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Pour les métropolitains, les départements d'Outre-mer évoquent plus souvent paysages idylliques que montagnes de déchets. Pourtant, à quelques kilomètres des plages de sables fins et des sentiers de randonnées, subsistent encore nombre de décharges sauvages et de centres de stockages mal gérés. Sous la menace d'un contentieux européen depuis 2007, l'Etat français régularise progressivement le statut de ces sites illégaux. Mais le retard accumulé par les pouvoirs publics depuis des années ne pourra être comblé en quelques mois, quel que soit le montant des amendes fixées par Bruxelles. Car ces territoires n'ont pas développé suffisamment d'infrastructures de gestion des déchets, ni de filières de valorisation. Or, ces dernières années le mode de consommation des ultramarins s'est progressivement calqué sur celui des métropolitains. Les importations de biens de consommation ont explosé, et avec elles, les déchets d'emballages, les DEEE*, et les déchets de soin à risques infectieux, ces deux dernières catégories considérées comme « déchets dangereux », étant par ailleurs expédiées vers la métropole faute de filières ad hoc. La Gabarre, emblème guadeloupéen d'un laxisme historique Emblème désolant de cette longue négligence en matière de gestion des déchets, la décharge de La Gabarre, en Guadeloupe, étale ses 13 hectares de détritus jusqu'aux portes de la mangrove. L'association Robin des Bois, y a mené une enquête de terrain et explique qu'à l'époque de l'ouverture du site, en 1973, « les mangroves étaient considérées comme des zones inutiles et insalubres, nids à moustiques et à sangsues, et leur destruction n’a guère soulevé de réserve. Cet emplacement les pieds dans l’eau a même été qualifié de géologiquement satisfaisant.» La décharge a depuis reçu tous types de déchets : ordures ménagères, déchets d’abattoir, batteries et autres déchets automobiles, déchets d’hydrocarbures, déchets industriels dangereux**… De sorte qu'aujourd'hui, « l'anarchie règne dans la zone d'exploitation.» Les incendies sont fréquents sur les monticules de déchets, qu'ils soient volontaires, pour réduire le gisement, ou naturels, du fait de la formation de poches de gaz ; et les lixiviats (liquides issus de la décomposition des déchets) se déversent librement dans la mangrove. De fait, cette dernière est sinistrée, les eaux souterraines sont polluées aux hydrocarbures, et les émanations toxiques se propagent jusqu'aux habitations voisines. « Il est temps de reprendre en main le site et de réaliser des études épidémiologiques pour évaluer les impacts sanitaires ds ces pollutions », enjoint Charlotte Nithart, qui a participé à l'étude de terrain de Robin des Bois. Pour répondre aux exigences européennes, La Gabarre sera fermée le 31 décembre 2012, par arrêté préfectoral. En lieu et place, un centre de traitement comprenant une unité de tri, une unité de méthanisation et un incinérateur devrait voir le jour d'ici mai 2013. L'absence des éco-organismes décriée par les acteurs locaux Plusieurs sites de décharges sauvages perdurent toutefois en Guadeloupe, malgré la récente mobilisation des pouvoirs publics. L'absence de filières de recyclage efficaces freine en réalité l'implication des consommateurs dans la gestion des déchets. Une lacune que Robin des Bois attribue en grande partie l’absence des éco-organismes chargés de mettre en oeuvre la « Responsabilié Elargie des Producteurs » (REP). Ce dispositif réglementaire oblige en effet les producteurs de biens de consommation (emballages, équipements électroniques, journaux et magazines, véhicules, etc.) à financer le traitement et le recyclage des produits en fin de vie via des éco-organismes dédiés (Eco-emballages, Eco-Systme, Ecofolio, etc.). Ces derniers redistribuant ensuite les contributions financières aux collectivités locales, chargées d’assurer la gestion des déchets. En Guyane, Sébastien Catalano, de la direction régionale de l'Ademe, confirme leur manque d’intérêt : « les DOM sont leur dernière préoccupation. Nous leur avons demandé d'installer une représentation permanente en Guyane, mais ils ne veulent pas en entendre parler. » D'après lui, le dispositif de Responsabilité élargie du producteur représente pourtant « du pain béni pour les collectivités guyanaises. » Celles-ci ayant très peu de moyens, la prise en charge financière d'une partie de la gestion des déchets par les entreprises privées serait en effet la bienvenue. « Mais l'Etat n'exerce aucun contrôle sur les éco-organismes chargés de mettre en œuvre la REP. Ils ont un pouvoir de lobbying bien plus puissant que nous ! » ajoute Sébastien Catalano. Pourtant, les consommateurs ultramarins participent au même titre que les métropolitains au financement de ces dispositifs, en achetant par exemple des produits étiquetés du Point Vert d'Eco-emballages... Un réveil progressif des pouvoirs publics Quatre décharges, toutes en Guyane, sont encore sous le joug du contentieux européen. Si elle ne régularise pas la situation avant fin 2011, la France pourrait être condamnée par la Cour de justice de l'Union européenne à une amende de 60 millions d'euros et une indemnité journalière de 120 000 euros. « Plus que le Grenelle, c'est le contentieux européen qui fait bouger les lignes » estime l'association Robin des Bois. Face à cette menace, et soucieux de préserver l'image de marque de ses DOM, le gouvernement a inscrit dans la loi Grenelle 1 l'objectif de « gestion exemplaire des déchets en Outre-Mer à l'horizon 2020». Et précisé cet engagement dans la loi Grenelle 2, qui impose « aux éco-organismes agréés d'organiser la mise en place d'ici 2011 de filières de coopération inter-régionale. » Le nouveau cahier des charges d'Eco-emballages, voté en décembre dernier, témoigne de cette nouvelle donne, car enfin des objectifs spécifiques aux DOM y sont inscrits. Le sujet semble donc rencontrer une nouvelle volonté politique, mais le chemin est encore long… Quant à la population locale, elle semble encore peu réceptive aux quelques messages de prévention, parfois blasée par la réalité du terrain. « Ça ne sert à rien de trier, tout part à la Gabarre », entend–on fréquemment en Guadeloupe. *DEEE : Déchets d'équipements électriques et électroniques ** Egalement des cendres de centrales thermiques, DEEE, boues de station d’épuration et de fosses septiques, déchets de démolition, pesticides, déchets hospitaliers...
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