Des besoins énergétiques divisés par 2 en 2050 ?

Planète \Energies \Energies renouvelables

Publié le 04-10-2011

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Sobriété, efficacité et énergies renouvelables. Voilà les 3 clés qui devraient nous permettre d'envisager un avenir énergétique soutenable selon l'association négaWatt. Celle-ci vient de présenter son nouveau scénario énergétique à horizon 2050, sans CO2, ni électricité nucléaire.

Alors que la question énergétique devient de plus en plus incontournable dans l’agenda politique, négaWatt livre une nouvelle version de son scénario prospectif 2050 paru une première fois en 2003. Pour celui-ci, l’association qui compte un noyau dur d’une vingtaine d’experts et praticiens de l’énergie et du bâtiment se base sur 3 principes clés : la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables.

Un changement technique…

Contrairement à la majorité des scénarios, négaWatt s’est attaqué à la question énergétique en partant de la consommation et non de la production, tout en envisageant l’énergie dans son ensemble sans se focaliser uniquement sur l’électricité, qui, rappelons-le, ne constitue que 21 % de notre énergie. En s’orientant vers une démarche de sobriété et d’efficacité, on dégage ainsi d’importantes économies d’énergie, particulièrement dans le bâtiment, qui représente aujourd’hui 40% de notre consommation énergétique et pourrait voir sa consommation réduite de 63 % (plus de 600 térawatt-heures) par rapport à un scénario tendanciel, mais aussi dans les transports (400 TWh, soit -67%) et l’industrie (200 TWh d’économie, soit 50%).

L’exemple allemand
Utopiste le scénario négaWatt ? Pas tant que ça si l’on regarde outre Rhin. Une étude très fouillée de Global Chance et de l’Iddri montre en effet que si les deux pays avaient une consommation énergétique quasi équivalente en 1991, les Allemands se sont fortement engagés dans la voie de la sobriété contrairement aux Français. Aujourd’hui, nous consommons ainsi 8% de plus que nos voisins en termes de transport et 11% de plus pour l’électricité (par habitant). Les raisons tiendraient à une politique énergétique plus cohérente et ambitieuse de la part de l’Allemagne selon Michel Colombier de l’Iddri. Grâce à des politiques pérennes, plus ciblées et adaptatives (ex : prêts de l’Etat pour travaux conditionnés aux résultats de ceux-ci en termes d’efficacité énergétique, offre d’appareils très économes, prix de l’électricité plus élevé et multiplication des initiatives locales (parfois relayées au niveau fédéral), les Allemands ont clairement été incités à réduire leur consommation énergétique. Parallèlement, un gros effort de R&D a été mis en place pour développement les filières des énergies renouvelables : « il y a une très forte croyance populaire dans l’avenir de ces énergies. Le modèle alternatif est devenu la norme », souligne Céline Marcy de l’Iddri.

Le résultat apparaît comme plus que tentant : en partant sur cette base, il nous faudrait, en 2050, 2,2 fois moins d’énergie que dans un scénario tendanciel. Pour les couvrir, exit ou presque les énergies fossiles. La part du pétrole et du gaz naturel se réduit à une portion congrue, respectivement de 896 TWh à 42 TWh, et de 496 TWh à 33 tWh. Quant au nucléaire, négaWatt en prévoit la disparition totale aux alentours de 2033. « Nous n’avons pas de religion anti-nucléaire, prévient d’emblée Thierry Salomon, le président de l’association. Nous pensons seulement qu’à partir du moment où notre regard n’est pas rivé sur le seul problème du carbone, l’atome ne répond pas aux critères de développement soutenable et qu’il est au contraire un fardeau pour les générations futures. Pour nous il s’agit d’une énergie de transition ».

