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Le nucléaire coûte cher. Très cher. Mais il va être difficile de se passer d’une prolongation de la vie des centrales nucléaires françaises, estime la Cour des Comptes, après avoir épluché les comptes d’EDF pour son rapport sur les « coûts de la filière élecrotronucléaire » publié le 31 janvier. Commandé en mai dernier par le Premier ministre suite à l’accident de Fukushima, le rapport –dont une partie avait fuité dans La Tribune début janvier- dresse un panorama du coût de la filière bienvenu et salué par les écologistes qui le réclamait depuis longtemps mais encore peuplé d’incertitudes. Combien coûte la production nucléaire ? En préambule, il faut signaler que la Cour des comptes a calculé le coût de production de la filière, ce qui compte pour 40% du prix de l’électricité seulement. A cela, il faudrait ajouter le coût de transport et de distribution (33%) ainsi que les impôts et redevance (27%), ce qui ne rentrait pas dans la lettre de mission établie par le Premier ministre. La Cour des comptes chiffre à 121 Md€ (en euro de 2010*) la construction des installations nucléaires nécessaires à la production d’électricité : il faut compter 96 Md€ pour les 58 réacteurs actuels (62 510 MW), 6 Md€ pour la première génération, et 19 Md€ pour la filière de retraitement exploitée par Areva. A cela, il faut ajouter les dépenses de recherche, publiques et privées, qui représentent 55 Md€ (1 Md€ par an en moyenne), et le coût de Superphénix (12 Md€). Au total, le montant des investissements passés se chiffre donc à 188 Md€. Mais avec la programmation du démantèlement (79,4 milliards, dont 62 milliards pour EDF), le chiffre grimpe à 228 milliards d’euros. Le coût moyen du MWh produit s’élève donc à 49,5 € avec les données de 2010, si l’on prend en compte la rémunération du capital selon la méthode dite du « coût courant économique ». Celle-ci reflète l’ensemble des coûts sur toute la durée de fonctionnement du parc et permet des comparaisons entre les modes d’énergie. Un coût qui croît avec le temps Paradoxalement, le coût de construction initial, ramené à la puissance des réacteurs, progresse dans le temps. Par exemple, pour Fessenheim, il passe de 1,07 M€/MW en 1978 à 2,06 M€/MW en 2000 (Chooz 1 et 2). Pour l’EPR de Flamanville - dont le coût de construction est estimé à 6 Md€ pour une puissance de 1 630 MW- le coût au MW est de 3,7 M€. Un coût qui pourrait toutefois baisser à 3,1 M€ si l’EPR était produit en série. Mais pour FNE (qui avait été auditionnée par la Cour), il s’agit là d’une « aberration économique. L’énergie nucléaire est anachronique car elle est de plus en plus chère quand le coût des énergies renouvelables baisse de plus en plus fortement », estime Alexis Prokopiev, chargé des questions économiques de l’association. « Le verdict de la Cour des comptes est sans appel concernant l’EPR et confirme ce que dit Greenpeace depuis des années : le mégawattheure produit par Flamanville coûtera entre 70 et 90 euros, soit aussi cher que l’éolien terrestre. De quoi sérieusement compromettre l’avenir de ce type de réacteurs », tranche Sophia Majnoni, en charge de la campagne Nucléaire chez Greenpeace France. Du côté des pro-nucléaires en revanche, on se félicite : « la compétitivité confirmée du nucléaire n'est le résultat d'aucun "coût caché" », juge la SFEN (société française d’énergie nucléaire). Une réaction totalement partagée par le ministère de l'Energie, Eric Besson. De fortes incertitudes Si ces coûts d’exploitation présents, de l’ordre de 8,9 Md€ en 2010 pour une production de 407,9 TWh, « sont connus avec une relative précision », l’ampleur et le calendrier des coûts liés à la production nucléaire post-construction « sont souvent mal connus et leur chiffrage repose sur de nombreuses hypothèses », souligne la Cour des comptes. Ainsi, le coût du démantèlement des 58 réacteurs, estimé par EDF à 18,4 Md€, n’est pas validé par la Cour qui estime qu’elle manque d’ « expérience réelle et comparable ». Mais pour Greenpeace, « rien que pour Superphénix, dont le démantèlement est loin d’être achevé, la facture s’élève déjà à plus de 2 milliards ! » La méthode même employée pour le chiffrage reste « pertinente » mais doit être validée par des « experts extérieurs », selon la Cour des Comptes. La comparaison avec l’étranger, où les coûts estimés du démantèlement sont généralement plus élevés, pose également problème car les techniques et le périmètre (réacteurs seuls ou installations nucléaires au sens large) varient en fonction des pays, voire des sources, précise Michèle Pappalardo, qui a dirigé l’audit financier. Par ailleurs, la gestion à long terme des déchets, pour le moment estimée par la Cour à 28,4Md€, est loin d’être « stabilisée » : le dernier chiffrage produit par l’organisme qui en a la charge, l’Andra, a doublé par rapport au coût initial, passant de 16,5 Md€ à 36 Md€. Cette estimation, contestée par les producteurs, devrait faire l’objet d’un chiffrage officiel avant 2015. Il reste aussi à établir un calcul précis du coût de la filière de recyclage du MOX et d’uranium de retraitement enrichi (URE). Des