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« En Chine, on ne respire pas de l’air. Mais de la politique ». Ce commentaire acerbe posté par un internaute chinois en dit long sur l’exaspération de la population. Depuis le début du mois de décembre, la capitale chinoise est recouverte en permanence d’un épais brouillard laiteux. La visibilité est réduite à une centaine de mètres. Plus de 600 vols ont été annulés et des autoroutes fermées pendant plusieurs jours. Mais ce qui exaspère surtout les Chinois, c’est l’hypocrisie du gouvernement. Dans les médias officiels, en effet, on se contente de parler de « brouillard ». Un brouillard que l’on compare même avec celui de Londres. Les mesures officielles de pollution semblent bloquées sur « bonnes » ou « assez bonnes ». Dans le même temps, l’Ambassade des Etats-Unis à Pékin publie pourtant sur Twitter (dont l’accès est bloqué en Chine) ses propres calculs et le résultat est sans appel : l’air pékinois est « dangereux » et la pollution mesurée trois à quatre fois supérieure au seuil d’alerte européen. « Les taux que nous enregistrons sont actuellement les plus mauvais depuis 2007, souligne un expert américain. Les particules dans l’air sont très dangereuses. Notamment pour les enfants et les personnes âgées à qui nous conseillons de rester chez eux. L’air a toujours été très pollué à Pékin, mais cette fois, ce qui inquiète les gens, c’est que la pollution est bien visible. Le brouillard bloque au niveau du sol les particules polluantes et c’est très dangereux pour la santé ». Dans les écoles internationales de la capitale c’est même la panique. Au lycée Français de Pékin, des parents se sont regroupés pour demander au proviseur l’interdiction des récréations en plein air et de plus en plus d’enfants portent des masques de protection. L’école a bien prévu des mesures d’urgence, mais elles se basent sur les relevés officiels chinois. Des relevés beaucoup moins alarmistes. Il faut dire que si les appareils américains prennent en compte les concentrations de particules fines d'un diamètre égal ou inférieur à 2,5 microns, capables de pénétrer jusqu'aux alvéoles pulmonaires et de migrer dans le sang, le Bureau de l'environnement s'entête lui à ne prendre en compte que les particules de 10 microns. Beaucoup plus épaisses. Mesures américaines contre mesures chinoises Depuis quatre ans et la mise en place de cette station de mesure de la pollution atmosphérique sur le site même de l’Ambassade américaine, les autorités chinoises se sont insurgées. Des télégrammes diplomatiques publiés récemment par Wikileaks révèlent même des réunions houleuses entre les diplomates américains et chinois. Pékin accusant Washington d’utiliser ces contrôles pour affoler la population et provoquer des manifestations. Ou quand la pollution atmosphérique peut se transformer en enjeu politique. Car Pékin s’inquiète de voir ses habitants se révolter contre l’air vicié. Le pouvoir refuse toujours qu’un organisme indépendant – surtout lorsqu’il s’agit de mesures américaines – ne vienne contrôler son air et ses émissions carbone. A Durban, le discours était le même : nous sommes d’accord pour limiter nos émissions de CO2, disent les Chinois. Mais pas questions d’accepter des contrôles indépendants et contraignants. Et on voit bien aujourd’hui les limites de cet exercice qui manipule les chiffres en fonction des intérêts politiques. Alors comment faire confiance aux engagements d’un pays qui dans sa capitale même refuse de voir la réalité en face ? Forte augmentation des cancers du poumon Même le journal officiel China Daily a fini par prendre la mesure. Mais à sa façon. Le quotidien s’est ainsi « étonné » du fait que les cas de cancers de poumon ont augmenté de 60% à Pékin en 10 ans ! Alors que la consommation de cigarette n’a pas augmenté. « Nos respirons du poison », s’insurge un internaute. Dans la foulée, plus de 4 millions de Chinois se sont en effet rués sur Weibo, le twitter local, pour s’inquiéter de cette pollution et railler le gouvernement. Une véritable fronde qui inquiète les autorités. Elles ont fini par mettre le hola et censurer les débats autour de la pollution de l’air sur internet. Il faut dire qu’au même moment un autre site internet chinois révélait que tous les dirigeants du pays avaient installé des batteries de purificateurs d'air dans les bâtiments officiels. Plus de 200 machines sont ainsi installées sur les toits de la résidence du Président et du Premier ministre. Du plus mauvais effet dans le contexte actuel. Et face à une opinion publique indignée par cette politique de l'autruche, Pékin a récemment annoncé que les particules fines seraient finalement prises en compte...mais pas avant 2016. Une nouvelle station de mesure sera également mise en place… mais à Tianjin, à 70 kilomètres de la capitale.
Un nouvel affront pour de nombreux Pékinois « Quand le gouvernement se décidera-t-il à faire face à la terrible réalité ? », demande Wang Yongchen, directeur d'une ONG de protection de l'environnement. « Il ne sert à rien d’afficher des ambitions de lutte contre la pollution comme à Durban et de tourner le dos à cette catastrophe ». Et le plus inquiétant semble être l’impuissance du gouvernement face à ce fléau. Des dizaines d’usines parmi les plus polluantes ont en effet depuis plusieurs années maintenant quitté Pékin pour aller polluer plus loin, dans les provinces du Hebei et de Mongolie Intérieure. Un système de circulation automobile alternée a été mis en place et des restrictions pour les achats de véhicules neufs imposées. Des mesures insuffisantes, on le voit aujourd’hui. Pékin et ses 20 millions d’habitants ne cesse en effet de s’étendre. Les chantiers sont partout balançant dans l’air des tonnes de poussières et 240 000 nouvelles voitures débarquent chaque année sur les routes de la capitale s’ajoutant aux 5 millions de véhicules déjà en circulation. 80% de l’électricité et du chauffage est également fournit par des centrales à charbon souvent vétustes et polluantes… Bref, la course à la croissance s’est transformée en désastre écologique. Et le brouillard de Pékin n’est pas prêt de s’envoler.
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