|
Rentabilité, sécurité de l'approvisionnement et performance environnementale, ce sont les trois maîtres mots articulant le plan d'ensemble présenté lundi 6 juin à Berlin par l'équipe d'Angela Merkel, qui doit permettre au pays de mener son "Energiewende" ou tournant énergétique. Ce plan prévoit d'ici l'horizon 2020 une baisse de la consommation d'électricité de 10% via des mesures d'efficacité énergétique qui accompagnera parallèlement une hausse de 18% de la part des énergies renouvelables pour atteindre les 35%. Une enveloppe annuelle de 1,5 milliard d'euros est prévue entre 2012 et 2014 pour le programme de rénovation énergétique dans le bâtiment auxquels s'ajouteront 5 milliards d'euros destinés au financement de 10 parcs éoliens offshore, la principale forme d'énergie renouvelable favorisée par Berlin. L'expansion du réseau de distribution trouve également sa place au coeur du dispositif mis en place, afin notamment de pouvoir distribuer l'énergie issue de l'éolien de la mer du nord et de la mer baltique vers le sud du pays. C'est paradoxal, mais ce sont les entreprises du secteur des nouvelles énergies qui se montrent le plus critiques envers ce plan. "Le dispositif gouvernemental met l'accent sur l'éolien offshore que seuls les grands groupes seront capables de financer", relève Fred Jung, fondateur et dirigeant du groupe juwi, une holding spécialisée dans les énergies renouvelables. Avec un volume d'investissement d'environ 3 milliards d'euros et 1 900 sites installés de par le monde, le groupe compte parmi les plus actifs du secteur en Allemagne. "En fait, ce plan va à l'encontre de l'idée d'une couverture énergétique décentralisée. Pourtant, c'est cette idée qui est le fondement même du secteur". 10 euros de plus par mois
Le plan sera en partie financé par les consommateurs eux-mêmes via les tarifs d'achat pour les énergies renouvelables, tarifs qui ne devraient toutefois pas dépasser les 10 euros mensuels supplémentaires sur la facture d'électricité. Or, un récent sondage montrait la disposition des consommateurs allemands à débourser précisément jusqu'à 10 euros de plus par mois si cela devait servir à l'expansion des énergies renouvelables...Par ailleurs un fonds énergie-climat a été mis sur pied en janvier de cette année, alimenté actuellement par un impôt payé par les producteurs d'énergie nucléaire. Ce fonds sera ensuite financé à partir de 2013 par la vente de quotas de CO2, qui devrait rapporter 3,5 milliards d'euros par an, selon les propos de Patrick Graichen, directeur de la division du climat au sein du Ministère de l'Environnement. C'est peu au regard du volume d'investissement consacré au secteur des énergies renouvelables : pour la seule année 2010, près de 29 milliards ont été investis en Allemagne, preuve du dynamisme d'un secteur qui n'a pas attendu l'annonce de la fin du nucléaire pour se développer. "Le volume d'investissement augmente de manière régulière, l'intérêt des investisseurs croit également," observe Thomas Rüschen, membre de la direction de DWS Investments, lors d'un colloque consacré au financement des énergies renouvelables. "Mais il reste trop lent", regrette-t-il, avant de miser sur l'exportation du savoir-faire technologique allemand pour l'augmenter... Vers un projet européen ?
Loin de vouloir faire cavalier seul en Europe, les responsables politiques allemands perçoivent au contraire tout l'intérêt d'une ligne énergétique commune au sein de l'Union européenne. Rappelons à ce stade que la décision d'augmenter à 20% la part d'utilisation d'énergies renouvelables au sein de l'UE d’ici 2020 a été prise en mars 2007 lors de la présidence allemande de l'Union européenne. Et c'est par le biais des institutions européennes que l'Allemagne espère faire école chez ses voisins, comme l'illustre les propos du Ministre de l'environnement Norbert Röttgen. Dans une intervention à la chaine publique ARD, il souligne que "bien sûr, les dangers du nucléaire ne s'arrêtent pas aux frontières allemandes. Et c'est pour cette raison que l'Allemagne s'est autant engagée par le biais de Günther Öttinger (le Commissaire allemand à l'énergie) pour les tests de résistance sur les centrales nucléaires européennes. Nous avons pu imposer un bon nombre de nos exigences. Le tout est de vouloir faire le premier pas"... Cet appel pour une ligne énergétique commune européenne fait consensus outre-Rhin. Un investisseur comme Thomas Rüschen aussi bien qu'un universitaire comme Johann Köppel, directeur des techniques environnementales à l'Université technique de Berlin, en rappellent eux aussi l'urgence et la nécessité. "Seule, l'Allemagne ne pourra pas réaliser son tournant énergétique. Il est nécessaire de réorganiser le marché de l'énergie au sein de l'Union européenne. Le partage du travail peut s'avérer alors judicieux : les Irlandais, Britanniques et Allemands pourraient s'investir dans l'éolien, les Espagnols, Italiens et les Africains (ndr: dans le cadre de Desertec) dans le solaire", propose l'universitaire. La France, elle, n'est pas citée une seule fois.
|