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Cela devait être le centre de tri méthanisation le plus important d’Europe avec 330 000 tonnes d’ordures ménagères traités chaque année. Un projet phare du Syndicat des ordures ménagères de l’agglomération parisienne (Syctom). En effet, le futur centre de Romainville qui doit remplacer le centre de tri et de transfert actuel, doit traiter les poubelles de 900 000 franciliens en diminuant le recours à la mise en décharges ou à l’incinération. Le projet répond aux contraintes légales et limite la circulation de ces déchets sur nos routes. Ces derniers arrivant pour l’heure à Romainville sont triés avant transfert vers l’incinérateur d’Ivry ou les décharges à ciel ouvert de la grande couronne parisienne. Pour répondre aux contraintes légales, le Syctom a opté pour l’aménagement d’un centre de tri mécano biologique (TMB). Le tri mécanique des ordures ménagères résiduelles (déchets alimentaires et exclus du tri sélectif) est associé à un processus de méthanisation pour en faire du compost et du biogaz. Cerise sur le gâteau, la proximité du Canal de l’Ourcq permet d’évacuer produit et sous-produit de ces déchets par voie fluviale, après aménagement d’une zone portuaire. Le tout est enveloppé dans un bâtiment certifié HQE, paré d’un toit engazonné pour s’intégrer au paysage. "Scandalisés par l'absence de concertation locale"
Le projet n’est pas définitivement stoppé, mais une période de moratoire a été décidée le 1er février dernier par les élus de l’Agglomération Est Ensemble. Celle-ci regroupe neuf communes du Nord Est parisien dont Romainville, Bobigny, Noisy-le-Sec et Pantin dont le site du Syctom occupe ou jouxte le territoire. Les raisons de ce moratoire, décidé après sept années de procédures, alors même que les permis de construire et d’exploiter ont été établis, sont multiples. A commencer par la mobilisation d’un groupe d’entreprises et de particuliers, riverains du site au sein du Collectif Arivem. Ils apparaissent au printemps 2011, au moment où des panneaux annoncent le chantier du Syctom. « Nous sommes scandalisés par l’absence de concertation locale, il n’y a eu aucune information ambitieuse en dehors d’un affichage sur des rues inaccessibles », s’insurge François Mouthon, l’un des animateurs de l’Arivem. L’association débute alors un travail de documentation et de sensibilisation des habitants sans lésiner sur les accents catastrophistes : nuisances olfactives, risques d’explosion en zone urbaine dense… Mais qu’on ne leur parle pas de syndrome Nimby (Not in my back yard – pas dans mon jardin) : « Cela fait des années que nous subissons l’odeur des ordures fraîches [avec le centre Syctom actuel] sans rien dire. Mais celle des ordures en putréfaction, c’est terrible », s’exclame François Mouthon.
L’Arivem a financé à l’automne 2011 la réalisation d’un audit par le bureau d’étude Horizon, qui a établi les défauts et défaillances du TMB. Selon cette étude, l’état actuel de la technologie ne permettrait pas de produire un compost utilisable en agriculture et la technologie demanderait une consommation de chaleur qui rend incertain le bilan énergétique du projet. Quant à la voie fluviale, elle ne serait qu’une solution hypothétique… L’écho trouvé par l’Arivem a alerté les élus, qui ont décidé d’organiser une réunion d’information à laquelle ont participé plus de 600 personnes et qui a débouché sur le moratoire. D’ici à l’automne, un audit indépendant sur le choix technologique et l’impact environnemental sera réalisé, des ateliers d’information sont prévus par le Syctom ensuite et dès le 30 mai, un colloque sur les procédés alternatifs aura lieu sous l’égide d’Est Ensemble.
Le défaut de consultation « est le péché originel de cette histoire », résume Thomas Laparre, chef de cabinet de Bertrand Kern, président d’Est Ensemble. L’ensemble des Municipalités concernées a voté une délibération approuvant le projet, mais « on a fait de la concertation à l’ancienne, avec une enquête publique classique. Bien que ça ne soit pas un projet clandestin, ce n’est plus possible de procéder ainsi », regrette Patrice Vuidel, maire-adjoint, vice-président en charge du développement économique à Pantin et élu communautaire d’Est Ensemble. Il copilote pour le élus EELV de la Seine-Saint-Denis un groupe de travail réunissant élus et militants afin d’établir une position commune sur le projet du Syctom : « Je me méfie de ceux qui avancent des positions tranchées, car on ne peut se départir des règles et des contraintes qui s’imposent à nous en matière de déchets ». Le Syctom s’appuie sur cette évidence pour justifier son projet : « Le centre de Romainville était obsolète, il fallait y remédier et compte tenu de l’entrecroisement des réglementations limitant l’incinération et la mise en décharge, il n’y avait pas 50 solutions alternatives », explique Pierre Hirtzberger, Directeur Général des Services Techniques du Syctom. Un projet qui pose autant de questions qu’il n’en résout
La responsabilité de la collecte des déchets revient aux communes, tandis que le traitement dépend du Syctom. Le choix du tri mécano biologique était séduisant puisqu’il évitait l’organisation d’une collecte sélective supplémentaire entre déchets fermentescibles (déchets alimentaires, certains papiers…) et les autres (sac plastique et autres déchets impropres au compostage). Mais aujourd’hui le ton change et « les élus ne sont pas arc-boutés sur le choix du TMB », reconnaît Thomas Laparre qui note la nécessité de lancer un débat sur la collecte sélective. En mars dernier, l’Ademe, qui finance plusieurs projets de TMB, dont celui de Romainville, a fait évoluer sa position sur le TMB. L’Agence invite « les collectivités à une grande prudence lors du choix de cette filière. » En six mois, le moratoire devra compenser un déficit de six ans de concertation sur un projet qui pose autant de questions qu’il n’en résout. Mais Pierre Hirtzberger prévient, « il nous faudra une position claire à l’automne. »
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