coûts difficilement chiffrables et donc non réellement évalués Enfin, restent à définir les « coûts difficilement chiffrables » mais au centre de la polémique sur le nucléaire, soit les « externalités positives et négatives » que sont son impact sur l’environnement, la santé, la balance des paiements ou l’économie. Au niveau environnemental par exemple, seul le coût –« faible »- des émissions de CO2 a été évalué : en 2010, il s’élevait, selon les hypothèses, entre 90M€ (à 15€/teq CO2) et 190M€ (32€/teq CO2). Quant au risque nucléaire, la Cour estime que les exploitants ont finalement très peu de responsabilité financière en cas de grave accident. Pour l’instant, ils assurent leur installation pour 91 millions d'euros seulement. Ce montant sera bientôt porté à 700 M€ mais surtout, c’est l’Etat qui endosserait la majeure partie des indemnisations : au-delà des plafonds de garantis actuels définis par les textes, il est prévu que l’État se substitue à l’exploitant dans une limite de 1,5 Md€. Or, « l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire table sur 70 Md€ pour un accident modéré sur un réacteur, et oscille entre 600 et 1 000 Md€ pour des catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima », rappelle Greenpeace. Des incertitudes que regrettent de nombreuses associations, notamment celles de défense des consommateurs comme l’UFC-Que Choisir. Elle demande le lancement d’un « débat sur le vrai coût du nucléaire et sur ses impacts sur le prix de l’électricité » ainsi que la réalisation d’un « travail prospectif mettant en concurrence les technologies alternatives » pour choisir l’énergie ayant le « meilleur rapport qualité environnementale/prix ». Une augmentation du coût de la maintenance « Quels que soient les choix retenus, pour maintenir la production actuelle (en volume, ndlr), des investissements importants sont à prévoir à court et moyen terme, qui auront des conséquences significatives sur le coût de production global », tient à souligner Didier Migaud, le premier président de la Cour des Comptes. « Le ralentissement de ces investissements au cours des années 2000 a montré leur importance, puisqu’il a fait significativement chuter le coefficient de disponibilité du parc et donc sa production », précise le rapport. Alors qu’en 2008-2010, l’investissement annuel en maintenance était de l’ordre de 1,5 Md€, ce montant s’élevait à 1,75 Md€ en 2010. Il devrait presque doubler d’ici 2025, à 3,7 Md€/an (soit 55 Md€ sur la période 2011-2025). Une somme qui tient compte des premières recommandations de l’ASN pour les installations prioritaires suite à l’accident de Fukushima, évaluées à 10 Md€. 5 sont déjà provisionnés par EDF dans son programme 2011-2025. Mais ces premières estimations devraient s’alourdir et au fur et à mesure des études réalisées sur la catastrophe nucléaire. Ainsi, c’est l’évolution des investissements de maintenance qui pèserait le plus sur l’augmentation du coût de production de l’électricité: le doublement de leur rythme actuel conduirait à une augmentation de l’ordre de 10% du coût moyen, contre de 1 à 5% pour l’évolution des charges futures liées au démantèlement et à la gestion des déchets, juge la Cour des Comptes. Les conséquences du rapport Le parc nucléaire français est vieillissant : en 2010, l’âge moyen de nos centrales était de 25 ans. Initialement prévus pour durer 30, les réacteurs devraient certes fonctionner jusqu’à 40 ans selon l’hypothèse retenue par EDF mais cela n’empêche qu’il faudra trouver une solution d’ici 2022. Officiellement, la Cour des Comptes n’avait pas à donner son avis sur le sujet. Mais ses conclusions laissent peu de doute sur ses préférences. Ainsi, pour faire face au vieillissement des centrales, 3 options se discutent si l’on ne sort pas du nucléaire : la prolongation de la durée de vie des centrales, une évolution rapide et significative du mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, les économies d’énergie, ou la construction d’ici 2022 de 11 EPR. Or, « la mise en œuvre d’un tel programme d’investissement à court terme paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles », souligne Didier Migaud. Même si la Cour affirme qu’elle préfèrerait « qu’une stratégie énergétique soit formulée, débattue et adoptée en toute transparence et de manière explicite », le fait de « ne pas avoir décidé d’investissement, revient à une décision implicite, renchérit Gilles Pierre Lévy, le président de la 2ème chambre de la Cour des Comptes. Même pour développer les énergies renouvelables à des niveaux significatifs il faut 5/7 ans. Il semble donc difficile que l’on n’ait pas à prolonger la durée de vie des centrales. » Suite à la remise du rapport, le Premier ministre François Fillon a lui indiqué dans un communiqué que « les choix sur la durée de fonctionnement des centrales nucléaires ou la construction de nouveaux réacteurs (…) seront précisés dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements élaborée à partir de l’été 2012 ». * l’ensemble des chiffres de la Cour des comptes concernant ce rapport est à lire en euro de 2010.
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