Rio: la ville ferme une décharge géante

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Publié le 31-05-2012

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La décharge de Gramacho
La décharge de Gramacho
Bonnassieux et Zingaro

La décharge de Gramacho, installée depuis 36 ans au bord de la baie de Rio, ferme définitivement ses portes le 1er juin. Une nécessité pour la ville. Une fatalité pour des familles entières qui assurent depuis des années le tri des ordures, sans aucune reconnaissance de l'Etat.

A l'approche d'un camion, les petites mains dégringolent en grappe de la montagne d'ordures pour accueillir la nouvelle livraison. Gantés, masqués ou vêtus d’épaisses chaussettes remontant jusqu’aux genoux, ceux qu'on appelle ici les « catadores » -les ramasseurs d’ordures- s’emparent aussitôt des cartons, plastiques, boites de conserve et bouteilles vomis par les bennes au milieu d'un tas d'autres immondices.Montagne de 130 hectares et 60 mètres de haut, la décharge de Gramacho, en bordure de la baie de Rio est la plus grande décharge à ciel ouverte d'Amérique du Sud. Le travail est dangereux, pénible et dégradant, mais pendant longtemps, les trieurs d'ordures y ont trouvé leur compte.

La délicate gestion de la fermeture

« Avant j'arrivais à gagner un bon salaire, jusqu'à 2800 reais par mois (environ 1 100 euros). Mais aujourd'hui j'atteins à peine 700 reais (280 euros) », explique Ivonaldo, catadore depuis l’âge de 11 ans. Ces derniers mois, le va-et-vient des camions a considérablement diminué. La quasi totalité des 8 000 tonnes d'ordures qui arrivaient chaque jour ici, produit de la consommation frénétique des habitants de Rio, est désormais envoyée dans une nouvelle décharge, en banlieue est de la ville. Car Gramacho doit fermer ses portes le 1er juin. Drame écologique, la montagne menace de s'effondrer dans la baie. Décidée dès 2004, la fermeture a été reportée maintes fois, mais à quelques jours du sommet de Rio+20, la municipalité est pressée de faire disparaitre cette gênante verrue.

« La fermeture de Gramacho est une solution au crime environnemental que la préfecture commet depuis longtemps », a rappelé le maire de la ville Eduardo Paes. Pour justifier ce retard, les autorités soulignent leur souci de négocier la fin la moins douloureuse possible pour les catadores. Après des mois de tractations, la mairie a annoncé la création d'un fonds de 23,8 millions de reais à leur intention. L’argent proviendra de la vente du méthane pompé pendant 15 ans sur la décharge, une fois celle-ci fermée. Sur le chemin menant à la montagne d’ordures, des tubes parcourent déjà le sol, tandis que la nouvelle usine tenue par une compagnie privée achève sa construction à l'entrée de Gramacho.

Les 1603 catadores enregistrés sur les listes devraient ainsi recevoir une indemnité de 14 864  reais par mois, soit un peu plus que le salaire minimum. Avec plus ou moins bonne grâce, ils ont ouvert un compte en banque. Mais aujourd'hui inquiétude et colère grondent encore. « Ils veulent fermer le 1er mais on n’a toujours rien reçu. Comment on va faire ? On a tous une famille », s’énerve José Carlos, un Bahianais qui travaille depuis 13 ans sur la décharge. Et si encore c’était la solution... « Je ne vais jamais trouver de travail à mon âge. Je peux m’arranger, me coiffer, faire tout ce que je peux, et après ? A 59 ans, personne ne voudra de moi », raconte Géraldo, un vétéran des lieux.

Des coopératives de catadores

D’autres ont anticipé la fin en se regroupant en coopératives. Avec 70 compagnons, Gloria Santos assure la collecte des déchets directement auprès des entreprises. Une initiative encore rare dans une ville où seulement 3% des déchets sont recyclés. Les services de la voirie assurent 0,27%, les catadores s’occupent du reste. « Les camions, le local, tout vient des associés. La préfecture ne nous donne pas un centime. Pourquoi la mairie ne paie pas les coopératives ? On assure un service public qui est bon pour l’environnement. Mais évidemment, je ne continuerais pas à faire la collecte sélective si ce n’était pas financièrement viable. » Pour l’instant, Gloria et ses associés arrivent tout juste à dégager un salaire minimum, l’essentiel de leur revenu provenant encore des matériaux récupérés de Gramacho. Nul ne sait s’ils pourront s’en sortir une fois celle-ci fermée. A Rio, la collecte sélective est effectuée dans 41 des 160 quartiers de la ville, et même là, que partiellement.

Mathilde Bonnassieux et Frédérique Zingaro
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