L'agriculture bio dans le débat de la présidentielle

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Publié le 29-11-2011

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Quelle place accordent à la bio les candidats à l'élection présidentielle ? C'est ce qu'ont voulu savoir la FNAB, bioconsom'acteurs et Terre de liens. Avec le lancement de leur campagne « Osons la bio » qui vise l'objectif de 20% des surfaces en bio en 2020, ils ont interpellé cinq représentants de candidats à la présidentielle. Si tous s'accordent sur les objectifs, les propositions concrètes restent timides.

Le constat est là : malgré les engagements du Grenelle prévoyant 6% de surfaces en bio en 2012 et 20% en 2020, on en compte aujourd’hui entre 3 et 4 %. Avec une demande croissante en produits bios locaux, un potentiel fort de création d’emplois, une nouvelle PAC où l’environnement est au centre des négociations, l’agriculture bio devient une question importante dans le débat de la présidentielle. « Aujourd’hui, nous sommes face à deux enjeux majeurs : climatique et économique. A travers la complémentarité animal/végétal ainsi que la diversification des productions et des circuits de commercialisation, l’agriculture biologique y répond », a expliqué Stéphanie Pageot, secrétaire générale de la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique) lors du lancement de la campagne d’« Osons la bio »*. Cinq représentants de candidats à la présidentielle avaient répondu présents pour en débattre.
Mais malgré l’adhésion générale à l’objectif de 20% de surfaces en agriculture bio à l’horizon 2020 pour lequel « le Grenelle a posé les bases » d’après Antoine Herth de l’UMP, tous sont restés assez évasifs sur les moyens concrets à mettre en œuvre.

Présidentielle et agriculture

« Osons la bio », la campagne portée par la FNAB, Terre de Liens et Bioconsom’acteurs n’est pas la seule campagne lancée pour le développement de l’agriculture bio puisque ces trois acteurs appartiennent aussi au collectif crée par « Agir pour l’environnement » sur le thème « Développons l’agriculture biologique ». Elle propose notamment d’envoyer des cartes-pétitions au Président de la République, aux Agences de l’eau et à la FNSAFER (fédération nationale des sociétés d’aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) pour relayer ses propositions. 28 organisations agricoles ou environnementales telles que Générations Futures, le Réseau Action Climat ou Eaux et Rivières de Bretagne en sont partenaires.
Mais d’autres campagnes existent, comme « Alimentons 2012 », lancée par Minga et Nature et Progrès. Elle vise à interpeller les candidats à la présidentielle sur la notion globale d’alimentation « Notre alimentation, comme les terres agricoles, ne sauraient demeurer un enjeu de spéculation commerciale et boursière » peut-on ainsi lire sur le site de la campagne. Elle propose entre autres de développer une agriculture vivrière, locale, favorisant la biodiversité, d’améliorer la qualité de la restauration collective, de permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail etc. Elle regroupe une vingtaine d’organisations dont la FNAB, le Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI) ou les Amis de la Terre.

PAC et collectivités, leviers essentiels d’une politique environnementale
Parmi les grandes mesures proposées par le collectif, la nécessaire réforme de la PAC vers plus d’équité entre les agriculteurs et la mise en avant des services écologiques rendus par l’agriculture biologique. « Le travail des paysans bio se fait au service de l’intérêt général », souligne Dominique Marion, le président de la FNAB. La PAC constitue en effet pour tous les candidats un premier levier majeur pour l’orientation vers une politique écologique. C’est même un « outil suffisant » pour Marc Fesneau le représentant du Modem. Stéphane Le Foll (PS) a tenu à rappeler que le budget n’était pas encore fixé et que la France risquait d’avoir de mauvaises surprises. Pas vraiment effrayant pour des agriculteurs bio qui sont à l’heure actuelle parmi les moins bien lotis de la PAC. « Moi je veux bien qu’on rabote les aides directes en mettant les agriculteurs à égalité. Cela permettra de dégager de l’argent pour d’autres actions », a souligné Dominique Marion. Le Front de Gauche, représenté par Laurent Levard souhaite aller plus loin. « La transition écologique est incompatible avec les modèles politiques actuels», a-t-il souligné Le parti de Jean-Luc Mélenchon souhaite réformer le libéralisme et le productivisme croissant de l’agriculture. « Certaines décisions nous mettront en conflit avec l’Europe. » a prévenu Laurent Levard. Le Front de Gauche prévoit la création de 300 000 emplois en agriculture. Une annonce en adéquation avec les enjeux du bio, puisque la secrétaire générale de la FNAB a rappelé que l’agriculture bio nécessitait 30% de main d’œuvre supplémentaire par rapport à l’agriculture conventionnelle.
Au-delà du levier européen, tous les partis s’accordent sur l’idée d’une relocalisation de l’agriculture, avec un rôle crucial à jouer des régions et des collectivités territoriales. « Elles devront être à la manœuvre » pour l’UMP qui rappelle que des différences très nettes existent entre les régions pour le développement de l’agriculture bio. Tous ont aussi appelé au développement massif des circuits-courts plébiscités par les consommateurs.


