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Novethic. Pourquoi l’année 2011 est-elle annoncée comme particulièrement sèche ? Philippe Dandin. Le printemps 2011 a vraiment été exceptionnel. Dans l’historique qualifié que l’on a - c'est-à-dire les 50 dernières années- c’est la saison la plus exceptionnelle que l’on n’ait jamais eue. Quand on croise précipitation et température, il y a eu deux anomalies très fortes (+2,6°C en température et seulement 40% des précipitations d’une année normale). Concernant la sécheresse, il faut regarder dans quelle saison celle-ci survient. On a déjà eu des sécheresses au printemps notamment 1997 et en 2003 mais l’été peut changer la donne. Cette année, les pluies de juin ont permis de sauver une partie des meubles. Quant aux prévisions pour cet été, elles nous font dire que l’on sera au-dessus des normales saisonnières en termes de température. Mais concernant les précipitations, nous n’avons pas de signal fiable aujourd’hui. Nous n’avons pas la capacité de prévoir pour l’instant et c’est tout le problème. Le projet CLIMSEC, présenté ces derniers jours, étudie l’impact du changement climatique sur la sécheresse et l’eau du sol. De quoi s’agit-il et quelles en sont les premières conclusions ? Philippe Dandin. Il ne s’agit pas d’un projet de recherche éthéré sans applications. CLIMSEC est mené par des services opérationnels et utilise notamment un ensemble de modèles crées et utilisés au quotidien depuis près de 20 ans. Mais il est aussi plus précis que ce que nous avons fait jusqu’à maintenant car il couple à la fois des données sur l’atmosphère mais aussi des données sur les sols, leurs couverts et toute leur hydrologie. Il rend mieux compte de la complexité du cycle de l’eau. En reprenant des données historiques sur le XXe siècle et des enregistrements faits sur le terrain, ce modèle nous permet de ré-analyser le passé et de simuler l’avenir. Ses conclusions à court terme sont déjà utilisées pour la gestion de bassins hydrologiques ou l’établissement de zones en catastrophe naturelle. A long terme, le modèle montre que l’on va certainement aller vers des diminutions de précipitations estivales, ce qui n’est pas un facteur très bon pour la sécheresse, d’autant que la température va elle aussi augmenter. On a aussi constaté l’importance croissante des phénomènes d’évaporation de l’eau des sols. L’augmentation de température va la favoriser. A la fin du XXIe siècle, on observera une augmentation massive et répétée des sécheresses. Le signal est particulièrement fort concernant les sécheresses dites agricoles Vos détracteurs vont certainement dire qu’il s’agit encore d’un modèle sans certitude. Philippe Dandin. Un modèle, c’est un outil. Nous avons le devoir de dire quelles en sont les limites et les maîtriser. Mais il ne faut pas tomber dans le piège des climato-sceptiques. Indépendamment de tous les bémols quant à l’outil, il y a des signaux réels. Ces signaux sont cependant beaucoup plus robustes pour les augmentations de température que pour les précipitations, car le cycle de l’eau est extrêmement compliqué et n’est encore représenté que de façon imparfaite. En revanche sur l’humidité des sols, la ressource en eau, et donc la sécheresse, l’augmentation des températures et l’évaporation sont fortement marquées. Même si l’on divise par 10 le résultat de CLIMSEC, à la fin du XXIe siècle, on connaîtra des « étés 1976 » sans arrêt ! Même en améliorant l’outil, on restera dans la même tendance. L’autre enjeu de ce projet, c’est une meilleure connaissance du passé. Nous effectuons un gros travail de récupération et de qualification de données météorologiques à intégrer dans le modèle. Car plus on fournit de diagnostics, de descriptions factuelles sur ce qui s’est passé, mieux les chercheurs peuvent essayer de comprendre les phénomènes. Par exemple : pourquoi la sécheresse du printemps 2003 a-t-elle généré la canicule de l’été ? Il faut aussi que l’on soit capable de distinguer la part de responsabilité de l’homme et l’évolution naturelle du climat. Cela nous permettra d’affiner les prévisions à venir. Dans le cadre du plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), l’Etat a annoncé un objectif de réduction de 20% des consommations d’eau d’ici à 2020, qu’en pensez-vous ? Philippe Dandin. Il faut aller vers une société rationnelle dans sa gestion des ressources. L’approche de précaution s’impose. Aujourd’hui on vit dans un grand château d’eau. On consomme en fonction de ce dont on dispose. Certes, nous aurons toujours de l’eau en France, sans doute plus qu’en Espagne et toujours plus qu’au Maroc, mais on doit essayer de réduire les consommations pour avoir toujours une réserve de précaution. On a tendance à raisonner en quantité mais il faut aussi raisonner en cycles saisonniers. Ils vont se déphaser et il faudra s’adapter. L’exemple le plus criant, c’est la fonte de neige des glaciers. Dans notre climat actuel, le pic de fonte est en juin. Avec des épisodes de sécheresse comme ceux de cette année, il peut se décaler à avril, soit deux mois plus tôt. Cela va avoir des conséquences notamment sur la biodiversité.
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