Investissements d'avenir : une fausse bonne solution pour l'industrie des déchets ?

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Publié le 22-09-2011

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Collecte, tri, recyclage et valorisation des déchets font l'objet d'un appel à manifestations d'intérêt, lancé par le gouvernement. Mais les industriels et les financiers boudent quelque peu le système français et pointent du doigt ses imperfections.

La ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, l’a martelé au cours de son discours de clôture de la biennale des acteurs du recyclage et de la valorisation : « les déchets représentent un levier important des emplois dans l’économie verte ». Pour montrer le soutien du gouvernement, elle a insisté sur l’appel à manifestations d’intérêt (AMI), lancé en juin dernier dans le cadre des Investissements d’avenir, et dont les candidatures sont attendues jusqu’au 3 novembre (cf encadré). Selon l’Ademe, qui pilote le dispositif, une enveloppe de 250 millions d’euros doit accompagner les projets retenus en matière d’économie circulaire (recyclage, réhabilitation des sites et des sols pollués, et éco-conception). A écouter la ministre et Jean-Guillaume Peladan, directeur des investissements d’avenir à l’Ademe, cet AMI va booster « la recherche de solutions innovantes ». Ce son de cloche n’est pourtant pas partagé par tous les acteurs du secteur, à commencer par les investisseurs. « En France, la chaîne d’investissements n’est pas adaptée aux projets actuels. Les AMI focalisent les candidatures sur des activités spécifiques, ce qui met en évidence les bons candidats du jour mais pas forcément les bons industriels de demain » critique Christophe Rouvière, directeur général de Natureo Finance, une banque d’investissement spécialisée sur les technologies vertes. Les industriels présents aux Assises ont pointé du doigt d’autres dysfonctionnements, comme le principe de l’avance remboursement sur lequel repose l’AMI. « Nous avons au contraire besoin d’investissements forts pour soutenir la R & D » plaide Marie-Dominique Bogo, directrice marketing de Sita Recyclage. La filiale du groupe Suez Environnement préfère donc se tourner vers d’autres mannes financières, comme le guichet PSPC (Projet de R&D structurant des pôles de compétitivité), mis en place par Oseo, ou les appels à projets R&D développés dans le cadre du FUI (Fonds unique interministériel), à destination des pôles de compétitivité.

L’Appel à manifestations d’intérêt : une réponse aux objectifs du Grenelle

 L’appel à manifestations d’intérêt à destination des industriels de la collecte, du tri, du recyclage et de la valorisation des déchets a été lancé le 10 juin dernier par le gouvernement. Son objectif est de soutenir le développement d’innovations industrielles, en vue de répondre aux objectifs du Grenelle : recycler 45% des déchets ménagers en 2015, recycler 75% des emballages ménagers et des déchets banals des entreprises dès 2012 et réduire de 15% l’enfouissement et l’incinération des déchets ménagers en 2012.  Il touche toutes les matières, sauf les déchets nucléaires, les sédiments et les terres excavées.

Terra Nova : une start-up française créée avec des capitaux irlandais

L’histoire de Terra Nova a définitivement assombri le tableau de l’investissement made in France. Cette société est créée en 2006 par des anciens ingénieurs de Metaleurop pour recycler des cartes électroniques et en extraire les métaux (or, argent, cuivre, plomb, étain). Si elle parvient alors à monter son projet, c’est grâce à un business angel irlandais, March Capital, qui soutient le projet en R&D. Terra Nova réalise trois ans plus tard une augmentation de capital, en décembre 2009, en vue de construire son usine à Isbergues, dans le Pas-de-Calais. En pleine crise des subprimes, plusieurs investisseurs se lancent quand même dans l’aventure, mais principalement de l’autre côté de la Manche, avec notamment le fonds d’investissement britannique Ludgate. « A l’époque du lancement de notre société, nous nous sommes retrouvés face à une absence d’écoute en France » se souvient Christian Thomas, son président, qui tient toutefois à rappeler le soutien de la région Nord-Pas-de-Calais, « la plus dynamique  en France avec la région Rhône-Alpes pour soutenir les projets industriels autour des déchets ». Quant à la labellisation ultérieure des projets de Terra Nova au sein du pôle de compétitivité français Team 2, « cela nous garantit surtout une visibilité quant à nos projets de développement » précise Michel Trabuc, son directeur général.
L’usine, dont l’activité a démarré en février dernier, compte aujourd’hui 41 salariés. Elle est en capacité d’avaler 30 000 tonnes de cartes électroniques par an, principalement issues de PAM (petits appareils en mélange) provenant de l’électroménager, de la hifi, des ordinateurs portables, des GPS, ou des outils de bricolage... Pour simplifier son approvisionnement (elle achète aujourd’hui les cartes), Terra Nova poursuit des projets de R&D lui permettant de traiter à l’avenir les cartes des écrans plats ou des appareils nomades.
« Au final, Terra Nova n’a pas pu bénéficier de ces investissements d’avenir » insiste Christophe Rouvière, de Natureo Finance. « Pour trouver d’autres solutions, il faut peut-être s’inspirer du capital-risque tel qu’il est pratiqué au Royaume-Uni, beaucoup plus proche qu’en France des acteurs industriels » lance-t-il. Les industriels semblent définitivement convaincus que la pièce manquante à l’économie circulaire française n’est pas à chercher du côté de ce nouvel appel à manifestations d’intérêt.

Stéphanie Senet
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