La viande bio pourrait-elle redorer le blason de l'élevage ?

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Publié le 21-11-2011

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austinevan/Flickr

L'élevage bio entend bien faire valoir ses arguments environnementaux pour convaincre les réfractaires de la viande. Mais s'il peut se révéler en effet meilleur sur le plan énergétique et pour le bien-être animal, il reste difficile d'établir des certitudes globales compte tenu de la grande variété des modes de production et des domaines étudiés.

La viande n’a pas toujours le vent en poupe auprès des consommateurs pour des raisons diverses. Et de plus en plus de campagnes visant à limiter sa consommation posent problème aux professionnels du secteur. Au départ critiquée pour la nocivité d’une consommation à haute dose, elle est aujourd’hui blâmée pour son impact environnemental. Emissions de gaz à effet de serre, alimentation animale en compétition avec l’alimentation humaine et bien-être animal constituent des arguments solides pour les anti-viandes. Mais en est-il de même pour la viande bio ?

Un bilan énergétique difficile à calculer
Comparer les élevages bio et conventionnels sur le plan énergétique reste difficile en raison de la variabilité des systèmes d’élevage en conventionnel et en bio. Mais les chercheurs s’accordent néanmoins pour dire que le bilan général paraît meilleur pour le bio.
D’un côté, concernant les émissions de gaz à effet de serre,l’agriculture biologique se révèle pourtant un peu  désavantagée. « Le principal rejet de l’élevage bovin, c’est le méthane produit par les vaches. Les performances de croissance en bio sont plus faibles car les animaux grandissent plus lentement et il y a donc plus de méthane dégagé par kilo de viande produit », explique Marc Benoit, ingénieur de recherche à l’INRA de Clermont-Ferrand invité à un colloque organisé par le CIV (Centre d’Information des Viandes) à ce sujet. Cependant, « il ne faut pas raisonner seulement en termes d’émissions de gaz à effet de serre mais aussi en termes de bilan énergétique. », insiste Jérôme Pavie de l’Institut de l’Elevage. Car l’élevage bio signifie souvent davantage de surfaces de prairies, ce qui compense les émissions grâce à une séquestration plus importante du carbone. En raisonnant à l’unité de surface, l’élevage bio affiche alors un bilan très positif. « Même en raisonnant au kilo de viande produit, le gain énergétique de l’élevage biologique par rapport au conventionnel reste supérieur d’environ 15 à 20% », ajoute Jérôme Pavie.
Si on y ajoute les émissions indirectes évitées, dues par exemple à l’importation de nourriture animale telle que les tourteaux de soja venus d’Amérique du Sud dans l’agriculture conventionnelle, l’impact environnemental de l’élevage bio est encore meilleur.

Un secteur à développer

Aujourd’hui, la viande bio représente 1,7% des parts de marché en France. Malgré une vraie progression chaque année (près de 15% entre 2009 et 2010 par exemple), elle reste assez peu consommée par les acheteurs de produits bio. Elle est ainsi la sixième catégorie de produits bio achetée par les consommateurs (derrière notamment les fruits et légumes et les produits laitiers). Alors qu’ils sont 80% à acheter des fruits et légumes bio, ils ne sont que 41% à acheter de la viande. Tendance végétarienne des amateurs de bio et prix prohibitif sont deux explications avancées. Si les professionnels n’envisagent pas une diminution drastique des prix du fait des coûts de production et de distribution, ils entendent bien communiquer sur le produit pour lui redonner sa place dans le régime alimentaire bio.

Car la philosophie de l’autosuffisance en l’agriculture bio rend l’éleveur beaucoup moins utilisateur d’intrants extérieurs qu’un éleveur conventionnel. Pour les théoriciens de l’agriculture biologique, l’élevage est même au cœur de l’équilibre du système : les animaux se nourrissent des fourrages produits sur l’exploitation et fournissent au sol des matières azotées indispensables à la croissance des plantes. « Ce n’est pas un hasard si le bio s’est d’abord développé dans les bassins d’élevage », insiste Philippe Cabarat, éleveur de bovins en bio et président de la commission des viandes bio d’INTERBEV(1). Le bio sera en revanche plus difficile à mettre en œuvre dans une ferme sans élevage, d’où l’obligation d’utiliser plus d’intrants extérieurs.

