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«256 salariés devront quitter l’entreprise dans les prochaines semaines», annonce le fabricant de cellules photovoltaïques Q Cells. Après la publication de pertes importantes lors des six premiers mois de l’année 2011, l’entreprise berlinoise se lance dans un «programme de restructuration» qui prévoit, outre le licenciement d’un salarié sur huit, un plan de réduction des coûts administratifs fixé à 30%. L’entreprise emploie 2500 salariés. Chez Solarworld, autre grand nom de l’industrie solaire allemande, 200 intérimaires sur les 500 que l’entreprise emploie, ont été licenciés en septembre. Chez Conenergy, également un fabricant de cellules photovoltaïques, le travail intérimaire prime également sur les contrats à durée indéterminée. Et là encore, le licenciement figure à l’ordre du jour. La situation est pour le moins paradoxale : alors même que Berlin mise sur les nouvelles énergies pour assurer la sortie du nucléaire, l’industrie du solaire se trouve en plein marasme, une débâcle que les salariés paient au prix fort. Comment cela est-il possible ? Concurrence chinoise
D’une part, Berlin a réduit ses subventions à l’industrie solaire, le gouvernement ayant pris clairement parti pour l’éolien dans sa nouvelle politique énergétique. D’autre part, la concurrence venant de Chine s’annonce redoutable : car, contrairement au gouvernement allemand, Pékin soutient toujours son industrie solaire, qui bénéficie en outre de prix de production moins élevés qu’en Allemagne, en raison principalement des bas niveaux de salaire. Ces circonstances permettent donc aux fabricants chinois d’investir le marché allemand avec des panneaux solaires de bonne qualité à moindre prix. Or, si l’argument économique a son poids, aux yeux du syndicat IG Metall, il ne saurait expliquer à lui seul les dérives de cette industrie. Car le niveau des salaires dans la branche solaire en Allemagne reste modéré. Selon IG Metall, le salaire d’un travailleur intérimaire oscille entre 6,90 et 7,20 euros de l’heure contre 10 à 12 euros de l’heure pour les détenteurs de CDI. Cette différence salariale explique pourquoi les entreprises du solaire usent autant du travail intérimaire. Le syndicat allemand rappelle ainsi que chez Conenergy, les intérimaires ont pu représenter jusqu’à un tiers des 700 salariés du groupe. A quoi il faut ajouter les clauses beaucoup plus souples, aux yeux des employeurs, que celles applicables aux salariés détenteurs de CDI : les services peuvent s’étirer jusqu’à 12 heures d’affilées, le travail dominical ou du soir être rémunéré au même taux que le travail de jour. Une organisation dédiée au lobbying Pour IG Metall, il s’agit de briser cette dynamique de la production à moindre coût. « Celui qui pense pouvoir concurrencer la Chine grâce à de bas niveaux de salaires se trompe », assène Detlef Wetzel en charge des intérêts des salariés du solaire chez IG Metall. Il faut au contraire assurer l’avance technologique de l’Allemagne. Miser sur le «Made in Germany» en quelque sorte. « Il nous faut conserver notre avance technologique », poursuit le syndicaliste, « et cela ne pourra se faire qu’avec des salariés bien formés et rémunérés correctement ». Le syndicat allemand cherche donc à introduire un «Flächentarifvertrag», soit un salaire minimum applicable dans toute la branche. Il est nécessaire de rappeler ici que le salaire minimum tel qu’appliqué en France n’existe pas outre-Rhin. Ce sont les syndicats de salariés et les organisations patronales qui fixent eux-mêmes, par voie de négociations, les niveaux de salaire par branche. Or, si les branches industrielles comme la chimie ou l’acier disposent d’une représentation patronale lors des négociations salariales, la branche du solaire n’en dispose d’aucune. En effet, la Fédération allemande de l’industrie du solaire ne se considère pas comme une instance de représentation patronale mais comme une organisation purement destinée à la défense de ses intérêts, en clair au lobbying. Ce faisant, elle coupe l’herbe sous le pied du syndicat IG Metall, celui-ci ne disposant pas de partenaire pour entamer des négociations salariales. Malgré ces difficultés, IG Metall avance ses premiers succès. Chez Bosch-Solar-Energy par exemple, un plan salarial a été défini pour l’ensemble des effectifs de l’entreprise et le temps de travail a été réduit de 40 à 38 heures par semaine. Les apprentis bénéficient de surcroît d’une garantie d’embauche après leur formation. « Les plans salariaux en entreprise restent le premier pas à faire vers un plan plus vaste qui concernera toute la branche du solaire», précise Detlef Wetzel. « C’est l’unique moyen d’exclure une concurrence entre entreprises allemandes sur le terrain des salaires et des conditions de travail ». Et d’assurer la consolidation de l’industrie allemande du solaire grâce à son avance technologique - et à ses salariés.
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