Les agriculteurs bio face aux défis techniques

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Publié le 01-09-2011

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La ferme bio d'Hervé Boutarin
La ferme bio d'Hervé Boutarin
BH

Alors que de plus en plus d'exploitations agricoles se convertissent à la bio, les agriculteurs du secteur font encore face à de nombreuses difficultés techniques. Exemple dans la Drôme, où doit se dérouler les 6 et 7 septembre le salon Tech&Bio créé justement pour les aider à surmonter ces défis.

Se convertir à la bio ? C’est le choix fait par de plus en plus d’agriculteurs français. Ces dernières années, le nombre d’exploitations bio a en effet crû de 55%. Cependant, si très peu d’entre eux regrettent d’avoir franchi le pas, les plus aguerris avouent toujours rencontrer des difficultés techniques liées aux contraintes de la bio.

Les agriculteurs bio s’en sortent mieux que leurs collègues

Les agriculteurs bio s’en sortent-ils mieux que les agriculteurs conventionnels ? Difficile à dire car s’il existe des chiffres sur le revenu moyen des agriculteurs « classiques » - 24 400 € en 2010, soit +66% par rapport à 2009 mais -11% par rapport à 2007- il n’en existe pas pour leurs collègues bio au niveau national. Cependant la chambre d’agriculture régionale des Pays-de-la-Loire s’est essayée à l’exercice avec 225 exploitations converties à la bio sur les 1 090 que compte le territoire (soit 20 %, du fait de l’absence de comptabilité, du refus de communiquer les chiffres, ou de la dispersion importante entre les centres de comptabilité et autre règles de calcul). Le Résultat (voir document lié), qui concerne l’année 2009 – particulièrement difficile- est nettement en faveur des agriculteurs bio. « Aujourd’hui les exploitations bio sont pérennes, la plupart n’ont pas de problèmes économiques car même si les rendements peuvent être inférieurs, les prix de vente sont plus élevés. L’un des objectifs de cette étude était d’ailleurs de rassurer les banquiers et investisseurs sur la question car certains restent encore frileux », souligne Vincent Houben, chef du pôle bio des chambres d'agriculture des Pays de Loire. Dans cette région qui se place au 2ème rang français en termes de surface, les agriculteurs bio (tous secteurs confondus) ont eu en moyenne un résultat annuel de * 33 178 € contre 21750 € pour leurs collègues conventionnels du Maine et Loire. Pour les producteurs de lait bio par exemple, le prix du lait payé est resté stable aux alentours de 430€/1000L contre 290€/1000L pour le lait conventionnel, précise l’étude. Ce qui leur assure un résultat de 25 365 € contre 12 325€ pour leurs collègues. Cependant, si les résultats peuvent éventuellement être extrapolés pour le secteur laitier de Normandie et de Bretagne et les céréaliers, ils ne sont certainement pas valables pour le maraîchage ou la viticulture, qui dépendent plus largement des sols et climats des différentes régions, prévient Vincent Houben.

*résultat par UTA (unité de travail annuel)

Maladies et mauvaises herbes, les angoisses des agriculteurs bio

A la ferme de Bantoux, dans la Drôme, Hervé Boutarin élève au sein de son GAEC* près de 200 chèvres, ainsi que quelques porcs et brebis. Tous sont alimentés par l’orge et les fourrages produits biologiquement sur l’exploitation. « Nous avons demandé la certification en 1998, non sans une certaine appréhension car même si nous nous rapprochions déjà des critères, j’avais peur que certaines techniques ne soient pas suffisantes. Par exemple, en cas de grosse attaque de phytonome (un coléoptère dont les larves broutent le haut de la végétation, ndlr) sur la luzerne, l’insecticide que nous pouvons utiliser en bio n’est pas très fort, il faut donc beaucoup anticiper et travailler sur la prévention. Ce genre de problème reste toujours une angoisse », explique l’agriculteur. Même chose pour les chèvres : pour soigner l’une des principales maladies, la mammite (inflammation des mamelles), pas question d’utiliser les remèdes conventionnels lorsque l’on est certifié bio… « Bien sûr, dans le cas où l’une de mes chèvres risque sa vie, je recours aux antibiotiques mais avant d’en arriver là, j’utilise l’aromathérapie, avec des huiles essentielles de lavande ou de clous de girofle. C’est forcément beaucoup plus long qu’un traitement classique : il faut 16 voire 32 applications manuelles sur les mamelles pendant 8 jours quand il suffit de 4 injections en 2 jours en conventionnel ! » Et que dire des champs d’orge envahis par les mauvaises herbes…

