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Après l’échec des négociations internationales à Copenhague et la crise du multilatéralisme, le sommet de Cancun, fin 2010, avait permis de sauver la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique (CNUCC), comme enceinte commune de la politique internationale sur le climat. Cancun a également confirmé le mécanisme REDD+ pour lutter contre la déforestation et augmenter ainsi les stocks de carbone. Enfin, l’accord a entériné la création du Fonds vert pour le climat pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques. Pour autant, beaucoup de questions majeures restent en suspens à l’approche de Durban, et notamment celle de l’après-Kyoto. En effet, aucune suite juridique n’est envisagée aujourd’hui pour la période post-2012, les deux plus grands émetteurs de GES que sont la Chine et les Etats-Unis refusant de s’engager sur le sujet. Le Canada, le Japon et la Russie leur ont emboîté le pas en affirmant à leur tour qu’ils ne souhaitaient pas s’impliquer dans une seconde période d’engagement de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Quant à l’Union européenne, si elle semble toujours favorable à un accord contraignant, elle paraît affaiblie depuis le sommet de Copenhague, où elle n’a pas réussi à convaincre les pays industrialisés. Les Etats membres paraissent en outre divisés sur la question et la présidence polonaise de l’UE ne devrait pas faciliter un « allant » européen…
La question des financements toujours en suspens
Enfin, les engagements financiers pris par les pays développés pour soutenir l’adaptation des pays du Sud au changement climatique n’ont pas encore été tenus. La création du Fonds vert mondial, actée à Copenhague et confirmée au sommet de Cancun, sera bien en négociation à Durban mais il est toujours difficile de savoir s’il s’agira de financements additionnels par rapport à l’aide au développement ou non. Par ailleurs, ce fonds doit être abondé de 100 milliards de dollars d’ici 2020 et bien que les sources de financements innovants existent, aucun leadership politique ne se dégage aujourd’hui pour les expérimenter. Pour Paul Watkinson, chef de l’équipe des négociations sur le changement climatique au ministère de l’Ecologie, « les négociations climatiques ne peuvent pas apporter l’ensemble des réponses à la crise climatique. Nous avions beaucoup d’ambition à Copenhague en voulant un accord global contraignant, mais ce n’était pas compatible avec la gouvernance mondiale actuelle ». Il reconnaît une « baisse d’intérêt des Etats pour le sujet, un contexte géopolitique difficile et une moindre volonté d’agir côté américain. D’ailleurs peu de chefs d’Etat feront le déplacement à Durban », a-t-il ajouté lors d’un colloque organisé par Coordination Sud et l’AFD sur Durban.
Conserver l'architecture du Protocole de Kyoto De fait, la « grand messe » planétaire de Copenhague appartient à une époque révolue et après l’épisode Cancun, le sommet de Durban constitue une étape intermédiaire dans les négociations. Pour Emmanuel Guérin, directeur du programme Climat de l’IDDRI, « il est probable qu’aucune décision ne sera prise avant 2014 ou 2015 sur la possibilité d’avoir un accord global contraignant. Durban doit d’abord servir à se mettre d’accord sur le fait d’envisager à terme un accord contraignant ». Si l’architecture du protocole de Kyoto doit être conservée, notamment parce qu’il permet de maintenir une comptabilisation harmonisée des gaz à effet de serre et donc une cohérence des marchés carbone existants ou à venir, une transformation du traité pourrait permettre d’adopter un nouveau calendrier et faire entrer les Etats-Unis ainsi que les grands émergents dans ce cadre juridique, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Dans l’hypothèse où Kyoto serait abandonné, « la disparition de ce cadre laisserait non seulement les négociations dans le vide, mais conduirait également à la multiplication d’accords bilatéraux et à une fragmentation des marchés carbone, où chacun déciderait à quoi correspond un crédit carbone selon ses propres intérêts », souligne Emmanuel Guérin.
Vers une augmentation de 3,5°
Dans ce contexte très incertain, il ne faut pas attendre du sommet de Durban qu’il débouche sur des objectifs de réduction des émissions de GES. Les Etats privilégient aujourd’hui un système « bottom up », où chacun fixe ses propres objectifs. La Chine a ainsi annoncé une réduction de 17% d’ici 2015 de son intensité carbone, mais sans possibilité de vérification extérieure de sa comptabilité carbone… un mécanisme encore inexistant et qui constitue là aussi un enjeu des négociations.
Si les experts ne sont pas totalement pessimistes sur la possibilité d’un accord à long terme, l’urgence est pourtant là. Plusieurs organismes internationaux, dont l’AIE et le GIEC, ont d’ores et déjà prévenu que l’objectif de contenir le réchauffement à 2°C est hors de portée si l’on extrapole les tendances actuelles. La situation sera même probablement pire selon les projections de l’AIE, qui font état d’une augmentation d'un tiers de la demande en énergie entre 2010 et 2035 et de 20 % des émissions de CO2, entraînant à terme une hausse de la température moyenne de 3,5°. « Peu de signes laissent à penser que le changement d'orientation nécessaire des tendances énergétiques mondiales est amorcé », souligne l'AIE qui observe « un contexte peu propice à la réalisation des objectifs climatiques convenus au niveau mondial ». Pour les ONG de défense de l’environnement et de solidarité internationale, maintenir un cadre juridique et contraignant est indispensable. C’est ce qu’elles plaideront à Durban : « il faut conserver une approche « top down » pour les objectifs de réduction de GES, indique Sébastien Blavier, responsable du pôle international du RAC. L’ONU ne peut pas se contenter d’être une chambre d’enregistrement des décisions prises par les Etats. Il faut sauver le cadre du Protocole de Kyoto, qui est la seule vision commune existante, avec des règles de comptabilisation communes ».
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