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« Aujourd’hui Tepco a enfin réussi à stabiliser son système de refroidissement qui fonctionne en circuit fermé » explique Martial Jorel, directeur de la sûreté nucléaire des réacteurs à l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire). Totalement dépassée dans les premiers jours ayant suivi l’accident, Tepco, la société exploitant la centrale de Fukushima semble avoir repris progressivement les choses en main à Fukushima. Il reste néanmoins difficile pour les experts extérieurs d’évaluer précisément la situation car les informations viennent essentiellement de l’exploitant nippon, qui n’a jamais fait preuve d’une communication transparente sur la situation. Des réacteurs en voie de stabilisation Après le tsunami, dans l’urgence, les ouvriers ont tenté d’arroser le cœur des réacteurs afin de les refroidir et d’éviter une explosion. Mais le tremblement de terre et le raz-de-marée avaient généré des fissures si bien que l’eau utilisée, radioactive, s’est déversée dans l’océan provoquant une pollution sans précédent. Aujourd’hui, l’eau qui sert à refroidir les réacteurs est décontaminée grâce à deux stations d’épuration, conçues notamment par Areva, Kurion et Toshiba. Après des débuts laborieux, elles sont aujourd’hui presque fonctionnelles (environ 80% d’efficacité). L’objectif est de faire baisser progressivement la température des réacteurs endommagés au dessous des 100°C pour éradiquer un risque d’explosion, stopper les rejets radioactifs et permettre le retour de la population. Par ailleurs, Tepco a annoncé un projet pharaonique de barrière souterraine permettant d’arrêter l’eau contaminée avant son arrivée dans l’océan. Elle devrait être mise en place d’ici 3 ans. En attendant, le danger de pollution reste présent. « Tepco parle de circuit fermé mais il y a encore des fuites et on ne peut pas nier le risque de percolation dans le sous-sol puis dans les nappes phréatiques de cette eau contaminée », nuance David Boilley, physicien et président de l’ACRO (association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest). Pour parer au plus pressé et stopper complètement les rejets, l’exploitant nippon a aussi commencé la construction d’une structure métallique plus légère que le sarcophage de Tchernobyl,qui permettra de restaurer les toits des réacteurs endommagés. Le démantèlement de la centrale, lui, n’est pas prévu pour tout de suite. La dernière note de l’IRSN du 25 août estime à une dizaine d’années le temps nécessaire pour le démantèlement complet et l’assainissement du site. D’abord, « il faudra arroser les réacteurs et les piscines pendant plusieurs années pour évacuer la puissance accumulée du combustible », explique Martial Jorel. D’autant que Tepco ne sait pas exactement si le combustible est seulement endommagé, fondu, ni s’il s’est répandu dans l’enceinte de confinement. Quel retour pour les évacués ? Une fois la centrale stabilisée, il faudra aussi s’attaquer au devenir des populations du pourtour de la zone. Au lendemain de la catastrophe, le gouvernement avait décidé d’évacuer une zone de 20 km anticipant le risque d’explosion. Puis, un mois et demi après les premiers dégagements radioactifs, un
| Non-lieu pour Pierre Pellerin |
Le procès de Tchernobyl n’aura pas lieu en France. C’est ce qu’a décidé la Cour d’Appel de Paris cette semaine au grand désarroi des parties civiles. Le seul accusé Pierre Pellerin mis en examen pour tromperie aggravée en 2006 a bénéficié d’un non-lieu. En cause ? La dissimulation du danger lié au nuage de Tchernobyl qui a traversé la France au printemps 86. Le Service central de protection contre les rayons ionisants que dirigeait Pierre Pellerin avait diffusé des messages rassurants sur l’impact du nuage alors que d’autres pays européens effectuaient des recommandations envers la population. Un rapport d’experts publié en août a fait état d’une recrudescence des troubles liés à la thyroïde en Corse après 1986 mais la Cour d’Appel a estimé que les analyses scientifiques s’accordaient pour dire qu’il n’y avait pas eu de conséquence sanitaire mesurable en France. Le pourvoi en cassation reste le seul recours pour les victimes et les associations.
