L'étiquette environnementale, un chantier colossal

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Publié le 26-07-2011

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Depuis le 1er juillet, 168 entreprises participent à l'expérimentation d'un nouvel affichage environnemental de leurs produits.Tout, ou presque, est à inventer. Mais les premiers acteurs impliqués y voient un levier pour inciter à l'éco-conception et à une consommation éclairée.

L’idée d’un affichage environnemental obligatoire sur les produits avait été émise en 2007 dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Depuis, le chantier a avancé pierre après pierre. D’abord envisagé comme une norme contraignante, l’affichage a finalement été traduit dans la loi Grenelle I sous la forme d’une démarche progressive. En juillet 2010, l’expérimentation d’un an est actée dans le cadre de la loi Grenelle 2, sur la base du volontariat. 230 entreprises ont répondu à l’appel à candidatures, lancé en novembre dernier. Parmi les 168 retenues, on trouve des multinationales, Levi Strauss & Co, Coca-Cola, Nestlé… des PME, comme le traiteur Pierre Martinet ou le fabricant de boîtes aux lettres Renz et des distributeurs, Casino, Monoprix, Boulanger… Chacune a jusqu’à décembre pour lancer l’expérimentation sur une gamme de produits de leur choix, une démarche inédite, pour laquelle les référentiels communs n’existent pas encore.

Simplifier l’analyse du cycle de vie

Depuis mai 2008, une plate-forme Ademe-Afnor supervise la mise en œuvre de l’étiquetage. Après avoir établi un référentiel global des bonnes pratiques, elle a regroupé les acteurs concernés (producteurs, fédérations professionnelles, consultants) dans une quinzaine de groupes de travail, pour définir une méthode commune pour chaque gamme de produits et aboutir à des référentiels sectoriels. Un travail de titan. Au bout de deux ans, une dizaine de référentiels seulement on été définis pour les chaussures de ville, les shampoings, les sacs à dos, les raquettes… Le « GT10 », consacré aux articles de sport et aux loisirs, est le plus avancé, avec deux référentiels établis et trois autres en cours de validation. « On partait d’une feuille blanche », raconte André-Pierre Doucet, directeur de la communication et des études de la Fédération professionnelle des entreprises du sport et des loisirs (FPS) qui orchestre le GT10. « Nous avons commencé par les produits pour lesquels nous disposions déjà d’une analyse de cycle de vie, étape indispensable pour évaluer leur impact et définir des indicateurs ». Le groupe travaille sur 12 catégories de produits, mais revoit sa copie au fur et à mesure. « Nous pensions à un référentiel commun pour les balles et les ballons, mais les différences entre les deux produits, notamment sur les matières premières, vont probablement nous conduire à deux référentiels distincts ».

In fine, le groupe GT10 pourrait arriver à plus de 20 référentiels pour le seul secteur du sport et des loisirs. « L’ampleur de l’étiquetage environnemental est inédite parce qu’on doit se pencher sur l’ensemble du système de production. Le but est d’arriver à une analyse de cycle de vie simplifiée, fondée sur les indicateurs les plus pertinents. On aura ainsi un outil technique pour chaque secteur, qui rendra l’évaluation environnementale et l’étiquetage moins coûteux », explique Olivier Muller, directeur développement durable chez PricewaterhouseCoopers. Une perspective stimulante, car l’analyse de cycle de vie nécessite un travail considérable de collecte d’information, qui devient d’autant plus complexe lorsqu’elle implique de nombreux fournisseurs.

Biodiversité, eau, recyclabilité… de nouveaux indicateurs

L’étiquette environnementale impose d’afficher, en plus de l’impact carbone, un à trois critères supplémentaires, par exemple la consommation d’eau, la recyclabilité, l’impact sur la biodiversité, la consommation de ressources naturelles non renouvelables… Lorsqu’il existe déjà un référentiel validé par l’Afnor, pour les sacs à dos par exemple, les entreprises doivent le suivre pour mener l’expérimentation. Sinon, elles peuvent donner libre cours à leur créativité. Chez Renz, entreprise d’une centaine de salariés qui fabrique des boîtes aux lettres, l’épuisement des ressources et la consommation d’eau sont affichés sur 80% de leurs produits vendus chez Leroy-Merlin. Depuis début juillet, Levi Strauss indique sur quatre jeans, la consommation d’eau et l’eutrophisation d’eau douce liée à l’utilisation des phosphates et des nitrates. Chez Casino, l’indice environnemental dévoilera la consommation d’eau et la pollution aquatique. Plus de 100 produits alimentaires des marques Casino (60 références), Monoprix (20 références), Matines, Armoric, Alter Eco et Montcalm seront progressivement disponibles en magasins à partir de septembre 2011. Pour autant certains indicateurs sont difficiles à circonscrire, souligne Olivier Muller : « La biodiversité, les impacts sur les espaces naturels, le mode de culture intensive ou extensive, etc, posent encore des problèmes d’évaluation. »

Un levier pour l’éco-conception

Sur le choix de l’étiquette, là encore, les entreprises ont le champ libre. Mais le défi est grand car les consommateurs, totalement néophytes, doivent parvenir à les décoder facilement. Dans un premier temps, la plupart des entreprises participantes afficheront l’impact environnemental sur Internet. Mais certains affichent déjà les étiquettes sur les packagings. Chez Renz, les étiquettes proposent une échelle de performance de A à E pour chacun des indicateurs rapportés à la durée de vie du produit, évaluée à 12 ans pour une boîte aux lettres. Chez Casino, l’étiquette représente l’impact environnemental de 100g de produit par rapport à l’impact environnemental de la consommation alimentaire totale journalière d’un Français et s’affiche sous forme de pourcentage, à l’image des informations sur les calories. Fin juillet, un site Internet apportera des compléments d’information sur les critères retenus.


Mais il reste difficile aujourd’hui d’anticiper l’effet sur la consommation. « Pour les consommateurs, c’est un peu comme apprendre à lire », souligne Olivier Muller. « Il faudra des relais, comme les ONG, pour faciliter le décodage ». Pour les entreprises, un effet vertueux semble d’ores et déjà tangible. « L’étiquetage environnemental révèle les points faibles dans la fabrication des produits et incite à la chasse aux mauvaises pratiques. La vraie valeur ajoutée ira à l’éco-conception », estime Pierre-André Doucet. Fin 2012, les retours d’expérience seront transmis au Parlement qui décidera d’une éventuelle généralisation du dispositif. Elle sera probablement très progressive, si l’on en juge par l’ampleur du cadre technique à construire.

Anne de Malleray
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