Le désherbage. De l’aveu des agriculteurs, le principal problème quotidien du paysan bio. Sans pesticide, la traque des mauvaises herbes occupe l’esprit des exploitants, qui n’hésitent pas à discuter entre eux des différentes techniques utilisées. Entre rotation des cultures, sélection des semences, mélange des espèces et les divers appareils –bineuse, broyeuse ou herse étrille- pas toujours facile de trouver tout de suite la meilleure solution… « Il faut quand même reconnaître que nous commençons à avoir du très bon matériel », se réjouit Fabien Clave, le directeur de l’exploitation du lycée agricole du Valentin (Drôme) où l’ensemble des 65 hectares est consacré à la vigne, l’élevage, l’arboriculture et le maraîchage bio. Pour preuve, « le matériel bio de désherbage séduit de plus en plus les agriculteurs conventionnels », assure Jacques Pior, responsable agriculture biologique au sein du service qualité de l’Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). Au salon Tech & Bio qui présente tous les 2 ans depuis 2007 les meilleures techniques de l’agriculture bio de France et d’Europe, on compte par exemple 50% d’agriculteurs conventionnels…

Des efforts à faire sur la recherche et la valorisation des produits

Pourtant, les efforts doivent encore être intensifiés. « Sur la question de la sélection variétale par exemple, nous manquons de recherches, déplore Claude Monnier, agriculteur bio depuis 20 ans et président de la chambre d’agriculture du territoire de Belfort. Il n’existe pas de variétés spécifiques à la bio. Or, alors que les recherches conventionnelles portent essentiellement sur des gains de productivité, nous nous souhaiterions axer les efforts sur la résistance aux maladies, à la sécheresse… » Ainsi, dans la Drôme – le premier département bio de France - des espèces de fruits ne peuvent toujours pas être produits de façon biologique : « un champignon qui s’attaque aux pêches nous interdit d’en produire car nous n’avons pas de solutions de traitement ou de prévention bio efficaces. Même chose pour la mouche de la cerise qui s’attaque à une espèce que l’on ne peut pas produire ici », regrette Fabien Clave.

Des défis d’autant plus difficiles à surmonter pour les agriculteurs que nombre d’entre eux qui produisent en biologique ne peuvent valoriser toute leur production sous ce label. Par exemple, « il n’existe pas de débouché sur les veaux laitiers », explique Vincent Houben, chef du pôle bio de la Chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire. Et il reste des problèmes de logistique pure qui handicapent certaines régions. Ainsi Claude Monnier ne peut vendre son lait sous l’appellation bio faute de collecteur certifié dans sa région. Quant à Hervé Boutarin, il ne peut valoriser ses chevreaux bio faute de demande, ni le lait qu’il ne transforme pas lui-même en « Picodon » bio faute de collecteur économiquement fiable… Des difficultés qui seront peut-être résorbées par l’augmentation croissante de la demande en produits bio (+32% entre 2008 et 2010 selon l’agence bio) et qui ne gâchent pas le « plaisir de travailler sur un système pérenne qui est bon pour la santé et nos enfants », se réjouit Hervé Boutarin.

*GAEC: groupement agricole d'exploitation en commun

Béatrice Héraud
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