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élargissement à 30 km avait été décrété pour les zones où les doses de rayonnement dépassaient les 20 mSv/an. Six mois après la catastrophe, les éléments radioactifs déposés sur le sol et concentrés par la pluie, empêchent encore le retour des populations dans ces zones. Le césium 137 met par exemple 30 ans pour disparaitre de moitié. « L’exposition au panache représentait une dose forte dans un délai court. Les dépôts radioactifs constituent aujourd’hui des doses beaucoup plus faibles mais ils supposent une exposition durable qui peut aussi se révéler dangereuse », explique Didier Champion, directeur de l’environnement à l’IRSN. Le gouvernement a reconnu qu’une zone de 3 km autour de la centrale ne serait pas habitée à nouveau avant plusieurs dizaines d’années. Mais selon les experts, dans le périmètre totalement évacué des 20 km, certaines villes hautement contaminées devraient subir le même sort. Les conditions météorologiques ont en effet créé des "hotspots" hétérogènes où la radioactivité est particulièrement forte au sein des 20 km et parfois encore plus loin d’après des mesures effectuées par des universitaires japonais. La question reste désormais de déterminer à partir de quelle dose de rayonnement les Japonais pourront et voudront rentrer chez eux. Le gouvernement souhaite le retour des populations dès la stabilisation de la centrale dans les zones où la dose de rayonnement est inférieure à 20 mSv/an. Ce seuil fait pourtant débat depuis son annonce en mai. Des ONG japonaises ont ainsi interpellé le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme afin de venir constater la violation des droits des enfants et des femmes enceintes maintenus dans des zones dangereuses. Elles sont appuyées par des associations telles que « Sortir du Nucléaire » qui exhorte notamment d’évacuer les enfants situés dans des zones où les doses de radiation dépassent les 1 mSv/an. De son côté, l’IRSN préconise une dose maximale de 10 mSv/an. « Avec 20 mSv/an, le Japon s’appuie sur des recommandations internationales. Il ne s’agit pas que de critères sanitaires mais aussi de critères de gestion. Cela laisse aux Etats le soin d’évaluer le compromis entre le bénéfice pour la population et la contrainte de déplacement », explique Didier Champion. Réduire la dose à 10 mSv/an signifierait par exemple l’évacuation de 70 000 personnes supplémentaires. Une décontamination peu efficace Pour que la population puisse revenir, le gouvernement envisage la mise en place d’un plan de décontamination à grande échelle : lavage des bâtiments au jet, raclage de la couche superficielle de terre ou de goudron en priorité dans les écoles. Mais plusieurs questions subsistent : que faire de l’eau et de la terre contaminée ? Dans les stations d’épuration, les boues hautement radioactives s’accumulent. « Plus on concentre les déchets, plus le danger augmente », insiste Didier Champion. Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé qu’une grande partie de ces déchets pourrait être stockée dans la zone "condamnée" des 3 km. Mais cette solution a ses limites. « Pour décontaminer les zones urbaines, ces méthodes peuvent se révéler efficaces mais pas dans les milieux naturels : forêts, terres agricoles. On ne peut pas enlever une couche de terre dans chaque champ », ajoute Didier Champion. Déjà affecté par le retrait des produits contaminés ces six derniers mois, le secteur de l’agriculture risque d’être touché à très long terme par la catastrophe. Avec le récent scandale de la vente de bœufs contaminés dans des restaurants aux quatre coins du Japon, le système de mesures radiologiques de la nourriture - décentralisé et effectué par des employés municipaux ayant peu de moyens - est apparu peu efficace. Aujourd’hui, la population japonaise n’est pas prête à consommer de la nourriture venant de cette zone ou de l’océan : « la région de Fukushima était l’une des meilleures zones de pêche. Aujourd’hui les produits de cette zone sont bradés dans les supermarchés et personne n’en veut », explique David Boilley. Le gouvernement a néanmoins annoncé un plan de grande envergure visant à soutenir les victimes de l’accident. Parmi les mesures, il prévoit la mise à disposition de logements, la possibilité de bénéficier d’un suivi sanitaire pour les habitants hors zone, une aide pour la décontamination prioritaire des écoles, pour le maintien de l’emploi et des prêts aux entreprises. Alors que le Japon traverse aussi une crise financière et politique après la démission de son premier ministre Naoto Kan, nul doute que la reconstruction s’annonce difficile.
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