revalorisation du personnel hospitalier, etc. Le tout avec une cible prioritaire, la jeunesse, dans laquelle le parti entend investir 4 milliards d’euros, en accordant un revenu minimum de 600 € aux jeunes de 15 à 25 ans en difficulté d’insertion mais aussi en privilégiant l’enseignement (20 000 postes d’enseignants et d’encadrants supplémentaires en 2 ans). Pour les financer tout en réduisant le déficit, « il faut trouver 30 milliards de recettes supplémentaires » évaluent les économistes d’EELV. C’est donc une véritable réforme fiscale qu’Eva Joly entend mener avec une chasse à la fraude fiscale, essentiellement pour les gros revenus et les grandes entreprises qui passent par le biais des paradis fiscaux (8 milliards €), une forte taxation sur les hauts revenus (70% pour 500 000 € annuels), l’instauration d’un impôt plancher de 17% sur les bénéfices des grandes entreprises, mais aussi une taxe carbone remaniée. Fixée à 36 € la tonne de carbone -comme prévu par le rapport de Michel Rocard sur le sujet en 2009- celle-ci serait cependant appliquée aux sources d’énergies non renouvelables (fossiles et nucléaire). « Nous voulons, en cinq ans, hisser la France au rang du Danemark, qui est aujourd’hui le meilleur élève d’Europe en matière de fiscalité écologique » a assuré Eva Joly qui a pourtant laissé la main au député européen Pascal Canfin sur la plupart de ces questions. L’exercice est « ambitieux », reconnaît la candidate : « nous proposons tous simplement de faire dès 2012, ce que d’autres nous proposent de faire en cinq ans ». La pression est mise sur ses concurrents. (1)Le déficit public est estimé par le gouvernement à 5,7% du PIB fin 2011.
(2)Couverture médicale universelle
|