Un an après son adoption, quels sont les effets du plan algues vertes ?

Planète \Environnement \Pollution

Publié le 27-07-2011

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La présence d'algues vertes pourraît être à l'origine du décès d'une trentaine de sangliers, près d'une plage des Cotes-d'Armor. En février 2010, un plan avait été annoncé en grande pompe mais un an et demi après, le volume d'algues vertes en Bretagne ne cesse de s'accroître. Comment expliquer ce grand écart ?

Des plages envahies d’algues vertes. C’est devenu le cauchemar des Bretons depuis quarante ans maintenant. Après un tassement en 2010, les algues sont revenues plus vivaces et plus précoces encore cette année. Au 18 juillet, 32 000 m3 ont été ramassés. « Nous sommes plus sur les niveaux de 2009 où 50 000 tonnes avaient été ramassées dans les Côtes d’Armor, 25 000 dans la baie de Lannion et 25 000 autres dans la baie de Saint Brieuc », se désole Thierry Burlot, le vice-président de la région Bretagne en charge de l’eau, de l’environnement et de la biodiversité. 2009 ; l’année où mourrait Thierry Moirfoisse -un chauffeur qui transportait des algues vertes en décomposition (voir encadré et article lié)- ainsi qu’un cheval qui avait inhalé des gaz toxiques issus d’algues en putréfaction ayant également intoxiqué son cavalier…Ces évènements dramatiques avaient alors conduit le Premier ministre à se rendre sur place et à annoncer le lancement d’un plan algues vertes. Présenté officiellement en février 2010, et doté de 134 millions d’euros sur 5 ans, il devait instaurer « une gestion irréprochable des algues vertes échouées pour prévenir tout risque et toute nuisance » et « la prévention des futurs échouages, qui passe par une réduction sensible des flux de nitrates de toutes origines vers les côtes ».

Un ramassage systématique des algues

La mort de Thierry Morfoisse au Pôle de santé publique de Paris

« Nous attendons que le tribunal nous donne confirmation de ce que l’on sait, c'est-à-dire que la mort de Thierry est due aux vapeurs toxiques des algues vertes », déclarait en juin Claude Morfoisse, le père du transporteur d’algues décédé en 2009 à Binic après avoir déversé plusieurs bennes d’algues vertes en putréfaction (voir article lié). Instruite à l’origine au tribunal de Saint Brieuc, la plainte contre X pour « homicide involontaire par négligence ou imprudence et par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité » déposée en avril 2010 par la famille, est désormais au pôle Santé publique du Tribunal de grande instance de Paris. « Nous voulons qu’il y ait une réhabilitation de la mort de Thierry par le biais de sa reconnaissance en accident du travail », demande le comité de soutien qui compte notamment les militants écologistes André Ollivro, président de sauvegarde du Penthièvre et Yves-Marie le Lay, président de sauvegarde du Trégor, qui dédient leur livre « Les marées vertes tuent aussi ! » (3) à Thierry Morfoisse. Rappelons aussi que depuis, cet été deux marcassins ont été retrouvé morts sur une plage de Morieux. Officiellement causé par intoxication et asphyxie leur décès apparaît là encore lié à l'inhalation de vapeurs toxiques issues de la décomposition d'algues vertes.

Pourtant un an et demi plus tard, les acteurs locaux estiment que le compte n’y est pas. Et les déclarations du président de la République lors de son déplacement à Crozon le 7 juillet, assimilant les associations environnementales à des « intégristes », ont encore envenimé la situation. Certes, « il y a des améliorations au niveau du volet curatif, sur le ramassage des algues qui est devenu systématique et le ramassage en mer expérimenté cette année, qui apparaît comme intéressant, mais le phénomène continue de s’étendre », déplore Thierry Burlot. Et si l'Anses a enfin donné des préconisations pour encadrer le ramassage (voir document lié), « il s'agit seulement de mesures de prévention normales et qui auraient due être mises en place depuis longtemps. quant aux valeurs limites d'exposition, elles sont encore trop élevées car des crises d'asthme peuvent se produire à très faible niveau », insiste Claude Lesné, médecin et spécialiste des polluants aériens. Pire, « pour assurer la sécurité des salariés ramassant, transportant et collectant les algues, ils doivent porter des gants,  des appareils respiratoires et des détecteurs portatifs d’hydrogène sulfuré (le gaz toxique émanant des algues en décomposition, ndlr), or nous avons vu que sur certaines plages, ces règles ne sont pas suivies », dénonce Yves Marie Le Lay, le président de l’association. Et une fois ramassées, il faut traiter ces quantités massives d’algues. Or cela a un coût : jusqu’à 35 euros la tonne pour les stocker dans des plateformes confinées, qui sont de toute façon en nombre insuffisant pour accueillir le flux des marées vertes. Résultat, on continue de privilégier l’épandage d’algues fraîches (immédiatement enfouies) à 5 € la tonne ou le stockage en plateforme non confinée à 15€/t. Des solutions qui restent insatisfaisantes, car d’une part les cultures pouvant accueillir les algues ne sont pas extensibles et d’autre part, les plateformes de stockage ouvertes peuvent poser des problèmes de voisinage, dus à l’émanation des vapeurs des algues en décomposition. De fait, certaines, comme celle des Châtelets à Saint Brieuc, ne fonctionnent tout simplement pas.
 
