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A la demande du ministère de l’Ecologie, l’Ineris a procédé au mois d’août à deux campagnes de mesures de l’hydrogène sulfuré (H2S) sur la plage de Morieux, dans l’estuaire du Gouessant (Côte d’Armor). Le constat vient mettre fin à l’attente de preuves irréfutables : les concentrations en sulfure d’hydrogène émis par la fermentation des algues vertes sont bien à l’origine du décès de 36 sangliers ainsi que de la mort de ragondins et de blaireaux en juillet dernier. L’Ineris précise que le sulfure d’hydrogène « est un gaz très toxique », « un irritant des voies respiratoires et un neurotoxique par asphyxie ». « Son odeur caractéristique d’œuf pourri se détecte dès 0,2 à 0,3 ppm (0,28 à 0,42 mg/m3) ; elle est nette pour 20 à 30 ppm (28 à 42 mg/m3), mais vers 100 ppm (140 mg/m3) l’odorat est anesthésié ». Or, à des doses chroniques, les perturbations de l’odorat « sont un handicap pour la vie animale », souligne le rapport. « Des concentrations qui peuvent atteindre des seuils mortels » Par ailleurs, l’Institut a évalué les concentrations en H2S, au sol et dans l’air, «auxquelles les populations riveraines, ou fréquentant la plage de Morieux et la zone de l’estuaire, sont susceptibles d’être exposées». Pour les expositions de courte durée à des concentrations élevées, qui concernent essentiellement les promeneurs, randonneurs ou chasseurs, des valeurs de 15 à plus de 140 mg/m3 ont été relevées. «Ces concentrations se situent à des niveaux pour lesquels des effets -notamment l’anesthésie de l’odorat- ont été observés chez l’homme, au-delà d’une heure d’exposition en continu sur des zones de dépôts d’algues », explique l’Ineris tout en rappelant que les probabilités d’exposition de longue durée dans les zones les plus toxiques sont faibles, en dehors de cas d’accident ou de chute grave. Cependant, même s’il est peu probable qu’un individu soit exposé aux concentrations maximales, «les concentrations mesurées peuvent atteindre les seuils mortels (2.408 mg/m3 pour une exposition d’une minute)», précise le document. S’agissant des populations riveraines, le fait de vivre à proximité de ces zones « ne semble pas présenter de risque préoccupant pour la santé ». Cependant, l’Ineris comme l’Anses recommandent de poursuivre le ramassage des algues pour « limiter les émissions et donc les concentrations dans l’air ainsi que les expositions potentielles. » 11% d’algues vertes supplémentaires en 2011 Au final, c’est grâce à la forte odeur dégagée par l’H2S que le risque sanitaire est moindre. « Ces modalités d’exposition extrêmes, de très courtes durées mais intenses restent peu probables pour l’Homme, en raison du caractère olfactif de l’H2S qui représente un facteur d’alerte pour le promeneur. On peut considérer que celui-ci s’éloigne, le plus souvent, de ces zones malodorantes », explique le rapport. Cependant, l’étude reste un constat à l’instant « T » et ne fait pas de prospective. Or, après un tassement en 2010, les algues sont revenues plus nombreuses et plus précoces cette année. Au 18 juillet, 32 000 m3 ont été ramassés, pour atteindre 53 000 m3 fin août, soit 11% de plus qu’à la même période en 2010. Dénonçant cette « intensification mortifère », les associations Sauvegarde du Trégor et Sauvegarde du Penthièvre ont déposé plainte à Rennes pour « mise en danger de la vie d'autrui ». Le 27 juillet, les deux associations environnementales ont procédé à des relevés sur la plage de Morieux, où elles avaient constaté que les concentrations de l’hydrogène sulfuré dépassaient des taux de plus de 500 particules par million (PPM). "Pas de remise en cause du modèle"
Au-delà de ces aspects sanitaires, la question du modèle agricole à l’origine de cette prolifération des algues vertes demeure entière, malgré le « plan algues vertes » mis en place en 2010 (voir article lié) et la mobilisation des acteurs locaux. Si le volet curatif de ce plan a bien été mis en place, les actions de prévention nécessaires pour éviter l'excédent de nitrates dans les eaux, issus de l'agriculture intensive, restent inappliquées. « Sans réduction du cheptel et remise en cause du modèle de l’élevage intensif, il n’y a aucune chance de voir la source d’azote et de phosphore issus des élevages industriels se tarir, commente FNE. En conséquence, les collectivités locales sont condamnées à ramasser tous les ans les milliers de tonnes d’algues qui s’échouent et s’échoueront sur la côte ». Le plan du gouvernement se résume selon l’association à « cofinancer le ramassage pour 850 000 euros/an, en espérant trouver une solution viable pour le traitement des algues (…) Il faudra pourtant choisir entre la qualité de l’eau, de l’air, des plages et le tourisme associé, et la production industrielle de cochons ».
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