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Novethic : Pur projet existe maintenant depuis 4 ans, expliquez-nous son développement ?
Tristan Lecomte : Pur Projet développe des projets de compensation via l'agro-foresterie (en Bolivie, au Pérou, au Brésil, au Niger, au Ghana, au Maroc, en Indonésie en Thaïlande et aux Philippines). L'objectif est de développer un « carbone équitable » qui bénéfice aux populations locales et qui permette aux entreprises d‘intégrer ces projets dans leurs filières. Par exemple, nous travaillons avec Ben & Jerry, qui achète pour ses glaces du cacao, de la noix de coco, etc., à différents producteurs qui pratiquent l’agroforesterie. Les producteurs plantent à la fois des pousses de cacaotiers et de jeunes plants d'arbres natifs, dont le métabolisme améliore progressivement la qualité de la terre, et qui permettront également de générer des crédits carbone. Les entreprises peuvent donc compenser leurs émissions de CO2 tout en bénéficiant de filières sécurisées et en renforçant le lien avec leurs fournisseurs.
Dans le cas du groupe Accor, comment fonctionne ce programme ?
Les hôtels du groupe dépendent des écosystèmes qui les entourent. Or En Thaïlande, la production de riz a entraîné une déforestation importante. Le projet consiste à faire des plantation d’arbres dans les plantations de riz et à diversifier les cultures. Il est directement lié à l’activité du groupe, qui bénéficie de crédits carbone et qui préserve dans le même temps son environnement. Pour les entreprises, c’est une forme d’innovation socio-environnementale. Pour nous, le crédit carbone n’est pas seulement un produit financier, c’est une dynamique solidaire conforme à l’esprit du protocole de Kyoto et des mécanismes de développement propre, qui impliquent un soutien des pays riches aux pays du sud. L’idée n’est pas de faire de gros volumes de carbone pour en faire baisser le prix et satisfaire les besoins des entreprises occidentales, mais de faire au contraire du carbone en adéquation avec les besoins des populations locales. Ce que nous appelons du « carbone équitable ». Dans ces 3 reportages, on voit d’un côté les ravages des cultures intensives et de l’industrie à grande échelle, et de l’autre des initiatives soucieuses de l’environnement, des paysans et de la qualité des produits. Mais elles ne représentent qu’un infime pourcentage… est-ce néanmoins un mouvement qui progresse ? Dans nos enquêtes, nous avons rencontré des producteurs engagés, qui défendent un autre modèle de développement. Ces solutions, qui existent, peuvent sembler dérisoires, mais je pense que la question du nombre n’est pas fondamentale pour amorcer des changements. Les évolutions sont toujours le fait d’une petite minorité au départ, qui finit par influencer l’ensemble d’un secteur. Cette évolution est déjà forte depuis la fin des années 90, quand j’ai commencé à travailler dans le commerce équitable. Nous sommes encore régis par l’ancien modèle, mais les changements existent. Les états-majors des grandes entreprises de l’agroalimentaire savent qu’il faudra sortir du modèle intensi , c’est une évolution qu’ils prennent très au sérieux, ils investissent dans la recherche et le développement pour anticiper ces changements, à la manière des énergéticiens qui développent le solaire ou l’éolien. Si les méthodes des petits producteurs semblent marginales aujourd’hui, elles ne le seront plus demain j’en suis convaincu.
| Pur Projet |
- 23 clients engagés dans l'évaluation de leur empreinte environnementale - 30 clients engagés dans des programmes de reforestation et de conservation - Principaux clients: Vittel (1 million d'arbres plantés sur 3 ans, 30 000 hectares protégés), Vinci (190 000 arbres plantés + insetting), Hugo Element (400 000 arbres), Nature & Decouvertes (45 000 arbres), L’Occitane (10 000 hectares + 25 000 arbres), Clarins Group (Jardin Botanique), Leclerc (Bilan Carbone) |
Quel rôle doivent jouer vos documentaires ?
Les médias jouent un grand rôle dans la diffusion de cette information sur d’autres modèles possibles. Nous avons besoin de cette formation pour savoir comment faire des choix de consommation et prendre conscience de leurs impacts. La sensibilisation du public est une des grandes réussites du développement durable ces dernières années face au matraquage publicitaire et à la communication omniprésente. A cet égard, les combats des petits producteurs du sud incarnent très bien, et de façon humaine, ce qu’il est possible de faire pour préserver l’environnement, les individus et pour offrir des produits de qualité aux consommateurs. Le ton volontairement positif du documentaire montre néanmoins la violence utilisée dans des pays comme les Philippines, où l’industrie sucrière bénéficie de gardes privés et vous interdit même de filmer la rue, par exemple…
Si les grandes marques au Nord n’ont pas voulu répondre à nos questions, nous avons eu en revanche des entretiens avec les représentants des firmes dans les trois pays. Ils ne sont pas dans la langue de bois mais au contraire se lâchent, tiennent des propos indécents sur la façon dont sont traités les employés, etc. On comprend qu’ils sont prêts à tout pour vendre leurs produits. Nous n’en avons retenu qu’une petite partie, car ce n’est pas le but premier de ces reportages. Nous avons posé une question simple à la fois aux petits producteurs et aux industriels : quel est vôtre rêve ? Les représentants des entreprises étaient incapables d’y répondre, ils ne comprenaient même pas pourquoi on leur posait cette question… Les producteurs n’avaient en revanche aucun mal à nous donner une réponse, ils ont évoqué spontanément les générations futures, la planète, le désir de vivre dans un monde équilibré et plus harmonieux… Vers d'autres mondes, série de trois documentaires. Sur une idée de Trisatn Lecomte et Sylvain Braun Un sucre au goût amer Pour le parfum d'un riz A l'ombre du cacao Diffusion le 26 juin, les 3 et 10 juillet sur France 5 à 21h30. A voir aussi sur france5.fr et pluzz.fr
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