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Alors qu’à Durban, l’attention est focalisée sur la poursuite du protocole de Kyoto, la COP 17 recèle aussi d’autres enjeux stratégiques, comme celui de la question agricole. Etrangement, ce secteur économique qui produit près de 30% des émissions de gaz à effet de serre (si l’on y inclut l’amont et l’aval) a longtemps été ignoré des négociations. Un secteur économique délaissé des négociations Jusqu’en 2009, les pays se sont concentrés sur l’énergie, reléguant l’agriculture à plus tard. De nombreuses études s’accordent pourtant sur le fort potentiel d’atténuation de ce secteur économique. Mais un problème de taille a longtemps bloqué les négociations : la mesure des émissions. Elles sont difficilement quantifiables car d’origine et de quantité très variables selon les agrosystèmes (sol, climat, pratiques culturales, etc.). Il en est de même pour calculer finement les économies de CO2 d’une action d’atténuation, qui sont donc peu intégrables dans les marchés internationaux du carbone. Aujourd’hui, seuls 14% des projets sous un label de compensation carbone (marchés volontaire ou de conformité) concernent l’agriculture et ils ne représentent que 7% des crédits délivrés par an, selon CDC climat. Néanmoins, des méthodes de calcul commencent à voir le jour, notamment dans le secteur de la forêt et s’attaquer à l’agriculture s’avère indispensable. « On sait qu’on ne divisera pas par 2 ou 3 nos émissions de gaz à effet de serre si on ne s’intéresse pas à l’agriculture », explique Benoit Faraco, coordinateur énergie climat à la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH). Mais, depuis son inscription dans un article des négociations, rien n’a encore été acté. « Le problème, purement protocolaire, est que dans l’article, l’agriculture a été adossée au transport aérien et maritime comme secteurs sur lesquels il faut travailler. Or à Cancun notamment, les négociations sur le transport aérien et maritime n’ont rien donné si bien que l’agriculture a été mise au placard », ajoute-t-il. L’espoir à Durban Durban pourrait-elle changer la donne ? Les discussions avancent et la création d’un programme de travail sur l’agriculture pourrait peut-être aboutir. « Rien n’est sûr mais une réunion politique sur le sujet aura lieu mercredi 7 décembre, ce qui est plutôt encourageant. » explique Adeline Giraud, chargée du programme climat à AVSF (Agronomes et Vétérinaires sans frontières) et membre de la Coordination Sud. L’accord entre les pays est cependant loin d’être trouvé. Les pays du Nord emmenés par la Nouvelle Zélande, le Canada ou l’Australie poussent à la création du programme essentiellement sur le plan de l’atténuation, avec un objectif d’intégration massive dans les marchés du carbone. Les pays en voie de développement, africains pour la plupart et soutenus par de nombreuses ONG, exigent que l’adaptation ait une place égale à l’atténuation. « L’agriculture est un secteur qui émet énormément mais c’est aussi celui qui est le plus touché par les changements climatiques », explique Benoit Faraco. Les variations du climat ont déjà eu leur responsabilité dans les dernières crises alimentaires. Intégrer massivement l’agriculture dans les marchés du carbone risquerait de mettre en péril les petits paysans du Sud. Pour de nombreuses ONG, les marchés du carbone ne seront d’aucune utilité pour les agricultures familiales de par leur complexité de mise en œuvre et les menaces potentielles qu’ils représentent (accaparement de terres, financement incertain de l’agriculture). « Il est inconcevable d’utiliser le secteur agricole dans des pays qui n’ont pas atteint leur sécurité alimentaire. Et tout cela pour résoudre un problème dont ils ne sont pas responsables », explique Lamine N’Diaye, responsable du programme « justice économique » pour Oxfam Dakar. Avant d’ajouter que l’Afrique n’est responsable que de 4% des émissions de gaz à effet de serre mais en subit pleinement les conséquences. Un contenu encore flou Un autre travail devra être engagé : définir le contenu du programme malgré les fortes divergences. A l’heure actuelle, les ambitions restent volontairement floues pour permettre un consensus sur le principe même de sa création… « Derrière l’ambition commune de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en augmentant la production, se cachent des visions très différentes entre ceux qui veulent développer les OGM et ceux, comme nous, qui prônent l’agro-écologie notamment dans les Pays du Sud », explique Adeline Giraud. « Relocaliser l’agriculture par exemple, cela heurte les principes de l’OMC et de pays comme les USA, l’Inde ou le Brésil qui vivent sur les échanges internationaux », déplore Benoit Faraco. Il est peu probable que toutes ces questions trouvent leur réponse à Durban mais pour les ONG, l’enjeu principal est clair : « nous voulons que l’agriculture cesse d’être au second plan », insiste Lamine Ndiaye.
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