« Le monde s'expose à d'importants revers dans la lutte contre la faim »

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Publié le 06-06-2011

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Le prix des cultures de base augmentera de 120 à 180 % d'ici 2030. Cette prévision, dévoilée le 31 mai par l'ONG Oxfam dans son rapport Cultiver un avenir meilleur, fait froid dans le dos. Elle intervient alors que la flambée des prix alimentaires est déjà une réalité.

Pourquoi les prix agricoles flambent-ils aujourd’hui ?

Depuis plusieurs mois, les cours des matières premières agricoles montent en flèche. En avril, la hausse s’est établie à + 36% sur un an, d’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui publie l’indice des prix alimentaires. Pourquoi un tel renchérissement ? Changement climatique, concurrence des agrocarburant sur les cultures alimentaires, épisodes répétés de sécheresse et d’inondations, baisse des stocks mondiaux de céréales, phénomènes spéculatifs sur les marchés agricoles... Ces différents facteurs créent des tensions sur l’offre de produits agricoles, tandis que la demande augmente, sous l’effet de la croissance de la population mondiale. Résultat : les prix flambent.

La France est-elle épargnée ?

En avril, les prix à la consommation relevés par l’INSEE avaient augmenté de 2,1% sur un an dans l’Hexagone. La fin des soldes d’hiver et la forte hausse des prix énergétiques et alimentaires sont en cause. « Les hausses des cours des matières premières affectent notamment les prix des huiles et graisses et du café, thé et cacao, mais aussi du pain et des céréales et des viandes », nous dit l’INSEE. Le même mouvement est observé à l’échelle des pays développés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En avril, les prix à la consommation ont augmenté de + 2,9% sur un an, soit « le taux le plus haut depuis octobre 2008 ». Dans sa déclaration, le G8 qui s’est réuni à Deauville les 26 et 27 mai, prévenait : « La forte augmentation des prix des matières premières et leur volatilité excessive gênent considérablement la reprise » de l’économie.

Quelles conséquences dans les pays pauvres ?

« Une hausse de 10% des prix mondiaux risquerait de précipiter 10 millions de personnes supplémentaires sous le seuil d’extrême pauvreté (1,25 $ par jour) », alertait la Banque mondiale dans un communiqué du 14 avril. Déjà, « 44 millions de personnes (...) sont tombées dans la misère depuis juin dernier sous le coup de la flambée des prix », poursuit l’organisation. En effet, le maïs ou le blé sont « la ration de base de la majorité de la population dans le monde, et des plus vulnérables qui consacrent jusqu’à 80% de leur budget à l’alimentation », explique Jean-Cyril Dagorn, responsable du plaidoyer justice économique à Oxfam. « Les inégalités globales de richesse vont augmenter », anticipe Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac France tandis que début 2011, on dénombrait 925 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde.

Et à long terme ?

Dans son rapport, Oxfam prédit une flambée de 120 à 180% des prix agricoles à horizon 2030. « Le monde s’expose à (...) d’importants revers dans la lutte contre la faim », dit l’ONG qui voit pointer « un recul de grande ampleur du développement humain ». Le scénario catastrophe s’appliquera surtout aux pays pauvres importateurs de denrées alimentaires. En effet, des régions entières telles que l’Afrique sub-saharienne ou l’Amérique centrale sont dans une situation de dépendance alimentaire vis-à-vis des marchés mondiaux.
« Le Sénégal ou la Sierra Leone importent 70% de leur consommation de riz », illustre Jean-Cyril Dargon. « Depuis trente ans, les pays pauvres importent de plus en plus de produits agricoles sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) qui les ont poussé à libéraliser leurs marchés agricoles, analyse Aurélie Trouvé. Du coup, ces pays ne sont pas protégés pour se développer. Ils subissent la concurrence d’agricultures très compétitives ou très subventionnées. Et il y a une tendance à la baisse de leur productivité agricole, voire carrément de leur production ».
L’économiste et ingénieure agronome rappelle que « plus de la moitié des gens en sous-nutrition dans le monde sont des paysans ». Ils ne seront vraisemblablement pas armés si le scénario d’Oxfam se confirme.

Certains sont toutefois moins pessimistes. « Il est très difficile de prévoir ce qui va se passer à long terme », estime l’économiste de la FAO Concepcion Calpe. Si les aléas climatiques risquent de se renforcer, les phénomènes spéculatifs auront-ils été jugulés ? Les agrocarburants existeront-ils toujours ? Les biotechnologies tiendront-elles leurs promesses ? « On a encore énormément de potentiels pour éviter une crise alimentaire », dit Concepcion Calpe. Pas plus tard que mardi, la FAO et la Banque Mondiale publiaient un rapport prédisant que « l’investissement dans des technologies post-récolte pour réduire les pertes de denrées alimentaires entraînerait une augmentation notable des approvisionnements alimentaires en Afrique subsaharienne ». L’avenir fait donc débat. Mais le présent presse déjà les pays à agir pour éviter de nouvelles émeutes de la faim. Un G20 agricole se tiendra à Paris les 22 et 23 juin. Oxfam appelle les décideurs mondiaux à une réforme majeure du système alimentaire.

Julia Pascual
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Article initialement publié par Terra Eco le 6 juin 2011 Article initialement publié par Terra Eco le 6 juin 2011

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