Vers un renforcement de la coopération internationale sur le nucléaire

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Publié le 08-06-2011

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Three Mile Island, Tchernobyl puis Fukushima…La répétition des accidents graves obligent les Etats à renforcer leur coopération en matière de sûreté nucléaire. C'est en tous cas le message proclamé par les 33 pays qui participaient au séminaire ministériel international du 7 juin. Mais l'unité affichée sur le nécessaire partage des connaissances et l'harmonisation des standards, résistera-t-elle à la division des Etats sur la stratégie nucléaire à suivre?

Alors que « l’on ne peut plus continuer à penser comme avant Fukushima », « il est impératif d’améliorer la coopération en matière de sûreté nucléaire civile, au niveau international, car elle n’est pas encore à son meilleur niveau ». Le message de la ministre de l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui présidait un séminaire ministériel international sur la sûreté nucléaire, est clair. Il a été entendu et approuvé par les représentants des 33 pays qui se sont réunis à l’OCDE le 7 juin à l’initiative de la France qui souhaitait approfondir les conclusions du dernier sommet du G8 à Dauville. « Des convergences très concrètes et précises ont pu être trouvées », a ainsi souligné NKM lors de la conférence de presse de clôture. Elles se sont traduites par une déclaration commune qui insiste sur le renforcement des mécanismes internationaux en matière de prévention des risques nucléaires et de gestion de crise.

Les tests français sur les risques sismiques et hydrogène
En marge du séminaire, la France a voulu montrer aux représentants des pays présents les recherches déjà menées en matière de prévention des risques sismiques et hydrogène des centrales nucléaires. Elles sont menées près de Paris, à Saclay, par près de 4000 chercheurs, dans les laboratoires du Commissariat à l’énergie atomique. Avec « Tamaris », une plateforme –la plus grande en Europe- qui simule les séismes auxquels les installations nucléaires (construction et équipements électriques) peuvent être soumises, les chercheurs testent physiquement les effets d’une secousse puis comparent les résultats avec les modèles développés sur ordinateurs. Les programmes « Tosqan » et « Mistra », eux étudient les risques liés à la formation d’hydrogène au sein des réacteurs et qui peuvent entraîner une explosion. Les chercheurs y simulent un accident nucléaire en injectant de l’hélium (qui remplace pour des raisons de sécurité l’hydrogène dont les propriétés sont similaires dans  ce cas) et recréent les conditions thermiques dans un modèle réduit de réacteur (l’un de 7m3 et l’autre de 100m3). Des expériences qui ne permettent toutefois pas de comprendre l’accident de Fukushima, puisque la centrale n’utilisait pas la même technique que celle étudiée au centre (réacteurs à eau pressurisée), insistent les chercheurs. 

Ainsi, un « large consensus s’est dessiné » pour que tous les pays disposant d’installations nucléaires réalisent des audits de sûreté prenant en compte des évènements jusqu’ici jugés invraisemblables mais aussi des revues périodiques de sûreté des installations, avec un partage régulier des connaissances entre les différents pays. L’accident de Fukushima oblige aussi à renforcer le rôle des instances internationales spécialisées comme l’Agence internationale pour l’énergie atomique (qui doit cependant revoir ses standards de sûreté, notamment en matière de résistance des constructions au risque sismique à la lumière de cet accident) et de l’Agence de l’OCDE pour l’énergie nucléaire (AEN). Enfin, les leçons de la catastrophe japonaise doivent également être tirées en matière de gestion de crise, que ce soit à travers le développement d’équipes d’intervention rapide, l’harmonisation des procédures (pour établir les rayons d’évacuation autour des centrales ou les seuils d’ingestion d’iode par exemple) ou encore la coopération entre les cellules de crise. Tous ces points devraient nourrir les travaux de la conférence internationale sur la sûreté nucléaire organisée par l’AIEA du 20 au 24 juin.

Une unité affectée par des stratégies nucléaires très diverses?

Pourtant, derrière cette unité affichée autour de la sûreté nucléaire, il existe encore de larges divisions sur les stratégies nationales concernant l’atome. Parmi les participants au séminaire en effet, on comptait l’Allemagne qui avait présenté la veille son scénario de sortie du nucléaire décidé juste après Fukushima (voir article lié), l’Inde qui est en plein programme de développement et bien sûr la France, dont le président de la République égratignait au même moment le choix de son voisin d’outre-Rhin, expliquant qu’il s’agissait d’un choix basé sur « l’émotivité » et « d’ailleurs très contesté là bas »… Des divisions qui, si elles « n’ont pas été niées » n’ont cependant pas « interférées dans les discussions », a voulu clarifier Nathalie Kosciusko Morizet, préférant insister sur « l’accord général, incontesté pour dire que la sûreté nucléaire est première, quelles que soient les options à l’égard de cette question ». Certes, mais la conseillère fédérale suisse chargée de l’Environnement, Doris Leuthard, a tout de même crut bon de préciser que son pays demandait des audits obligatoires et non volontaires comme il en est encore question. Et rappelons que si l’Union européenne s’est finalement entendue le 25 mai sur les modalités des stress-tests* qui ont débuté le 1er juin sur les 143 centrales nucléaires du parc européen, cela ne s’est pas fait sans heurts, justement entre les pays nucléarisés et ceux qui ne le sont pas ou ne souhaitent plus l’être…  

De leur côté, les anti-nucléaires ne voient dans ce séminaire « qu’un énième et grossier exercice de communication, destiné à rassurer des populations qui ne sont pourtant plus dupes (1) et à donner l’illusion que les risques nucléaires peuvent être maîtrisés », comme le déclare le Réseau “Sortir du nucléaire“ dans un communiqué. Greenpeace n’est pas plus tendre. Pour l’association, ce séminaire informel ne s’apparente qu’à une « opération séduction de la France » avec la présentation d’un rapport préliminaire de l’AIEA (voir document lié) sur la catastrophe de Fukushima que l’association juge « aussi incomplet que partial » -et dont elle a demandé une contre expertise (voir document lié)-. Quant au déplacement organisé à la suite du séminaire sur le site de Saclay où les représentants des pays présents ont pu visiter les installations d’évaluation des risques sismiques et hydrogène du Commissariat à l’énergie atomique (voir encadré), il s’apparente essentiellement à un « tour d’ autopromotion » de la France auprès des représentants étrangers, selon l’ONG.

*Le compromis finalement approuvé par le groupe des régulateurs européens de la sûreté nucléaire (Ensreg) distingue la sûreté des centrales face aux risques de catastrophe ou d'accident et leur sécurité face à des actes terroristes ou sabotages (qui resteront confidentielles). Un rapport sera soumis aux dirigeants de l'UE lors de leur sommet le 9 décembre et un contrôle parallèle –dont les conclusions seront rendues publiques- sera effectué par sept « éminents experts » d'autres Etats. (voir document lié)

Béatrice Héraud
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