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Novethic. Vous êtes de retour d’un voyage au Japon où vous avez pu visiter des zones contaminées par l’accident de la centrale de Fukushima. Qu’est ce qui vous a le plus marqué là-bas ? Michèle Rivasi. Ce qui m’a marqué c’est que le Japon, qui présente une technologie exemplaire par rapport à l’installation des centrales nucléaires et à leur gestion, n’avait pas préparé de plan de gestion d’un accident nucléaire. Au tout début, on a vu que les gens avaient été évacués rapidement mais quand, sur place, je les ai interrogés, ils ne savaient rien de la radioactivité. Ils ne savaient pas différencier la radiation et la contamination, ils ne savaient pas que le césium et le radium sont des particules qui vont dans le corps…On ne leur a pas donné de fiches pratico-pratiques pour leur dire d’enlever leurs chaussures quand ils rentrent, qu’il faut se laver régulièrement, mettre un masque quand ils vont dans les zones ultra contaminées ! Ils n’ont aucune protection : les autorités n’ont pas distribué de plaquette d’iodure de potassium… Les personnes évacuées me disaient qu’elles allaient revenir dans 3 ou 4 ans ! C’est d’autant plus difficile pour eux de comprendre les effets de la radioactivité que la nature y est très belle. La Criirad heureusement a passé une quinzaine de jours sur place pour mesurer la radioactivité et former des gens à l’utilisation de leur matériel, qu’ils ont laissé sur place. A Fukushima city, où il y a le « groupe des 47 » - qui rassemble l’ensemble des préfectures du Japon-, ils font par exemple des mesures sur la contamination des aliments. Dans les fermes des territoires contaminés, certes ils ne vendent pas leurs aliments mais ils consomment leurs produits et donnent le lait aux enfants. Je suis outrée par cette désinformation des autorités. Novethic. Vous êtes très dure contre les autorités japonaises. Et pourtant, le rapport de l’AIEA sur la catastrophe, dont la version finale a été publiée pendant la conférence ministérielle sur la sécurité nucléaire de Vienne qui se tenait du 20 au 24 juin, estime que les autorités ont eu la « meilleure gestion possible » de l’accident… Michèle Rivasi. Parlons-en. Sur place, quand il y a eu des réunions publiques, les habitants attendaient que l’AIEA donne des chiffres. Mais elle n’en a pas donné car elle délègue aux autorités nationales la gestion de ces informations. Or, le gouvernement japonais n’a rien laissé filtrer. C’est un gouvernement qui n’a pas tiré les leçons de Tchernobyl, notamment sur la question des cancers. On a instrumentalisé la culture japonaise, une culture de soumission qui pousse les gens à contenir leur émotion : ils s’interdisent d’exprimer leur désarroi publiquement, terrassés par la fatalité. Les autorités en profitent pour imposer une omerta facilitée par l’absence de contre-pouvoirs. J’ai vu une collusion entre le gouvernement, les autorités de sûreté nucléaire qui sont très liées à l’industrie et Tepco qui a « arrosé » les collectivités locales et les médias pour qu’ils ne reprennent que les informations officielles. Cependant, quand nous sommes allés sur place avec le radiomètre et que les gens voyaient exploser la dose de radioactivité, je peux vous dire qu’il y avait une vraie colère en eux. Des femmes me disaient qu’elles étaient effrayées. Les Japonais ne croient plus leur gouvernement ni l’autorité de sûreté et essayent de se débrouiller par leurs propres moyens. C’est presque pire que Tchernobyl, car alors qu’ils sont en demande d’information, ils n’ont rien. Ils sont en train de sacrifier la jeune génération. Novethic. Que pensez-vous des ambitions proclamées à Vienne sur le renforcement de la sûreté et de la sécurité nucléaire, et de la volonté de l’AIEA de prendre justement plus de pouvoir sur ces questions ? Michèle Rivasi. Il suffit de se rappeler les bases : l’AIEA est l’agence internationale de l’énergie atomique, qui a été créée pour développer l’énergie nucléaire civile « pour le bien être collectif » ! De plus, même si ses experts procèdent à quelques contrôles, aujourd’hui l’agence n’a pas les statuts pour exiger des normes de sécurité supplémentaires. Or, comme elle souhaite continuer à promouvoir le nucléaire civil dans le monde, elle n’a effectivement pas intérêt à ce que d’autres accidents se reproduisent…Mais de mon côté, je milite davantage pour une nouvelle instance internationale qui soit en dehors de l’AIEA, car vu son comportement à Tchernobyl et Fukushima, je n’ai pas confiance. Il faut peut-être adosser cette future agence à l’ONU. Et aussi développer une instance européenne, car l’Union n’a pas non plus compétence pour exiger des normes de sécurité. Novethic. En France, même si l’ASN assure qu’elle n’a pas encore pris sa décision, on semble s’orienter vers la prolongation pour 10 ans de la centrale de Fessenheim. Qu’en pensez-vous ? Michèle Rivasi. Pourquoi tant de précipitation ? Pourquoi prendre une décision à partir de rapports basés sur une autre évaluation des risques que celle induite par Fukushima ,et alors que l’on vient juste de boucler les critères des stress tests et que des normes doivent être élaborées pour chaque centrale? Mon sentiment est qu’ils ont peur. Peur que des experts extérieurs viennent contrôler les centrales européennes. Ils ont voulu valider la prolongation de 10 ans avant que les normes des stress tests ne puissent remettre en cause cette décision. Car Fessenheim cumule les risques : au risque sismique s’ajoute la proximité d’une digue où passe le Rhin. Dès les années 90, quand j’y avais fait une expertise, on avait déjà des problèmes de fissures au niveau de la cuve. Nous étions donc déjà réticents à donner 10 ans supplémentaires.
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