Un effet positif sur le bien-être animal
Un autre argument est avancé par les éleveurs pour essayer de convaincre les consommateurs : le bien-être animal. Celui-ci est particulièrement marqué pour les filières volailles et porcs, avec des animaux bénéficiant d’un accès à l’extérieur et de plus d’espace. A titre d’exemple, l’élevage conventionnel requiert 2,25 m² par truie alors que le cahier des charges bio, lui, exige 7,5 m².

En élevage bovin, le gain apparaît pourtant un peu moins marqué. « On se rend compte que ça n’est pas lié à une différence de système de conduite du troupeau mais plutôt à une sensibilité de l’éleveur au bien-être animal », explique Jérôme Pavie. Le cahier des charges de l’agriculture biologique interdit certes le « zéro pâturage », mais même en conventionnel, l’élevage bovin français est basé sur l’occupation des prairies. « Même s’ils sont en progression car ils rendent le travail plus facile, les systèmes où les bovins sont en permanence à l’étable sont encore une minorité en France. » poursuit Jérôme Pavie.

Il reste néanmoins une grosse différence avec l’élevage bovin conventionnel : l’utilisation limitée de produits vétérinaires. Dans le cahier des charges bio, les antibiotiques ne sont autorisés qu’en mode curatif et non en mode préventif et sont limités à 2 traitements par an pour un bovin. L’éleveur privilégie donc l’homéopathie ou la phytothérapie. « Avec une bonne conduite technique, on peut se passer de traitements, notamment contre le parasitisme », affirme Marc Benoit. D’après les éleveurs, avec l’utilisation de races rustiques et des animaux moins poussés à la productivité, les traitements sanitaires peuvent être évités, ce qui permet d’élever des animaux dans un meilleur état de santé.
Sur cette question du bien-être, l’association L214 qui dénonce les conditions d’élevage et d’abattage des animaux et prône le végétarisme, reconnait ainsi les avantages du label bio sur son site Internet « Il y a une grande différence entre une vie enfermée dans une cage (1 an pour les poules pondeuses de batterie) et une vie avec un accès au plein air ». Mais pas question pour autant de prôner la consommation de viande bio. « Les vies de ces animaux sont moins pires que celles de leurs congénères maintenus dans les élevages intensifs, mais elles sont loin d'être idylliques et cette vie se termine aussi dans les abattoirs. Il est important de réduire significativement sa consommation de viande également », souligne-t-elle.

Nouveaux résultats en 2012
Au-delà du bilan énergétique et du bien-être animal, bien d’autres paramètres sont à prendre en compte lorsque l’on veut analyser la contribution socio-environnementale de l’élevage biologique. Et la réponse est assez complexe. L’institut de l’élevage a ainsi lancé un grand programme en 2009 (2) basé sur l’étude de 150 fermes d’élevage, moitié conventionnelles, moitié bio, à travers plusieurs critères tels que le bilan en minéraux, la gestion des déchets, l’utilisation de médicaments, la biodiversité de l’exploitation et la perception du travail chez les éleveurs. « On a un peu trop tendance à dire que le passage en bio arrange tout. C’est vrai de manière globale, mais il faut voir que ça ne l’est pas systématiquement dans tous les domaines, ni sur toutes les exploitations », explique Jérôme Pavie. Les résultats devraient être accessibles au premier semestre 2012 et permettront peut être de préciser les bienfaits supposés de ce mode d’agriculture, au-delà d’un bilan global satisfaisant.

(1) : INTERBEV : association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes
(2) programme CedABio : contributions environnementales et durabilité socio-économique des systèmes d’élevage bovins biologiques

Pauline REY-BRAHMI
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