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La Chine est devenue en quelques années le leader mondial des OGM. Cela s’explique en partie par les moyens considérables investis par l’Etat : 2,28 milliards d ‘euros ont été débloqués pour la recherche sur dix ans. Un impératif dans ce pays qui doit nourrir 22% de la population mondiale avec seulement 7% des terres cultivables. En Chine, il faut impérativement augmenter les rendements. Tomates, poivrons et autres piments sont ainsi généralement issus de semences génétiquement modifiées. Pour l’instant, le riz, aliment de base des Chinois, échappe encore aux autorisations de mise sur le marché. Principe de précaution oblige, le gouvernement tarde à délivrer les autorisations nécessaires à leur commercialisation. Pourtant, depuis 2009, le ministère de l’Agriculture a accordé des certificats de biosécurité à deux variétés de riz transgénique. « Le gouvernement chinois se préoccupe davantage de la qualité de l’alimentation des Chinois et des questions environnementales, commente Fang Lifeng de Greenpeace Chine. Elle tient certainement compte des scandales de ces dernières années comme le lait contaminé à la mélamine ou les hormones dans le porc et les pesticides. Pour le gouvernement, ce sont des risques potentiels de désordres sociaux ». En clair : mieux vaut protéger les assiettes si l’on veut éviter une révolution. Pourtant, selon notre enquête, la réalité est bien différente. Diffusion incontrôlée
Du riz chinois génétiquement modifié a ainsi été découvert en France en 2009. Vendu sans autorisation dans les supermarchés du XIIIème arrondissement de Paris. Preuve d’une diffusion incontrôlée, voir illégale des OGM chinois par delà les frontières. On retrouve ainsi ces graines chinoises dans toute l’Afrique, notamment via Long Ping High Tech, l’un des principaux semenciers chinois très implanté sur le continent africain. Difficile donc de croire que ce riz OGM ne se retrouve pas également dans les bols des Chinois. « Les règles en Chine sont beaucoup plus souples qu'en Europe, explique un ingénieur agronome Français qui suit ce dossier auprès de l’Ambassade de France à Pékin. Si en France, les travaux sur les OGM sont très encadrés, ce n’est pas le cas en Chine ».« Le Comité d’éthique de Pékin ne s’embarrasse pas de la pression de l’opinion publique, s’agace-t-il. La multiplicité des acteurs et des contrôles relâchés produisent des résultats hasardeux. Le pays n’a pas le recul nécessaire pour juger de la non toxicité de tel ou tel OGM ». Mais ça ne l’empêche pas d’avancer. Sous la pression notamment des industriels. Monsanto, DuPont Corporation et Bayer trouvent, en effet en Chine des débouchés considérables et multiplient les partenariats. Dans une série de télégrammes diplomatiques américains, récemment révélés par Wikileaks, on apprend ainsi que l’Ambassade des Etats-Unis à Pékin a multiplié ces dernières années les réunions avec les représentants des ministères chinois de l’Agriculture et de l’Environnement. Niu Dun, le Vice-ministre chinois de l’Environnement, se serait ainsi officiellement plaint « des profits juteux engrangés par les industriels américains ». Niu a également cité Monsanto, si l’on en croit ce télégramme, et avancé le chiffre de 7 milliards de dollars de semences de soja OGM importées des Etats-Unis chaque année depuis 2008. Selon les diplomates américains, le Vice-ministre en a profité pour demander davantage de coopérations scientifiques entre les laboratoires Chinois et Américains. « En clair, peut-on lire sur cette note de l’Ambassade, il suggère que Monsanto abandonne ses droits sur certaines graines OGM en échange d’un accès plus large au marché chinois ». Même chose pour les semences de maïs XY335 de DuPont. Très présent dans le nord de la Chine, ce maïs pourrait être génétiquement modifié. Le gouvernement chinois refuse de commenter. Il faut dire que ce maïs GM n’est pas encore autorisé sur le marché. Un flou total entoure ces questions. Sans activistes, sans principe de précaution et d’information aux consommateurs dignes de confiance, les industriels abreuvent donc la Chine de semences OGM. « Super riz hybride »
Mais pour nourrir l’Empire du Milieu, d’autres pistes sont également à l’étude. A commencer par le riz hybride né des recherches du Professeur Yuan Longping. « Le riz est un aliment fondamental. La moitié de la population mondiale mange du riz et, en Chine, plus de 60% des gens mangent du riz comme aliment de base. Il est donc primordial pour nous d’accroître la production pour garantir notre sécurité alimentaire », plaide-t-il. Et par « sécurité », il faut surtout comprendre autosuffisance. Car la Chine ne veut pas dépendre des importations pour se nourrir. Résultat, dans ses rizières du Hunan, Yuan Longping a mis au point le mois dernier un « super riz hybride » qui a battu un record du monde avec un rendement de 13,9 tonnes par hectare. Le DH2525 dépasse donc largement les précédents rendements de 10 tonnes et demi par hectare obtenu en 1999 par Yuan Longping. Le riz hybride a l’avantage d’être sans danger pour l’environnement et la santé car il est le fruit de croisements entre plusieurs variétés. Le professeur Yuan vise désormais les 15 tonnes. Mais cette technique reste cependant beaucoup moins rentable que les OGM qui sont d’ailleurs loin de se cantonner aux seules assiettes. 75% du coton chinois est ainsi génétiquement modifié avec parfois de bien mauvaise surprise. Ainsi le coton Bacillus thuringiensis cultivé dans le Nord de la Chine s’est révélé certes insensible aux larves de noctuelles qui faisaient autrefois des ravages. En revanche, il est bien plus touché par les miridés, des insectes ravageurs qui se sont multipliés sur les 26 millions d’hectares de coton OGM Bt plantés dans le pays. L’étude publiée l’an dernier à ce sujet par le magazine Nature a fait grand bruit dans le pays. On comprend donc mieux l’extrême discrétion du gouvernement chinois sur le dossier décidément très sensible des OGM.
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