|
Le 4 juillet à Brest, Jean-Yves Le Drian, qui vient de troquer sa casquette de président de la région Bretagne contre celle de ministre de la Défense, n’est pas venu visiter le futur site chantier des éoliennes off-shore. Nouvelle fonction oblige, il s’est consacré à la base des sous-marins atomiques de l’île Longue, en pleine rade de Brest. Il est malgré tout à l’origine d’un ambitieux plan de développement du port de commerce, pour lequel la région vient d’ouvrir une concertation publique. Budgété à 134 millions d’euros, ce plan prévoit deux axes principaux : le dragage de la rade pour faciliter l’import export agro-alimentaire (poulet low cost, soja OGM, fruits et légumes…) et la mise à disposition de 36 hectares pour les constructeurs d’éoliennes. Ces deux axes sont pour le moins paradoxaux, soulignent les associations de protection de l’environnement, qui ont malgré tout décidé de participer à la concertation. « Notre rôle est de signaler les points de vigilance, que ce soit sur le dragage, qui prévoit d’enlever 1,4 millions de tonnes de sédiments, ou encore sur la protection des espèces remarquables », estime Arnaud Clugery d’Eaux et Rivières de Bretagne, dont l’association se déclare, comme son homologue Bretagne Vivante, pour les énergies renouvelables. Dans la course aux champs d’éoliennes off-shore, attribués par appel d’offre en avril 2012, le site de Brest n’a pas récupéré la plus grosse part du gâteau. Il n’accueillera pas d’usine de fabrication : Alstom, le partenaire d’EDF EN, a préféré Saint-Nazaire et Cherbourg. Le port breton a tout de même été retenu à la fois par EDF EN et Iberdrola, le premier pour le stockage et l’assemblage des éoliennes du champ de Saint Nazaire et le second pour la construction des fondations du champ de Saint Brieuc. Fait nouveau, EDF EN envisage sérieusement d’élargir son activité à Brest en y installant, lui aussi, la construction des fondations. « Ils viennent de nous demander 15 hectares supplémentaires », se réjouit le chef de projet pour la Région, Jean-Jacques Le Norment. Autre élément positif, le projet Winflo d’éoliennes flottantes pourrait finalement s’installer à Brest, avec en ligne de mire, la construction de cent machines. Pour accueillir les trois projets, la région et la Chambre de commerce de Brest, qui exploite le port, prévoient de conquérir quinze nouveaux hectares sur la rade, via la construction d’un nouveau polder et de bâtir un nouveau quai de 360 m. Non au débat public, oui à la concertation Bien qu’important, ce chantier ne nécessite pas un débat public, estimait la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), dans un avis rendu en mars 2012, du fait que le chantier « ne revêt pas un caractère d’intérêt national ». Mais la CNDP a tout de même recommandé une concertation, sous l’égide d’une personnalité indépendante. La région, en tant que propriétaire du port depuis 2007, a suivi son avis : après une large communication (90.000 dépliants distribués, des encarts dans la presse), une première réunion d’information réunissait 250 personnes, le 26 juin dernier. Information, ou concertation ? Présent à la réunion, Daniel Malengreau, administrateur de l’association Bretagne vivante, se méfie : « Quel est le sens de la concertation ? Que fera-t-on si des sédiments dragués sont trop pollués ? Beaucoup de questions restent sans réponse ». Mais il concède que la concertation vient tout juste de commencer et qu’il est donc prématuré d’avoir une opinion définitive. Face à ce début de suspicion, Jean-Jacques Le Norment plaide la volonté sincère de concertation de la part de la Région, que ce soit auprès des associations environnementales, des utilisateurs du port et des riverains. « Beaucoup de variables ne sont pas fixées et peuvent faire l’objet d’un dialogue. Par exemple, une partie du polder existant, non exploité, va être utilisée pour les éoliennes alors que c’est un lieu de promenade très apprécié. Il y a là un des plus beaux points de vue sur la rade, qui va disparaître. On cherche donc des alternatives, avec une architecte paysagiste et les associations du quartier Saint Marc : on pourrait construire un belvédère, un site pédagogique sur les énergies renouvelables… ». Suite à la réunion de juin, la concertation s’est prolongée par deux réunions thématiques et l’ouverture d’un site web en juillet, sur lequel les parties intéressées peuvent déposer des contributions. Période estivale ou sujet finalement assez consensuel...à la date du 12 juillet, aucune contribution n’avait été postée. Pour la suite de la concertation, il faudra attendre septembre et octobre 2012. Brest mise sur l’agro-alimentaire « low cost » Reste le deuxième axe de développement du port, qui met mal à l’aise les associations environnementales : il s’agit d’adapter la rade et les quais pour accueillir plus de porte-containers, ainsi que des vraquiers agro-alimentaires longs de 260 mètres, contre 225 mètres actuellement. Alors que le port de Brest abrite déjà une usine de trituration de soja OGM (Cargill) destinée à l’élevage breton, ainsi que des entrepôts surgelés, pour l’export du poulet de batterie au Moyen-Orient, cet axe revient à renforcer l’import export d’une alimentation décriée par les environnementalistes. « A part les éoliennes, le développement du port se fait autour d’une agriculture intensive, constate Jacques Primet d’Eaux et Rivières de Bretagne. Ce n’est pas notre tasse de thé, mais la seule alternative serait de changer l’agriculture bretonne ! »
|