Durban : un accord mondial sans objectifs

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 12-12-2011

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La 17ème conférence des Nations Unies sur le climat s'est achevée dimanche matin avec 36 heures de retard. Un « paquet Durban » a finalement pu être adopté malgré l'enlisement et l'éclatement des positions des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. Mais le texte n'a pas de valeur contraignante et ne permet pas de maintenir le réchauffement climatique à 2°C.

Considéré comme une étape intermédiaire dans les négociations climatiques, le sommet de Durban a bien failli en sonner le glas. Parmi les différents scénarios qui circulaient avant et pendant la conférence, aucun n’avait imaginé une telle confusion, voire une telle « mascarade » selon de nombreuses ONG. Obtenu à l’arraché après deux nuits blanches, dans un contexte où de nombreux délégués ont dû quitter la conférence pour reprendre l’avion, cet accord a minima devrait au moins permettre de poursuivre les négociations, puisqu’il prévoit de parvenir en 2015 à un accord global de réduction des émissions de gaz à effet de serre incluant pour la première fois les Etats-Unis, l’Inde et la Chine. D’ici là le protocole de Kyoto, unique cadre légal existant, est maintenu mais sans le Japon, la Russie et le Canada, qui ont refusé de poursuivre leur engagement. Bilan : la prolongation du Protocole ne concerne que 15% des émissions mondiales de GES et rien n’a été défini concernant la durée des engagements ni les règles de fonctionnement de cette prolongation.

Censé entrer en vigueur en 2020, le futur accord ne sera toutefois pas juridiquement contraignant. A l’issue des négociations, les négociateurs européens, fers de lance de ce nouveau texte, ont dû se plier aux exigences de l’Inde et accepter une formulation qui définit l’accord comme "un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale". Un nouveau groupe de travail, appelé « plateforme de Durban » est chargé de travailler, en 2012 et jusqu'en « 2015 au plus tard » à l’architecture de cet accord mondial.  Ce groupe devra également identifier " les solutions pour éliminer le fossé qui existe entre les promesses d'engagements de réduction d'émissions faites d'ici à 2020 et les efforts qu'il faudrait réaliser pour maintenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2°C".

"Un texte baclé sur un coin de table"

De nombreuses ONG sont consternées par l’issue du Sommet. « Au petit matin, quelques pays dont l’Europe, l’Inde, la Chine et les Etats-Unis ont bâclé, sur un coin de table, la formulation juridique d’un accord mondial engageant tous les pays. Les artisans de ce résultat atterrant sont bien connus. En tête de file, les Etats-Unis ont déployé toute leur énergie à bloquer le processus » s’indigne Sébastien Blavier du Réseau Action Climat (RAC-F). "Ils ont réussi à obtenir des portes de sortie et à rendre le processus inopérant et non contraignant », a-t-il ajouté dimanche matin sur France Info. Beaucoup d’experts redoutaient en effet l’attitude des Etats–Unis, à juste titre.

Autre texte adopté dans ce «paquet Durban », celui entérinant le fonds vert mondial acté à Cancun en 2010 pour aider les pays en développement à s’adapter et à lutter contre le changement climatique. Les discussions sur le cadre juridique de ce fonds ont avancé et permis de trouver un compromis entre les Etats-Unis et les pays en développement sur sa gouvernance. Un secrétariat intérimaire est placé dans un premier temps sous la tutelle de la CCNUCC et du FEM (Fonds pour l'environnement mondial). Censé être abondé à partir de 2013 et obtenir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 – promesse actée à Cancun par les pays développés-, le texte de Durban n’apporte aucune précision sur ces financements…Ce qui ressemble pour l’instant à une coquille vide est vue comme une véritable « mascarade » par les ONG du réseau « Une seule Planète ». Selon Oxfam, « après des semaines d'obstruction de la part des États-Unis, les négociateurs ont été incapables d'identifier ne serait-ce qu’une source concrète et fiable de financement pour combler le Fonds vert pour le climat ». Et si les discussions concernant  une taxe sur les émissions du transport maritime international ont avancé, cette source de financement n’est pas encore actée. Enfin l’agriculture (voir article lié) qui représente à elle seule près de 30% des émissions de gaz à effet de serre, a fait son entrée dans les négociations et dispose désormais d’un groupe de travail. Un progrès sur lequel il faut cependant rester prudent, tant les intérêts divergent entre les pays développés et les pays du Sud.

A l’issue de ce marathon pour le moins déroutant, il reste que la question, essentielle, de savoir comment réduire au plan mondial  les émissions de gaz à effet de serre, a été complètement éludée. La COP 17 de Durban a montré à quel point ce cadre ne remplit plus sa mission de négociation sur les objectifs de réductions des émissions de GES et se limite à une politique de « petits pas » qui compromettent largement le maintien du réchauffement climatique à 2°. Rappelons que pour atteindre cet objectif, une division par deux des émissions globales est nécessaire d’ici 2050. Or plusieurs organismes internationaux, dont l’AIE (Agence Internationale de l'Energie) et le GIEC, ont d’ores et déjà prévenu que l’objectif de contenir le réchauffement à 2°C est hors de portée si l’on extrapole les tendances actuelles. La situation sera même probablement pire selon les projections de l’AIE, qui font état d’une augmentation d'un tiers de la demande en énergie entre 2010 et 2035 et de 20 % des émissions de CO2, entraînant à terme une hausse de la température moyenne de 3,5°.

Véronique Smée
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