Afrique du Sud : le 13ème plus gros pollueur mondial veut donner l'exemple

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Publié le 06-12-2011

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Le gouvernement sud-africain affiche une politique climatique ambitieuse. L'hôte de la conférence de Durban sur le changement climatique confirme ses engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre et veut instaurer une taxe carbone l'année prochaine. Des organisations écologistes demandent à voir.

Mi-octobre, le gouvernement sud-africain a dévoilé un livre blanc sur la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Ce texte confirme les engagements pris par le président Jacob Zuma à Copenhague en 2009 de réduire les émissions de 34% en 2020 par rapport au niveau d’émissions attendu, avant de les réduire en valeur absolue à partir de 2036. Le gouvernement se donne deux ans pour définir avec les entreprises des objectifs de réduction, secteur par secteur. En montrant l’exemple à la COP17, le gouvernement sud-africain attend en contrepartie des engagements concernant l’aide internationale pour les pays en développement dans la lutte contre le réchauffement climatique, une question cristallisée dans les débats autour du fonds vert pour le climat.

Une taxe carbone pour donner sa vraie valeur au charbon

Une des mesures phares de la politique climatique sud-africaine est la mise en place d’une taxe carbone dès 2012. Pour le 13ème plus gros pollueur de la planète, cette taxe n’a rien d’anecdotique. L’Afrique du Sud a des niveaux d’émissions comparables à ceux de pays européens, devant le Brésil. Les recettes d’une taxe carbone représenteraient quelque 82,5 milliards de rands par an (7,6 milliards d’euros), soit plus de la moitié du déficit du budget de l’État. Le plus gros payeur serait la compagnie nationale d’électricité Eskom, qui contribue pratiquement à la moitié des émissions. Le pays produit en effet 90% de son électricité à partir de centrales à charbon.

Opposée au projet, Eskom a déjà prévenu qu’elle reporterait directement le coût sur les consommateurs. La compagnie d’électricité est soutenue dans son lobbying par l’Energy Intensive Users Group. Les 36 compagnies réunies dans ce groupe – dont l’entreprise pétrochimique Sasol et les grandes compagnies minières – utilisent 45% de l’électricité nationale. Elles voient donc d’un  mauvais oeil une taxe carbone, doublée d’une augmentation du prix de l’électricité. Ce lobby industriel menace, si la taxe est mise en oeuvre l’année prochaine, d’une perte de compétitivité du pays et de nombreuses pertes d’emplois. Les  adversaires au projet mettent également en doute la volonté du gouvernement d’affecter les recettes générées par la taxe à sa politique climatique.

Aujourd’hui, ces entreprises jouissent d’une des électricités les moins chères au monde. Une situation permise par l’abondance de charbon dans le pays, mais aussi par les prix pratiqués par Eskom. Un rapport de Greenpeace fait ainsi état d’accords secrets entre Eskom et certaines compagnies minières. Ces dernières auraient des tarifs jusqu’à 350% moins chers que ceux appliqués aux ménages à bas revenus, tarifs qui représentent moins de la moitié du prix de production déclaré par Eskom. Interrogé par l’hebdomadaire national Mail & Guardian, un expert en énergie sud-africain, Peet du Ploy, souligne que l’économie fonctionne « sans reconnaître la valeur réelle du carbone. Il faut réaligner l’économie afin de travailler avec la valeur réelle du carbone et une taxe est un moyen d’y parvenir ».

Énergies renouvelables contre nucléaire et gaz de schiste

Melita Steele, de Greenpeace Afrique, pense que la taxe entrera en vigueur malgré l’opposition des industriels. Si elle salue cette étape, elle est plus sceptique sur la capacité du gouvernement à passer vers une « économie verte ». « Ce sont des mots sans substance », sanctionne cette activiste à propos de l’affichage d’un transfert des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Ces dernières représentent seulement 1% des ressources énergétiques et Melita Steele ne voit aucune mesure qui leur permette d’atteindre les 26% annoncés. « Les énergies renouvelables sont considérées comme un complément », regrette-t-elle, alors que le gouvernement s’apprête à investir 3 milliards de rands pour la construction de six réacteurs nucléaires en 2020. « Les gaz de schiste [dont l’exploration est suspendue jusqu’en Février 2012] semblent aussi devoir s’imposer comme une ressource privilégiée ».

La militante affiche le même scepticisme concernant les engagements du gouvernement à réduire la part du charbon dans les ressources énergétiques, une part qui augmente aujourd’hui avec la construction de deux centrales à charbon parmi les plus grosses au monde. Ces centrales ainsi que le projet nucléaire répondent à la volonté gouvernementale de doubler la capacité de production d’électricité d’ici 20 ans. L’African National Congress, le parti au pouvoir, table en effet sur une forte croissance industrielle pour réduire un chômage estimé entre 25% et 45% selon les sources. Le gouvernement sud-africain devra donc faire la preuve que sa politique énergétique et sa politique climatique ne sont pas contradictoires… Mais cette semaine, Greenpeace et d’autres défenseurs de la justice climatique concentrent leurs critiques vers la responsabilité des pays développés. « Durban pourrait devenir le lieu du plus grand crime jamais commis contre l'humanité. La cupidité aveugle et l'intérêt des pays développés pourraient littéralement condamner à mort les peuples d'Afrique », dénonce Nnimmo Bassey, le président des Amis de la Terre International.

Magali Reinert
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