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Les imposantes tours jumelles de la Deutsche Bank font partie intégrante de la silhouette urbaine de la ville de Francfort. Rebaptisées "Green Towers" suite à leur rénovation écologique, qui se veut exemplaire, elles doivent représenter le nouveau parti-pris environnemental et climatique de la première banque commerciale du pays. Un véritable camouflet pour les opposants à l'énergie atomique en Allemagne. Dans sa contre-proposition lors de l'assemblée générale de la Deutsche Bank à Francfort, Markus Dufner de l'organisation "Kritische Aktionäre" rappelle ainsi qu'elle a investit 7,8 milliards d'euros dans le secteur atomique lors de ces dix dernières années, la propulsant en première place de toutes les banques allemandes finançant l'énergie nucléaire, et au septième rand mondial. "Même l'entreprise Tepco fait partie de ses clients de longue date ". La Tokyo Electric Power (Tepco) est l'opérateur de la centrale de Fukushima. Si l'engagement financier de la Deutsche Bank représente un peu moins de la moitié des sommes engagées par BNP Paribas, premier financier mondial de l'atome (voir article lié), le contraste avec les efforts déployés pour "verdir" l'image de la banque n'en demeure pas moins important : "Banking on green" est le nom de l'ambitieux programme RSE de la banque. " Les banques affichent volontiers leurs soutien aux énergies renouvelables, ils en parlent et le présentent dans de vastes rapports colorés. Mais de leurs soutiens à l'énergie atomique et à la filière du nucléaire mondiale, de cela, ils ne cherchent pas à en parler, " relève Heffa Schücking, de l'ONG urgewald, organisatrice d'une campagne de transparence sur les liens entre banques et industrie atomique. " Les banques savent en effet que ce soutien représente un grand risque pour leur réputation. Et ce soutien se déroule souvent de manière indirecte, via des crédits aux entreprises, ou l'émission d'obligations. En bref, les services financiers pour l'industrie atomique forment un domaine bien peu transparent ". "Banques radioactives " urgewald fait partie d'une coalition internationale d'ONG menant campagne contre le financement par les banques du nucléaire, coalition dont fait partie l'ONG francaise Les Amis de la Terre. Intitulée "Nuclear banks ? No thanks!", en analogie avec le célèbre slogan allemand des années 70, cette campagne a pour but premier de publier - et donc de rendre transparent - l'engagement financier des institutions bancaires dans la filière mondiale du nucléaire pendant la décennie 2000/2009. Prenant le relais en Allemagne, urgewald cristallise son action sur la "radioactivité des banques allemandes". La lecture de son rapport montre de fait l'entremêlement et le recours de l'un à l'autre des institutions bancaires et grands noms de l'industrie allemands. Si les principales banques privées, en tout premier lieu la Deutsche Bank donc et la Commerzbank, arrivent en tête, les Caisses d'épargne, banques populaires et les banques des Länder (Landesbank) ne sont pas en reste. Les principaux bénéficiaires : les grands groupes énergétiques allemands, mais également EDF ou Areva. Tous se retrouvent dans des projets à fort contentieux, tel Angra 3 au Brésil, Koeberg en Afrique du Sud ou encore l'exploitation des mines d'uranium au Malawi. Mais ces projets ne sauraient exister sans la participation de l'Etat. C'est vrai pour la France avec la Coface, ça l'est également pour l'Allemagne avec les "Hermes-Bürgschaften". Il s'agit de garanties apportées par Berlin sur des prêts accordés par les banques privées aux entreprises allemandes montant des projets à l'étranger. Or, jusqu'à l'installation du nouveau gouvernement composé des Conservateurs (CDU/CSU) et des Libéraux (FDP) en 2009, le secteur du nucléaire faisait partie des critères d'exclusion dans l'attribution de ces garanties. Mais en février 2010, Berlin accorda ces fameuses "Hermes-Bürgschaten" d'un montant de 1,3 milliards d'euros au consortium franco-allemand formé par les groupes Areva et Siemens pour la construction d'Angra 3. "Le feux vert définitif n'a toujours pas été donné", précise-t-on toutefois au siège de Attac à Francfort, qui coordonne une campagne pour la réintroduction du critère d'exclusion. "Pour le moment, des négociations avec les banques francaises ont lieu. Comme le gouvernement n'a pas signé le contrat de garantie, il peut s'appuyer sur la clause de " Changement significatif de la situation factuelle et juridique". Or, avec Fukushima, un tel changement a effectivement lieu". L'hésitation gouvernementale s'explique en grande partie par le poids de l'opinion publique allemande : il ressort des différents sondages que 20% seulement de la population allemande se prononce pour l'énergie atomique, 60% acceptant même de payer 10 euros de plus par mois pour une "énergie verte" afin d'accélérer la sortie du nucléaire (sondage Forsa pour le magazine Stern, avril 2011). Les différents fournisseurs d'Ökostrom comme est dénommé l'électricité verte ici rapportent sur ce point un afflux de nouveaux clients comme jamais auparavant. De là à ce qu'ils changent de banque...
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