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Voici officiellement un mois qu'Occupy Wall Street s'est installé sur la petite place bétonnée de Zuccotti Park à New York. Ici, fini le climat agréable de l'été indien, les températures gravitent autour des 15° et il commence à pleuvoir. "On se relaie pour dormir", explique Jeff Schurke, un jeune chômeur venu camper en solidarité avec les manifestants sur la place depuis 8 jours. Les yeux tirés, il rassemble ses quelques affaires dans un grand sac en plastique transparent. Combien de temps pourra-t-il encore tenir? Les conditions sont rudes, admet-il, mais il a quelques amis dans la ville chez qui il peut prendre une douche et passer une vraie nuit de sommeil de temps à autre. "On est là pour durer", martèle-t-il. Le G20 constitue la prochaine étape importante pour le réseau d'"occupants" qui défilent désormais dans plusieurs villes à travers les Etats-Unis et dans le monde. Ce groupe des 20 pays les plus riches, dont la présidence est cette année assurée par la France, se réunit à Cannes les 3 et 4 novembre prochains. A l'instar de Wall Street, l'évènement symbolise aux yeux des manifestants la ploutocratie des gouvernements actuels. Un contre-sommet est organisé la semaine du 1er novembre à Nice. Mais que veulent précisément ceux qui se surnomment "les 99%"? Selon les nombreux témoignages recueillis par Novethic, à la racine des multiples revendications figurant sur les pancartes, on trouve le même constat : les gouvernements sont paralysés face aux forces économiques. "Nous sommes à une période charnière où nous réalisons que les paradigmes d'antan ne fonctionnent plus", explique Carne Ross, un intellectuel qui a rejoint le mouvement et y voit la manifestation qu'il a prédit dans son livre "The Leaderless Revolution", qui vient de sortir aux Etats-Unis. "Les gens se rendent compte que le système ne marche plus pour eux. Il est fait pour servir une minorité - les 1% - sur le dos de la majorité qui galère", continue cet ancien diplomate britannique qui a mis un terme à sa belle carrière après son opposition à la guerre en Irak. "Nous sommes dans une spirale infernale de bulles et de crises et celle de 2008 est loin d'être la dernière. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans une nouvelle crise, celle des dettes souveraines. Ce système est amené à se répéter", continue Carne Ross. "Un système anti-démocratique" Wall Street cristallise les frustrations des manifestants. Jeff Schurke, le chômeur de 29 ans qui campe sous une bâche depuis 8 jours ne dit pas le contraire. "Les banques d'investissement sont trop importantes, elles ont acquis trop de pouvoir", indique-t-il en référence à la petite dizaine de banques qui domine maintenant le marché américain. "Ces établissements ont une influence incroyable sur l'économie et la politique de notre pays, c'est anti-démocratique car tout ce qu'ils veulent, c'est maximiser leurs profits et ne rendre de compte à personne", continue le jeune homme diplômé en développement international. Les manifestants pointent souvent la collusion entre le monde politique et économique, citant pour exemple Tim Geithner ou Larry Summers, deux proches conseillers du président Obama directement issus du monde de la finance. Pour Kevin Shenberger, "les banques ont été renflouées sur notre dos", faisant allusion à l'une des mesures de Barack Obama en 2009. Titulaire d'un diplôme en économie, ce jeune de 28 ans travaille aujourd'hui comme cuisinier faute de trouver un emploi dans son domaine. "Je crois toujours au modèle capitaliste", tempère-t-il, "mais je suis pour un modèle où les ressources sont distribuées plus équitablement, où on accorde une place plus importante au développement durable et où on arrête les frénésies spéculatives de la bourse". En somme, conclut-il sans craindre le paradoxe, "je suis pour un capitalisme où on met un frein sur la pédale de la croissance." D'autres griefs rassemblent les centaines de manifestants à Zuccotti Park, parmi lesquels le nivellement des salaires par le bas tandis que les grands patrons s'octroient des bonus faramineux, l'accroissement des inégalités (une famille sur cinq se nourrit à l'aide de bons alimentaires à New York) ou encore le système d'imposition inégal où les riches sont proportionnellement moins taxés que les classes moyennes, comme le soulignait d'ailleurs le milliardaire Warren Buffet récemment. « Pas d’augmentation d’impôts » Du côté de Wall Street, les réactions au sit-in sont, au mieux, de l'ordre de l'empathie, au pire, du sarcasme. "Cette manifestation est un très mauvais signe, car elle indique un état d'anxiété et de perte de confiance généralisé", a déclaré le pdg de la firme d'investissement BlackRock, Larry Fink. Même son de cloche chez Neel Kashkari, qui travaille dans la société de gestion d'actifs Pimco : "il y a une vraie colère et c'est compréhensible. La crise financière a été foncièrement injuste." Moins compatissant, le pdg de la société d'investissement SkyBridge Capital, Anthony Scaramucci, dénonce "une blague confortant les gens dans leur oisiveté." Pour Peter Wallison, du think-tank pro-business American Enterprise Institute, les manifestants d'Occupy Wall Street se trompent de cible. "Leur colère devrait être dirigée contre ce gouvernement qui a soutenu les prêts pourris immobiliers à l'origine de la crise de 2008". Quant à la taxation des plus riches - revendication centrale des manifestants, soutenue par le président Obama – ils s’y opposent fermement. "Obama veut augmenter le taux d'imposition de la tranche la plus aisée à 46,1%. Pire, l'impôt sur les plus-values pourraient atteindre 30%!" s'étrangle James Pethokoukis, également membre de l'AEI. "Augmenter le taux marginal d'imposition est néfaste pour la croissance de l'économie et ne va certainement pas aider à la création d'emplois", ajoute cet économiste, qui reconnait cependant l'impopularité générale de Wall Street et des grands patrons : "On peut défendre la libre entreprise tout en condamnant le capitalisme à la dérive, comme le renflouement des entreprises et trop d'interventionnisme de l'Etat. L'antidote c'est plus de marchés, plus de concurrence et plus de libertés."
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