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Samedi 1er octobre, la nuit risque d’être un peu plus sombre dans certaines villes de France. Le « jour de la nuit » tient en effet sa troisième édition. Son but ? Sensibiliser à la protection de la biodiversité nocturne et faire prendre conscience des problèmes de pollution lumineuse dont souffrent les pays développés, en éteignant par exemple symboliquement les éclairages publics d’un maximum de villes. Aujourd’hui, l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes) estime à 9 millions le nombre de points lumineux en France. Et 4% des émissions de GES en France sont dues à l’éclairage public d’après l’ADEME. Alors même que la France s’est engagée à réaliser 20% d’économie d’énergie d’ici à 2020, la réduction de l’éclairage public devient donc un enjeu politique et économique. Une décision politique plus que technique L’ADEME et EDF estiment entre 30 et 40% la perte d’énergie pour les communes du fait d’une mauvaise valorisation du réseau. Les causes ? Surpuissance des sources, vétusté et mauvaise qualité des équipements. L’éclairage public représente en effet 45% de la consommation d’électricité des collectivités locales. Une marge de manœuvre semble donc exister pour les communes. D’autant qu’il existe des moyens techniques pour réduire les gaspillages d’énergies. L’ADEME (étude de 2002) estime qu’en effectuant des « investissements rentables », il est possible pour les communes de diminuer de 20 à 40% les dépenses d’énergie. Par exemple, avec les lampes à ULOR (1) faible, fini les globes lumineux qui éclairent autant le ciel que le sol, avec une déperdition de luminosité. Celles-ci sont orientées presque uniquement vers le bas et limitent ainsi la pollution lumineuse. Certaines villes comme Toulouse réfléchissent aussi à l’installation de lampadaires se déclenchant uniquement en présence d’un passant. Mais pour l’ANPCEN, il faut aller plus loin. D’autant que nombre de communes n’ont pas les moyens de renouveler leurs infrastructures. « Au-delà des efforts techniques, il y a de vrais enjeux politiques. Qu’un maire accepte par exemple d’éteindre l’éclairage des monuments historiques, voire de pratiquer l’extinction nocturne de sa commune au cœur de la nuit », explique Anne-Marie Ducroux, présidente de l'ANPCEN. C’est ce type de démarche que souhaite impulser l’association à travers son concours « Villes et villages étoilés » (voir encadré) et une charte de bonnes pratiques. Ainsi, Mûrs-Erigné dans le Maine et Loire, 5 500 habitants, a obtenu sa première étoile. Elle a d’abord choisi d’éclairer un lampadaire sur deux sur ses axes principaux au cœur de la nuit, puis s’est finalement lancée dans l’extinction totale de minuit à 5h du matin depuis 2009. « On en a longuement parlé avant de mettre en place le dispositif mais cette extinction rentrait dans l’objectif global de la commune en matière d’environnement », explique Valérie Brossard chargée de mission santé environnement de la commune. Un bilan positif économiquement puisque la commune a divisé par deux sa consommation d’énergie, soit 17 000 € économisés par an. Pourtant, si les économies d’énergie font sérieusement réfléchir
Villes et villages étoilés
Pour inciter les décisions politiques, l’ANPCEN a lancé en 2009 le concours « Villes et villages étoilés ». Les communes intéressées s’inscrivent sur le site de l’ANPCEN et reçoivent un questionnaire à remplir. Parmi les critères évalués, l’efficacité énergétique des installations, la répartition et la densification de l’éclairage public, la durée d’éclairement et les actions de sensibilisation menées auprès du grand public. L’association classe ensuite les communes de 1 à 5 étoiles. Mais au-delà de la simple labellisation, l’association donne des conseils d’amélioration pour les participants. Elle a aussi élaborée une charte de bonnes pratiques, un cahier des charges technique et des étiquettes environnementales pour permettre aux communes de mieux se situer et d’avancer dans leur démarche.
les maires, les idées reçues ont la vie dure. Par exemple, les endroits mal éclairés sont-ils plus sujets aux accidents et à la délinquance ? La réponse est « non » selon l’ANPCEN. A Mûrs-Erigné, les élus et certains habitants avaient peur de la recrudescence des cambriolages mais ils se sont petit à petit laissé convaincre par le dispositif d’extinction totale, d’autant que l’expérience s’avère plutôt positive. « Nous n’avons pas observé d’augmentation de la délinquance. Au contraire, quand on se déplace dans le noir on est plus attentif, que l’on soit à pied ou en voiture » précise Valérie Brossard. Depuis fin 2006, une partie de l’autoroute A16 au nord de la France est éteinte. Une étude (2) réalisée avant de mettre en place l’extinction de l’autoroute montrait que l’A16 éclairée avait un taux d’accidents graves plus élevé que des autoroutes non éclairées. Une prise en compte des enjeux multiples ? Pour autant, si les maires sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à cette problématique, celle-ci est encore peu – ou mal- traitée- au niveau national. « Cette question est au cœur des enjeux de développement durable. Pourtant, on ne la retrouve ni dans l’Agenda 21, ni dans le plan santé environnement, ni dans la trame verte », se désole Anne-Marie Ducroux. Or, les enjeux liés à la pollution lumineuse sont multiples et transversaux. Ainsi, le halo lumineux qui se forme au dessus des villes gêne les amateurs d’étoiles mais il a surtout de nombreux impacts sur la santé humaine (perturbation du sommeil) et plusieurs études françaises et internationales montrent qu’il peut affecter les équilibres des écosystèmes. L’intégration de la problématique aux négociations du Grenelle a constitué un premier pas vers un vrai dispositif législatif. Mais malgré l’adoption des deux lois, peu de mesures sont aujourd’hui effectives. « Pour la première fois, la législation parle de prévention, de suppression et de limitation, se réjouit Anne-Marie Ducroux mais il reste du chemin à parcourir avant la parution d’un arrêté avec des mesures concrètes. » Un décret paru en juillet permet par exemple d’imposer des prescriptions techniques à l’exploitant ou l’utilisateur de certaines installations lumineuses. Il prévoit aussi une réglementation plus stricte pour certains espaces naturels protégés tels que des parcs naturels régionaux ou des zones Natura 2000. Un arrêté devrait suivre dans les prochains mois mais les négociations sont loin d’être terminées. « Tout va se jouer sur l’élaboration des valeurs techniques précises (puissance et orientation lumineuse notamment). Et après de savoir qui va contrôler ces valeurs et à quel coût », ajoute Anne-Marie Ducroux. En attendant la parution de l’arrêté, l’ANPCEN souhaiterait que le dossier soit pris à bras le corps par les administrations, notamment avec la mise en place d’une base de données publique et indépendante permettant de recenser des informations fiables et nécessaires pour tous les acteurs, à l’image du travail entrepris sur les étiquettes environnementales. Ou en intégrant la qualité de la nuit comme critère dans l’élaboration des trames vertes. « Il y a de nombreux dispositifs à bâtir et d’autres à modifier pour que la question soit enfin traitée », explique Anne-Marie Ducroux. (1) ULOR : « upward light output ratio », exprimé en pourcentage il estime la proportion de flux lumineux dirigé vers le ciel. Plus il est faible, plus il évite la pollution lumineuse. (2) étude publiée en janvier 2007 par le Ministère des Transports, de l’Equipement, du Tourisme et de la Mer.
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