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Eva Joly est désormais la candidate officielle d’Europe Ecologie Les Verts en 2012. La franco-norvégienne de presque 68 ans et son « écologie de combat » a battu le médiatique et pourtant populaire Nicolas Hulot, au grand dam des instituts de sondage. Les alliés d’Eva Joly assurent pourtant que ce vote n’est pas une surprise et justifient le choix des sympathisants. « Eva propose une capacité et une volonté d’exercer le pouvoir », insiste Yannick Jadot, son porte-parole. «C’est un vote d’adhésion ancré dans l’écologie d’en bas. On sait qu’on a affaire à quelqu’un qui s’engage dans la durée», ajoute François de Rugy dans Libération. Eva Joly rajoute là une nouvelle étape dans un parcours qui n’a jamais été un long fleuve tranquille. Une juge « sans pitié » Avant d’être la figure de proue d’Europe Ecologie et auparavant la juge emblématique de l’affaire Elf, Eva Joly a eu plusieurs vies. La première, elle la passe en Norvège d’où elle est originaire (elle est la 1ère candidate à la présidence ayant une double nationalité), et d’où lui vient son désir de préserver l’environnement. Gro Eva Farseth –son nom de jeune fille- quitte son pays à 18 ans pour enchaîner les « petits boulots » en France, notamment comme jeune fille au pair. C’est après son mariage avec Pascal Joly qu’elle obtiendra la nationalité française. Elle sera un temps secrétaire chez Eddie Barclay, décoratrice d’intérieur puis créatrice de mode, métier qu’elle délaisse pour poursuivre ses études de droit. D’abord conseillère juridique dans un hôpital psychiatrique, elle passe le concours de la magistrature afin de devenir juge. Un exemple réussi d’ascension sociale qu’elle revendique aujourd’hui. Devenue juge d’instruction, elle voit passer dans son bureau des patrons et des hommes politiques puissants (Roland Dumas, Bernard Tapie, Loïk Le Floch-Prigent), sans s’émouvoir. Elle fera de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Sa « froideur » devient alors le principal qualificatif de ses détracteurs. Sa droiture et son sens de l’éthique, les meilleurs arguments, pour ses alliés. « On était face à des gens qui parlaient en centaines de millions d'euros, qui arrivaient parfois en jet privé... Face à eux, il fallait qu'elle s'impose! Ce que j'aime? Son humanité. C'est une femme qui n'a jamais cessé d'être révoltée, capable de se battre jusqu'au bout pour ce à quoi elle croit », explique Serge Rongère, son greffier de l’époque dans l’Express en aout dernier. Aujourd’hui encore, c’est l’image d’une femme sévère et stricte qui perdure au sein de la classe politique. L’affaire Elf va pourtant laisser des traces et Eva Joly choisit en 2002 de se retirer dans son pays natal. « Je suis partie parce que je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger », explique-t-elle dans son roman La force nous manque. Une nouvelle vie pendant laquelle elle sera conseillère du gouvernement norvégien pour la lutte contre la corruption. Cela ne l’empêche pas en 2003 de lancer la « déclaration de Paris » avec d’autres célèbres magistrats et des ONG dont l’objectif est de dénoncer « (...) les effets dévastateurs de la grande corruption, avec son corollaire, l’impunité. ». La politique : son nouveau combat Disparue de la scène médiatique Eva Joly ? Pas vraiment. Pendant son exil, elle publie plusieurs livres, notamment sur la corruption. Et en 2005, la polémique de l’affaire Elf ressurgit avec le film de Claude Chabrol L’ivresse du pouvoir où elle estime ne pas se reconnaître. C’est ensuite la politique qui lui tend les bras. Dès 2008, elle est approchée par le Modem. « La situation politique française est très bloquée, c'est un terrain pour beaucoup de populisme d'un coté, et de l'autre coté des discussions idéologiques », dira-t-elle en sortant de la « convention pour l’Europe » organisée par le Modem. Mais, revirement de situation, elle préfère rejoindre le tout nouveau mouvement Europe Ecologie aux côtés de Daniel Cohn-Bendit pour les élections européennes, arguant l’absence de programme de François Bayrou. Elue député européen en 2009, elle devient alors en 2010 la candidate naturelle du nouveau mouvement Europe Ecologie-Les Verts et semble alors séduire les militants. Issue de la société civile, peu rompue à l’exercice politique, elle étonne par sa spontanéité. « Je voudrais bien imprimer une autre image de la politique », explique-t-elle en novembre dernier. Très à l’aise sur le terrain de l’éthique et de la justice sociale, elle a du néanmoins apprendre dans le domaine de l’écologie. « C’est vrai, je suis une jeune militante ! Oui, c'est dur. Mais j'ai aussi une foi pour expliquer, pour m'adresser à l'intelligence des gens », reconnaît-elle. Mais pour ses détracteurs, son principal défaut réside dans son faible talent oratoire. Ses premières apparitions télévisuelles se soldent par un échec. « Je n'étais pas préparée à ces confrontations en milieu hostile. J'en ai tiré toutes les leçons », dira-t-elle quelques jours après son apparition dans Mots croisés sur France 2 en novembre dernier, où Nadine Morano et Charles Beigbeder, ancien patron de Poweo l’ont qualifié de « ringarde et populiste ». Sa petite déclaration sur Dominique Strauss Kahn en août dernier « Je connais bien Dominique Strauss-Kahn, je l’ai mis en examen », déclenche un vent de critiques du côté du PS. Ne faisant plus l’unanimité au sein de son parti, l’arrivée de Nicolas Hulot dans la bataille est un nouveau challenge pour l’ex-magistrate. Alors qu’il est présenté comme le « vrai » écologiste historique, Eva Joly préfère mettre en avant ses combats et notamment les valeurs éthiques. « Des millions de personnes rêvent d’une autre vie. Pour nous faire entendre d’eux, nous devons être au diapason de ce qu’ils ressentent et nous mettre en position de confrontation avec la logique dominante. C’est ce que j’ai appelé l’écologie de combat : l’alliance de la pédagogie et de la volonté », explique-t-elle. Et si Nicolas Hulot s’empêtre dans les rumeurs de possible alliance avec Jean-Louis Borloo, elle arrive presque à faire oublier son rapprochement d’antan avec le Modem. Finalement, la « vieille éthique », comme la surnommait Jean-Vincent Placé -le bras droit de Cécile Duflot-, a réussi à prendre le contrepied de l’avantage médiatique dont était crédité Nicolas Hulot pour l’emporter au sein des militants. Réservera-t-elle d’autres surprises pour faire mieux que les 6% prédits par les derniers sondages (LH2/Yahoo !) ?
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