Le foncier : frein à l’installation des agriculteurs bio
Sjoerd Wartena, président de Terre de Liens a présenté l’un des enjeux majeurs de la campagne « Osons la bio » : le foncier. Car c’est aussi l’une des grandes sources d’inquiétude des exploitants bio. Malgré l’existence des SAFER (sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) notamment, qui ont permis d’éviter l’envolée des prix des terres agricoles comme dans d’autres pays européens, la baisse des crédits d’Etat compromet leur efficacité et leur impartialité. Les agriculteurs bio souvent jeunes et non-issus du milieu agricole ont de grandes difficultés à accéder à des terres pour s’installer. La FNAB propose donc une politique foncière favorisant l’équilibre des territoires et la protection de l’environnement. Le Front de gauche, lui, souhaite mettre en place une surface maximale d’exploitation afin de permettre aux jeunes agriculteurs d’être prioritaires face aux agrandissements de structures.

Réforme de la gouvernance et de la politique de recherche et développement
La FNAB souhaite aussi une réforme de la gouvernance dans le milieu agricole pour que la bio puisse faire écho. « Si l’on reste dans une cogestion Ministère de l’Agriculture/ FNSEA, rien ne changera » a ainsi confirmé Pascal Durand pour Europe Ecologie-Les Verts. « Lorsqu’on interpelle le monde agricole, il faut un pluralisme de réponses » a ajouté Marc Fesneau pour le Modem.

Enfin, « pour rendre possible le changement de paradigme », le programme « Osons la bio » propose un redéploiement des moyens en recherche et développemen,t proposant notamment de mobiliser 20% des fonds de recherche publique sur ce thème. Un thème qui a trouvé quelques échos. Le représentant du Modem a ainsi précisé que l’agriculture bio était une agriculture de haute technologie. Quant au représentant du Front de Gauche, il rappelle que « l’agriculture bio se heurte parfois à des problèmes techniques et la recherche française n’y répond pas. Il faut libérer l’INRA des lobbies privés ».

Pas de généralisation de la bio à toute l’agriculture
Malgré la volonté collective des candidats de développer la bio, elle n’apparait pas comme la solution unique pour l’avenir de l’agriculture chez la plupart des candidats. Europe Ecologie-Les Verts par l’intermédiaire de Pascal Durand a expliqué vouloir faire de cette mutation de l’agriculture un vrai choix de société ne laissant pas la place au développement parallèle de plusieurs types d’agriculture, alors que pour les autres partis -notamment le Parti Socialiste et le Front de gauche-, l’agriculture biologique n’est pas la réponse à tout. « Il ne faut pas laisser les 80% restants de côté car le bio ne résout pas l’ensemble des problèmes notamment au niveau du transport et de l’énergie » a ainsi précisé le représentant du Front de Gauche. Du côté du PS, on prône une « diversité des agricultures ». « Il ne faut pas dire que le modèle bio va s’imposer à tout le monde » a ainsi rappelé Stéphane Le Foll.

En guise de conclusion, Dominique Marion a estimé que les partis « ne sont pas encore au niveau » et a donné rendez-vous aux candidats en mars 2012 pour faire le point.

* « Osons la bio » regroupe la FNAB, Terre de liens, association qui aide des porteurs de projet agricoles bio à trouver des terres et Bioconsom’acteurs, association de consommateurs de produits bio.

Pauline REY-BRAHMI
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