Mais surtout, c’est le volet préventif qui pèche. C'est pourtant le plus important et le plus long à produire ses effets car quoi qu'il arrive, les résultats des mesures mises en place ne porteront leur fruits que dans 10 ou 15 ans. Pour éviter la formation d’algues vertes, il faut éviter l’apport de nutriments à base d’azote ou de phosphore dans les baies (voir article lié) dont l’origine est essentiellement agricole. Or, « aussi longtemps que l’on aura autant d’animaux sur notre territoire et que ceux-ci ne tireront pas leur alimentation du seul milieu où ils se trouvent, la production d’azote dépassera ce que le sol peut accepter », explique Jean-Claude Bévillard, responsable des politiques agricoles à FNE. Toutefois, les dernières annonces du gouvernement ne semblent pas aller en ce sens. La méthanisation, présentée comme solution miracle par le président de la République lors de son déplacement à Crozon, est ainsi considérée comme une « fausse solution » par les acteurs locaux. Le processus, qui extrait le carbone du lisier pour produire du biogaz, ne permet effectivement pas d’éliminer l’azote et peut même en accroître la quantité finale. « On ne financera la méthanisation, qui est avant tout un projet énergétique et pas de lutte contre les algues vertes, que si cela se fait dans des conditions éco-compatibles, c'est-à-dire sous réserve que le digestat (1) qui contient de l’azote, soit exporté en dehors des bassins concernés par les marées vertes », prévient Thierry Burlot.

Des actions qui manquent de cohérence et d’ambition

Les associations environnementales et le Conseil régional de Bretagne s’inquiètent aussi des nouvelles règlementations prises au niveau national. L’an dernier déjà, la pilule du compromis sur la loi de modernisation agricole permettant d’exonérer d’enquête publique les  regroupements ou modernisations d'élevages existants, « dès lors qu'ils ne s'accompagnent pas d'augmentation sensible » de leur capacité ou « d'effet notable » sur l'environnement, n’était pas passée. Et les projets de décrets et d’arrêtés ministériels sur la protection des eaux face aux pollutions par les nitrates d’origine agricole, censés permettre de se conformer aux directives européennes (2), sont considérés comme « une véritable provocation » et « vont à l’encontre du plan algues vertes » estime André Ollivro, président de Sauvegarde de Penthièvre. Selon lui, ces textes encourageraient en effet l’élevage en batterie au détriment du plein air et conduiraient de fait à une augmentation de près de 25% des quantités d’azote épandues sur les terres agricoles. « FNE va  interroger la Commission européenne sur le sujet car nous avons besoin d’éclaircissements sur ses objectifs. Nous avons l’impression que ces positions sont essentiellement administratives et juridiques et qu’elles ne tiennent pas compte de la réalité du terrain », prévient de son côté Jean-Claude Bévillard.

Certes, sur le terrain justement, des projets de réduction des fuites d’azote nitrique sur la Baie de Saint Brieuc et la Lieue de Grève ont été adoptés dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre les algues vertes (voir document lié). Les deux plans ont été validés fin juin et les premières mesures, comme l’incitation à la conversion au bio, la réduction du cheptel, le traitement du lisier ou la couverture d’une majeure partie de la SAU par des pairies, vont pouvoir être mises en place dès cette année. Mais sur la seule base du volontariat pour le moment. Un comité de suivi co-présidé par le Préfet et la Région de Bretagne est cependant chargé d’en évaluer les effets et dans le cas où ces mesures volontaires seraient insuffisantes, le Préfet pourra décider de mettre en place des « zones soumises à contraintes environnementales ». Déjà, l’association Eau et rivières de Bretagne a refusé de donner son blanc seing au plan estimant que des « reculs supplémentaires sont encore venus affaiblir le projet » qui « ne brillait déjà pas - c’est un euphémisme - par sa volonté de changer l’agriculture en amont de la baie ».

(1) le digestat est un résidu du processus de méthanisation sous forme solide ou liquide pâteux composé d'éléments organiques non dégradés et de minéraux.
(2) La commission européenne a adressé fin 2009 à la France une mise en demeure, s'interrogeant sur la cohérence territoriale des programmes d'action français contre la pollution aux nitrates.
(3) "Les marées vertes tuent aussi !", André Ollivro et Yves-Marie Le Lay, Le temps éditeur, 2011

Actualisation: le 10 octobre 2011, le gouvernement a finalement publié son décret relatif aux mesures à prendre pour la protection des eaux contre la pollution des nitrates d'origine agricole (voir site lié). Comme prévu il augmente les quantités de lisier utilisables dans l'agriculture et reste très décrié par les associations environnementales.

Béatrice Héraud
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