C’est donc vers un mix très large d’énergies renouvelables, qui couvriraient plus de 90% des besoins en chaleur et mobilité et près de 100% des besoins en électricité spécifique (appareils électroménagers notamment) que se tourne négaWatt. Le problème de la fluctuation de ces productions à base de solaire, d’éolien ou de biomasse est en partie contourné par la « mise en place de moyens de stockage à différentes échelles de quantité et de puissance et à différents points du réseau » grâce à des nouvelles technologies telles que la méthanation, une solution en plein développement en Allemagne qui permet de transformer l’électricité en molécule de méthane. Grâce à ces choix, les experts prévoient en 2050 une division par 16 de nos émissions de CO2 d’origine énergétique par rapport à 2010.

…mais aussi et surtout sociologique et politique

Ce « changement radical du paysage énergétique », passe cependant par une mutation tout aussi fondamentale de nos comportements et des orientations politiques. Et c’est sans doute là le plus grand défi de ce scénario. Au niveau économique d’abord, il suppose une profonde évolution de l’industrie. Là encore, la démarche négaWatt envisage de changer de perspective en adoptant la production à nos besoins et non l’inverse : en réduisant les quantités de matériaux, en substituant certains d’entre eux par d’autres plus économes en énergie ou renouvelables, en réintroduisant la « réparabilité » des objets, ou en travaillant sur l’efficacité énergétique des process par exemple. Quant à l’agriculture, les experts qui se basent sur le scénario Afterres 2050 (1), envisagent une division par 2 des cheptels et par 5 de l’élevage intensif, avec un développement de l’agriculture biologique. Les particuliers, eux, devront repenser leur manière de se déplacer : en ville, les petits véhicules électriques en auto-partage ou des taxis collectifs viendront remplacer la voiture individuelle et pour les plus grands trajets, les voitures rouleront au gaz naturel, comme c’est déjà le cas en Italie. Pourtant, « la France du scénario négaWatt ne vit pas dans la privation, tient à rassurer l’association. Les Français ne consomment pas moins mais mieux ».

Cela ne se fera pas sans une forte impulsion politique. Ce sera notamment aux élus de repenser la ville, plus dense, mais aussi les espaces ruraux et de multiplier les offres de transports publics ainsi que de centres de télétravail, comme on peut en voir aux Pays-Bas. Ce sera à l’Etat d’inciter les copropriétaires à réaliser les travaux d’efficacité énergétique nécessaires et de favoriser le développement des filières des énergies renouvelables. Or, si Thierry Salomon avoue « avoir cru au Grenelle de l’environnement » auquel son association a participé, son enthousiasme s’est émoussé. NégaWatt a d’ailleurs refusé de participer à la table ronde sur l’efficacité énergétique, expliquant que « sur pratiquement tous les thèmes imposés » par celle-ci, « des groupes de travail multipartites ont déjà rendu leurs conclusions » lors du Grenelle. Or, « à de rares exceptions près, elles attendent toujours une traduction en décrets et arrêtés d’application ». « Par exemple, sur les bâtiments neufs, les dispositions prises par le Grenelle sont intéressantes mais il a fallu se bagarrer pendant 3 ou 4 ans pour qu’elles ne soient pas mises en pièces », insiste Thierry Salomon. Pour mettre en œuvre leur scénario, les experts préconisent ainsi une forte décentralisation des décisions et de la production énergétique, le vote d’une « loi d’orientation et d’engagements pour la transition énergétique » après consultation de tous les acteurs impliqués (Etat, partenaires sociaux, société civile, parlement et collectivités locales), l’instauration d’une fiscalité taxant les externalités énergétiques négatives ainsi que la création d’une Haute Autorité indépendante de l’énergie, du climat et de l’environnement. Des pistes qui sont à disposition de tous les candidats à la présidentielle. A voir s’ils sauront s’en saisir et préciser le scénario qui laisse malheureusement de côté la question du financement.

(1) Le scénario Afterres 2050 a été défini par l’association Solagro qui applique la même démarche de sobriété et d’efficacité à toutes les chaînes de la production agricole. Il est centré sur une évolution de l’alimentation visant un meilleur équilibre nutritionnel et une réduction des surconsommations actuelles de glucides, lipides et protéines animales.

Béatrice Héraud
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