|
Avec la création du parc marin du golfe du Lion, le ministère de l’écologie se targue d’avoir plus de 10 % des espaces maritimes métropolitains « désormais protégés », et d’avoir ainsi atteint l’objectif fixé pour 2012 par le Grenelle de la mer. Cet affichage ne correspond pourtant à aucune réalité réglementaire en matière de nouvelles protections des zones marines. Le parc naturel marin ne crée en effet pas de contraintes supplémentaires. Ses objectifs de protection et de « développement durable des activités de pêche et de loisirs » reposent sur un conseil de gestion, regroupant des représentants de l’État, des collectivités locales et des usagers. À charge à ce conseil pléthorique d’établir un plan de gestion qui permettra, ou non, de protéger les ressources. Le parc naturel marin est une nouvelle catégorie d’aires marines protégées créée en 2006. Premier parc marin en Méditerranée, le parc du golfe du Lion est le troisième du genre, avec ceux d'Iroise dans le Finistère et de Mayotte, créés respectivement en 2007 et 2010. « Le parc marin n’est pas un outil de protection, plutôt un outil de gestion décentralisée de la mer », explique Bertrand Cazalet, juriste de l’université de Perpignan associé à la mission d’étude pour la création du parc marin méridional : « C’est original car la gestion de la mer est très centralisée en France. » Ainsi, les collectivités locales, les professionnels de la pêche et du tourisme et les associations d’usagers et environnementales seront en charge de la gestion des usages de la mer dans la zone du parc. Les représentants de l’État sont, eux, minoritaires dans ce « parlement de la mer ». Les responsables professionnels ne s’y sont pas trompés. Les pécheurs, très méfiants sur la création du parc, sont aujourd’hui bien représentés dans le conseil de gestion. Sachant que le parc allait se faire de toute façon et qu’ils n’avaient pas à craindre de nouvelles contraintes réglementaires, ils valaient mieux être dedans, résume Bertrand Cazalet. La pêche récréative représente autant de prélèvements de poissons que la pêche professionnelle Organiser les usages de la mer sur les 100 Km de côte entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales, c’est surtout concilier les intérêts des pécheurs et de l’industrie du tourisme. Le littoral du parc accueille 2,5 millions de visiteurs par an. La pêche récréative représente par exemple autant de prélèvements de poissons que la pêche professionnelle sur la frange côtière. Or cette pêche n’est soumise à pratiquement aucune réglementation – il n’y a pas de permis de pêche. « Le parc devrait permettre de mieux mesurer la pêche de loisir et de gérer les conflits latents avec les professionnels », explique Christian Chaboud, économiste de l’environnement dans le domaine maritime à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et membre du conseil scientifique de la réserve marine de Banyuls qui se trouve dans la zone du parc. Au sein même des pêcheurs, les chalutiers et les « petits métiers » de la pêche se disputent certaines zones de pêche. « Les petits métiers de la pêche pourraient tirer parti d’une gestion concertée de la ressource, estime Christian Chaboud. Le parc peut réactiver une gestion locale de la pêche, qui est devenue très verticale, les décisions étant prises au niveau national et européen ». La pollution de zones d’étang ou de mer, par les stations d’épurations en particuliers, est récurrente sur cette côte. Elle est liée au non-respect par les collectivités des règles de traitements sanitaires. Outre les problèmes environnementaux, cette pollution a de lourdes conséquences sur les pêcheurs qui voient le déclassement de leurs prises. « Le parc peut permettre d’anticiper ces problèmes, en refusant par exemple la construction d’une station d’épuration dans le bassin versant le concernant », explique Bertrand Cazalet. Le conseil de gestion a en effet la capacité à donner un avis conforme. Autrement dit, il a le pouvoir d’obliger l’administration à suivre son avis sur un projet qui peut affecter le fonctionnement du parc. Sous réserve bien sûr d’arriver à un consensus, dans un conseil de gestion où les collectivités sont majoritaires. Plus de moyens pour faire appliquer la réglementation en vigueur Si le conseil de gestion doit faire cohabiter les différents usages, qu’en est-il de la protection de la biodiversité dans cet espace marin de 4000 km2 ? « Le parc est une zone avec des milieux remarquables comme le coralligène et les canyons sous-marins, des milieux naturels avec une biodiversité très riche », explique Joseph Travé, président du comité de la nature des Pyrénées-Orientales. Son association est une des quatre associations de protection de l’environnement présentes dans le conseil de gestion, le parent pauvre comparé aux quatorze représentants des professionnels et des sept représentants des usagers. Membre du conseil d’administration de l’Agence des aires marines protégées, Joseph Travé se dit néanmoins très satisfait, en particulier concernant le travail d’exploration des milieux sous-marins favorisé par la création du parc. Le parc apporte des moyens supplémentaires, notamment à la recherche scientifique. À l’instar du parc marin d’Iroise, le budget alloué en 2012 au parc du golfe de Lion devrait être de l’ordre de 2-3 millions d’euros. Une bonne partie de cette enveloppe sera destinée à payer l’équipe technique du parc, une vingtaine de personnes dont des agents assermentés pour la surveillance. « Si le parc n’amène pas de contraintes supplémentaires, il aura néanmoins plus de moyens pour faire appliquer la réglementation en vigueur », souligne Bertrand Cazalet. Un argument alors que la réglementation n’est pas appliquée faute de capacité à contrôler les fraudes.
|