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La filière du bois-énergie devrait contribuer à hauteur de 42% dans la course aux 23% d’énergies renouvelables (EnR) dans la consommation énergétique française en 2020. Le colloque organisé le 30 juin par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) s’est donné pour mission de dégager les besoins de la filière, ses ressources et ses perspectives. Le modèle allemand est apparu d’emblée comme une référence à suivre. « L’exemple de l’Allemagne est riche d’enseignements. Au début des années 1990, il ne comptait que 1% d’EnR dans sa production énergétique. Aujourd’hui, il en totalise 11%, avec 370 000 emplois à la clé. Et même si le prix de l’énergie est plus cher, cela n’a pas eu d’incidence sur la compétitivité des industriels allemands. C’est ce type de politique ambitieuse et à long terme qu’il faut mener », a lancé en introduction Jean-Louis Bal, président du SER. La France est d’ailleurs le n°2 du bois-énergie en Europe, derrière l’Allemagne, avec une production de 9,8 Mtep d’énergie primaire à partir de biomasse en 2009 contre 11,2 Mtep outre-Rhin. Des perspectives aux niveaux industriel et collectif
En France, la biomasse actuelle produit essentiellement de la chaleur. Les deux tiers alimentent les chauffages de particuliers (poêles, inserts ou chaudières), avec un réseau de 6 millions de foyers équipés, dynamisé par les crédits d’impôt (1). La croissance la plus forte dans les dix prochains années est attendue sur un autre secteur : la production de chaleur à usage industriel ou collectif. Cette production devrait, selon le SER, plus que tripler d’ici à 2020, passant de 2,8 Mtep à 9 Mtep. Les incitations du Fonds Chaleur ont d’ores et déjà accompagné ce développement. « Ce soutien doit bien sûr être pérennisé », ont appelé de concert tous les intervenants. L’autre secteur, dont la croissance est attendue, mais qui tarde à se concrétiser, est la production d’électricité à partir de biomasse, grâce à des installations de co-génération (chaleur et électricité). Si en théorie, une multiplication par trois de la production tient lieu d’objectif pour 2020, la réalité montre plusieurs résistances : le tarif d’obligation d’achat, réduit de 3,6% en janvier 2011, et les appels d’offre dits CRE, proches du fiasco, qui n’ont donné naissance qu’à huit projets depuis 2004. Les plaquettes forestières en tête
Pour alimenter ces installations énergétiques de grande taille, plusieurs combustibles sont disponibles sur le marché, avec à leur tête les plaquettes forestières. « Elles représentent l’enjeu de la filière, devant les granulés et le bois recyclé » n’hésite pas à affirmer Olivier Bertrand, chef du département bioénergies au SER. Les plans d’approvisionnement de plusieurs industriels le confirment, comme celui d’Airbus, qui a opté pour la co-génération pour son site de Toulouse. « Notre consommation actuelle représente sur ce site 260 000 MWh de gaz par an. La cogénération nous permet de chauffer 60 000 mètres carrés supplémentaires de bâtiment pour 1 MWh d’énergie en plus. Quant à notre plan d’approvisionnement, établi avec la première coopérative forestière de Midi-Pyrénées, il se compose de 70% de plaquettes forestières, 25% de bois connexes et 5% de déchets de bois qui proviennent de nos sites » explique Sébastien Elissalde, responsable énergie à Airbus Toulouse. Des ressources disponibles à mobiliser
Y-aura-t-il assez de bois en 2020 pour répondre à ces nouveaux besoins ? Antoine Colin, chef de projet à l’Inventaire Forestier National (IFN), est résolument optimiste. Le stock de bois sur pied augmente de façon constante de 25 millions de mètres cube par an depuis les années 1980. Au total, le volume disponible pour le bois-industrie et le bois-énergie s’élève en théorie à 68,1 millions de mètres cube par an (dont la majeure partie provient de feuillus). L’obstacle tient surtout à l’accès aux parcelles forestières, détenues aux trois quarts par des propriétaires privés. A ce niveau, une structuration s’impose. « La Suède peut servir d’exemple avec 60% des propriétaires forestiers rassemblés au sein de groupements de producteurs et de nombreux opérateurs intermédiaires qui interviennent au cœur de la forêt » estime Alain Jacquet, directeur de la coopérative Forêt et Bois de l’Est. « Avec 4 à 5 millions d’euros de soutiens, cela permettrait aux propriétaires de reboiser et de replanter leurs parcelles » demande Jean-Pierre Michel, président de France Bois Forêt (2). De son côté, l’ONF gère un quart de la forêt et estime avoir atteint son maximum d’exploitation en forêt domaniale. Seule, la forêt communale détient encore une marge de manoeuvre de 2 millions de mètres cube. « Il ne faut pas oublier que certaines surfaces ne peuvent être mobilisées car elles sont en phase de croissance » rappelle Sébastien Genest, président d’honneur de France Nature Environnement. La question de la disponibilité de la ressource reste en suspens. « Il est important de créer un Observatoire national de la biomasse et de réaliser des audits des plans d’approvisionnement locaux » conclut Sandra Le Bastard, du service Bioressources à l’Ademe. Le SER, quant à lui, prépare un Livre blanc sur les EnR à destination des candidats à l’élection présidentielle de 2012, dans lequel il compte rappeler les besoins de la filière biomasse. (1) 36% en cas de remplacement et 22% en cas de primo-acquisition d’après la loi de finances 2011 (2) France Bois Forêt est une organisation interprofessionnelle qui réunit des propriétaires et des gestionnaires publics et privés ainsi que des pépiniéristes et des transformateurs.
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