Le PNUD appelle à une économie verte et équitable

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Publié le 07-11-2011

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©PNUD/Arantxa Cedillo

A quelques mois de Rio +20, le PNUD rend son bilan sur le développement humain. Un rapport en forme de plaidoyer en faveur d'une économie verte tenant compte des besoins des populations les plus pauvres, plus fortement touchées par les problèmes environnementaux. L'agence plaide notamment pour un recours accru aux financements innovants.

L’économie verte, qui sera le thème principal de Rio+20, conférence des Nations Unies sur le développement durable qui se tiendra en juin 2012, devra se construire en prenant en compte les questions d’équité tout autant que les problèmes environnementaux, si l’on veut qu’elles qu’elle contribue réellement à un développement durable mondial. C’est en substance le message qu’entend faire passer le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans son dernier rapport sur le développement humain intitulé « Durabilité et équité : un meilleur avenir pour tous » où il montre la façon dont les dommages environnementaux accroissent les inégalités, en exerçant un impact négatif sur les populations déjà défavorisées ainsi que la manière dont les inégalités de développement humain amplifient les dommages environnementaux. « La durabilité n’est pas exclusivement ni même essentiellement une question environnementale. Elle concerne surtout le mode de vie que nous choisissons d’épouser, en étant conscients que tous nos actes ont des conséquences pour les sept milliards de personnes vivant sur la planète aujourd’hui, ainsi que pour les milliards d’êtres humains qui nous succéderont dans les siècles à venir », souligne ainsi Helen Clark, administratrice au PNUD, en préambule du rapport.

Aujourd’hui déjà, la pollution de l’air intérieur provoque par exemple 11 fois plus de décès dans les pays à faible IDH (indice de développement humain) que dans les autres. Et les « privations environnementales » -telles l’accès aux combustibles, à l’eau salubre ou à l’assainissement de base - contribuent à 20 % de la pauvreté multidimensionnelle (IPM) qui mesure les graves déficits en matière de santé, d’éducation et de niveau de vie des pays, précise l’agence onusienne. Mais le dérèglement climatique pourrait encore aggraver ce type d’écart. Une analyse du PNUD montre ainsi qu’une augmentation de 10% du nombre de personnes affectées par un phénomène météorologique extrême réduirait l’IDH d’un pays de presque 2%, avec des effets particulièrement importants sur les revenus dans les pays à IDH moyen. Une charge surtout supportée par les femmes et les enfants, particulièrement pour les populations pauvres, sachant que ceux-ci sont les plus exposés aux risques de blessures et de mort par les inondations, tempêtes et glissements de terrain.

L’augmentation générale de l’IDH cache encore de grandes inégalités

En 2011, l’Indice du développement humain (IDH) montre des progrès sur le plan mondial. Entre 2010 et 2011, sa valeur moyenne est en effet passée de 0,679 à 0,682, la tête du classement étant occupée par la Norvège (0,910) quand la République démocratique du Congo en ferme la marche avec un IDH de 0,286. Cependant, quand il est « ajusté aux inégalités » l’indice global révèle une perte globale de 23% en un an, précise le PNUD.
Avec un taux de 0,884, soit une « très haute valeur de développement humain », la France se classe 20ème sur 187 (contre une 14ème place en 2010). Elle remonte cependant de 4 places si l’on ajuste l’indicateur aux inégalités et même de 10 si l’on prend en compte l’indice d’inégalité de genre. Si l’Hexagone a de bons résultats en matière d’espérance de vie (81,5 ans en 2011) et en durée moyenne de scolarisation (10,6 ans et 16,1 ans de durée attendue de scolarisation), son revenu national brut par habitant est moindre (30 462 €/an) que ses voisins anglais (33 296 €) ou allemand (34 854 €).

Par ailleurs, en se basant sur différents scénarii, les auteurs du rapport montrent que si une variation limitée des inégalités et des risques et menaces sur l’environnement permettrait une hausse globale de l’IDH de 19% environ en 2050, dès lors que l’on se place dans une perspective de « défi écologique » –c'est-à-dire où le réchauffement climatique affecte négativement la production agricole, l’accès à l’eau propre et à un meilleur assainissement- l’IDH diminue de 8% et de 12% dans l’Afrique subsaharienne. Dans le cas d’une hypothèse de « catastrophe écologique », l’IDH mondial serait même inférieur de 15 % au scenario  de référence (soit une quasi stagnation par rapport à maintenant). « Ce scénario générerait un tournant avant 2050 dans les pays en voie de développement : alors que leur IDH convergeait vers celui des pays riches depuis plusieurs décennies (les pays du bas de classement ont vu leur IDH progresser de 82% entre 1970 et 2010, soit deux fois plus que la moyenne mondiale, ndlr) la tendance commencerait alors à s’inverser », prévient Cécile Molinier, la directrice du bureau du PNUD. A moyen terme par exemple, les catastrophes climatiques pourraient faire augmenter le prix des aliments de 30 à 50%.

Une croissance verte à développer avec des financements innovants

Face à ces défis, les dirigeants doivent adopter des stratégies « gagnant-gagnant-gagnant » c'est-à-dire qui intègrent à la fois la durabilité environnementale et l’équité, tout en favorisant le développement humain.  « Le compromis entre les trois n’est pas forcément nécessaire », estime Cécile Molinier. Sur la question énergétique par exemple, il est possible d’étendre l’accès à l’énergie sans amplifier outre mesure les émissions de CO2 en réalisant des systèmes décentralisés hors réseau pour les ménages pauvres, souligne le PNUD avant de préciser que « la fourniture de services énergétiques de base à tout le monde n’augmenterait que de 0,8% les émissions de CO2 compte tenu des engagements politiques généraux adoptés ». Mais pour réaliser cette quadrature du cercle, la participation des populations concernées sera la première des exigences : « on a trop eu tendance à ne parler qu’avec les élites, il faut revenir à l’écoute des personnes les plus pauvres, les plus marginalisés », insiste Cécile Molinier.

Pour financer cette croissance durable, l’agence onusienne qui s’était prononcée dès 1994 pour une taxe sur les opérations de change, revient à la charge. « Nos analyses montrent qu’une taxe sur les opérations de change très faibles (0,005%) pourrait rapporter sans aucun surcoût administratif environ 40 milliards de dollars (29,3 milliards d’euros) par an » et si on l’élargit à une taxe de 0,05% sur les transactions financières nationales et internationales elle « pourrait rapporter entre 600 et 700 milliards de dollars », précise le rapport. Autre solution : monétiser l’excédent de droits de tirage spéciaux du FMI, dont le gain pourrait s’élever « à 75 milliards de dollars, avec un coût budgétaire minime ou nul pour les gouvernements ». De quoi alimenter les besoins d’investissement annuels pour l’adaptation au changement climatique, notamment en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, qui sont estimés à environ 105 milliards de dollars. Mais « tout véritable effort de transformation pour renforcer les actions visant à ralentir ou stopper le changement climatique requiert aussi une combinaison de ressources locales et internationales, privées et publiques, données et prêtées », notamment avec le renforcement des partenariats publics/privés insiste le PNUD avant d’appeler au lancement d’une initiative pour l’accès à l’énergie.

Béatrice Héraud
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