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En quelques années, l’huile de palme est devenue omniprésente dans l’industrie agroalimentaire et couvre près de 28 % des besoins mondiaux en huiles végétales. Face à cette demande croissante, qui devrait doubler d’ici 2050, l’Indonésie et la Malaisie se sont positionnés comme les principaux producteurs et fournisseurs d’huile de palme dans le monde.
L’Afrique de l’Ouest, nouvel eldorado de l’huile de palme ?
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Face à l’explosion de la demande, de nouveaux acteurs entrent sur le marché de la production d’huile de palme. C’est notamment le cas de l’Afrique Centrale et de l’Ouest, qui ouvre largement sa porte aux entreprises étrangères. L’Afrique a une longue tradition de production et de consommation de l’huile de palme mais elle ne compte aujourd’hui que pour 10 % de la production mondiale. La situation devrait changer très rapidement. « C’est à la fois excitant car on part de zéro et on peut donc espérer que l’on développe d’emblée une culture durable, et très préoccupant car on est sur des périmètres considérables, dans des pays à faible gouvernance », analyse Alain Rival, chercheur au Cirad. Au Liberia, où le gouvernement a fait de l’huile de palme un axe majeur de sa « stratégie de réduction de la pauvreté », 3 compagnies étrangères ont obtenu 629 000 hectares de terres pour planter des palmiers à huile, précise un rapport centré sur le cas de l’entreprise Sime Darby publié par Les Amis de la Terre et Basta !. Tandis qu’au Cameroun, un parc national à haute valeur de conservation (le Korup national parc) est menacé par un projet de plantation adjacent de l’ordre de 75 000 hectares. Dans la plupart des cas, les projets ont été décidés sans l’aval des communautés riveraines, estime les auteurs du rapport. Au Liberia, des habitants affectés par la plantation de Sime Darby (Grand Cape mount) ont alerté la RSPO, dont l’entreprise fait partie, et demandent une révision du contrat (voir article lié).
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L’Indonésie : le premier producteur mondial Aujourd’hui, les deux pays se partagent près de 90% du marché mondial. 1er producteur avec 49% de la production mondiale, l’Indonésie consacre 8,4 millions d’hectares de terres à cette culture pour une production de 26,3 millions de tonnes par an. Une part que le gouvernement voudrait pousser à 25 millions d’hectares d’ici 2025. Et ce bien qu’une loi votée en mai 2011 interdise pour deux ans l’octroi de nouveaux permis de déboisement sur 64 millions d’hectares. De fait, parallèlement, 35 millions d’hectares de forêts dégradées ont été alloués à l’agriculture et autres activités minières. Et la production, traditionnellement cantonnée à l’ouest du pays, se déporte petit à petit sur de nouvelles îles, plus à l’est. « Le gouvernement indonésien base son développement économique sur l’huile de palme et l’industrie extractive. Pour cela il incite fortement les petits producteurs à passer à ce type de production. C’est d’autant plus facile que seules 14 % des terres indonésiennes peuvent aujourd’hui se réclamer d’un statut privé, ce qui n’est cependant pas sans provoquer des conflits. On en dénombre plus de 600 liés à l’huile de palme », explique Dianto Bachriadi, fondateur d’une ONG d’appui aux paysans indonésiens (KPA) et auteur d’une étude sur l’huile de palme en partenariat avec le CCFD en tant que chercheur à l’Agrarian resource center (ARC). Car l’huile de palme est bien l’or vert de l’Indonésie. D’après les chiffres communiqués par le gouvernement indonésien, les recettes fiscales qui lui sont liées ont explosé ces dernières années (en 2007, les droits sont passés de 1,5% en 2001 à 11,15%) pour atteindre près de 1,3 milliard de dollars/an entre 2007 et 2010. Et les petits producteurs qui comptent pour 40% de la production nationale –mais seulement 10% de la valeur- y voient l’espoir d’un meilleur niveau de vie. Cette culture leur permet de gagner jusqu’à 2 000 à 3 000 dollars/an/hectare, sachant qu’un petit producteur peut cultiver entre 0,5 et 50 hectares, précise Alain Rival, spécialiste de l’huile de palme au Cirad. « Un revenu qui a contribué significativement, selon McCarthy [un chercheur australien de l’Environmental Management and Development Program, Crawford School of Economics and Government, ndlr] à la régression de la pauvreté et à l’émergence d’une classe moyenne rurale. Aujourd’hui, plus de 5 millions de personnes en Indonésie dépendent directement de la culture du palmier à huile », indique le Centre de recherche. « Les ONG environnementales occidentales nous demandent pourquoi on ne reviendrait pas à la culture du riz qui est moins nuisible pour l’environnement…mais cela ne rapporte plus rien ! Le riz importé est devenu moins cher que le riz produit sur place », souligne Dianto Bachriadi. Vers une certification nationale Autant dire que la production indonésienne est loin de s’arrêter. Mais avec quelles conséquences ? D’une part l’Indonésie a pris une telle place dans le marché mondial, qu’elle a rendu les pays occidentaux dépendants tandis que parallèlement, elle a diversifié ses clients : l’UE compte désormais pour 15 % seulement des achats quand la Chine, l’Inde mais aussi le Pakistan ou le Bangladesh sont devenus de très importants importateurs, et bien moins pointilleux sur les aspects environnementaux…Comment faut-il alors interpréter la volonté du gouvernement indonésien de développer son propre système de certification (ISPO*)? En septembre 2011, le Gapki(l’association indonésienne des producteurs d'huile de palme) quittait la RSPO (table ronde pour une huile de palme durable), une initiative volontaire que des ONG environnementales jugent déjà insuffisante pour créer les conditions d’une production responsable, pour rejoindre la certification gouvernementale qui, elle, sera obligatoire en 2014. Pour Alain Rival, la démarche, demandée par les petits producteurs qui peinaient à satisfaire aux critères de la RSPO, « va dans le bon sens » car elle est obligatoire et montre un réengagement de l’Etat. Mais il faut cependant rester « vigilant », prévient-il car on voit mal le gouvernement indonésien entraver le développement de la production…L’ISPO « n’envisage pas la durabilité de la même manière que la RSPO et pour cause : elle a essentiellement été développée en vue de réaliser une compilation de la législation ayant trait à l’industrie du palmier à huile. En somme, elle est destinée à remédier à une opacité législative et réglementaire persistante et source d’abus en territoire indonésien, et semble ne constituer aucune avancée réelle en termes de durabilité même si elle pourrait généraliser l’application des lois indonésiennes comme un minimum requis », indique le WWF (partie prenante de la RSPO) dans son rapport 2011 sur l’huile de palme. Sachant que l’Indonésie souhaite entraîner la Malaisie dans son sillage, « cela aura forcément des conséquences importantes sur le marché global car puisqu’il s’agit des principaux producteurs », craint Dianto Bachriadi. Pour le chercheur et militant indonésien, un coup d’arrêt de la production s’avère utopique. Alors, parallèlement aux initiatives industrielles qui peuvent être prises en Europe et en Amérique, telles que la substitution de l’huile de palme ou l’engagement des marques à se fournir en huile de palme durable (4,7 millions de tonnes certifiées (CSPO) en 2011 mais seulement 2,490 vendues, selon la RSPO ), il est important selon lui de trouver de nouvelles voies alternatives. « Il faut considérer le problème dans sa globalité en revoyant l’ensemble de la politique agricole de l’Indonésie qui favorise ce type de plantation », estime Dianto Bachriadi. Cela pourrait passer par l’organisation en coopérative, qui permettrait aux petits producteurs d’investir dans des activités de transformation qui restent encore souvent aux mains des grandes entreprises, privées ou d’Etat, ou encore une incitation à la conversion au bio. Pour autant, « le marché bio reste une toute petite niche et lorsque l’on fait du bio, on diminue de moitié le rendement, ce qui nécessite deux fois plus de surface. Quant aux usines artisanales elles sont souvent plus polluantes -par hectolitre produit- que celles des grandes entreprises… », souligne Alain Rival qui prône, avec le Cirad une intervention de l’Etat, en partenariat avec le privé, pour encadrer la production (fourniture de semences améliorées, microcrédits, contrôle des intrants, etc) Par ailleurs, pour Dianto Bachriadi, « les campagnes internationales, exclusivement centrées sur les questions environnementales, restent limitées car sur place, rien n’a changé : on voit encore une augmentation de la production, de la demande, des conflits, et de l’accaparement de terres…Il faut désormais parler des questions économiques et sociales que cette production soulève et aussi cibler les nouveaux clients, asiatiques, de l’huile de palme, qui n’ont pas toutes ces informations. »
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