Activistes énergétiques : histoire d'un succès allemand

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Publié le 12-08-2011

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Ursula Sladek
Ursula Sladek

Rien ne prédisposait Ursula Sladek, 64 ans, institutrice de formation, à pousser ses concitoyens à la révolte énergétique. Jusqu'à ce que l'explosion de Tchernobyl et l'arrivée du nuage nucléaire à Schönau, un village de 2500 habitants dans la Forêt noire, propulse cette mère de cinq enfants à la tête d'une des plus grandes coopératives citoyennes d'Europe produisant et fournissant de l'électricité entièrement renouvelable.

"L'initiative est venue de notre impuissance. Mon mari et moi n'étions pas engagés politiquement, ni même dans le mouvement anti-nucléaire", nous explique Ursula Sladek. "Après Tchernobyl, nous cherchions un moyen de contourner l'énergie nucléaire, par le biais des économies d'énergie et par la réactivation de centrales hydrauliques. Mais nous n'avons trouvé que des portes fermées", se remémore-t-elle. Et de rapporter les propos de leur fournisseur d'électricité d'alors : "Vous voulez notre mort ? Nous ne voulons pas que vous économisiez de l'énergie. Nous voulons que vous en consommiez..."

Soutien des agences de publicité

Six ans après Tchernobyl et moult batailles administratives, la Compagnie d'électricité Schönau (EWS) voit finalement le jour grâce à une coordination de 650 personnes menées par Ursula Sladek et son mari Michael. Ces "Stromrebellen", les rebelles de l'électricité comme les surnomment la presse allemande, réussirent alors le tour de force à racheter la concession de distribution d'électricité du fournisseur traditionnel. Mais pour mener à bien leur projet, il leur a fallu également s'emparer du réseau de distribution, moyennant 2 millions de marks. Très vite, il est apparu qu'un appel aux dons était le seul moyen pour lever les fonds nécessaires. Certaines des plus grandes agences de publicité du pays ont alors offert de mener une campagne nationale - qui, contre toute attente, s'est avérée fructueuse. En quelques mois, la coordination a pu collecter le montant nécessaire pour se lancer enfin dans l'aventure de l'énergie alternative.

Car chez EWS, l'électricité n'est pas la seule composante alternative. Toute la structure et l'organisation de l'entreprise repose sur la participation citoyenne. Organisée en coopérative, Ursula Sladek définit EWS comme une "entreprise citoyenne" qui cherche à inciter les citoyens à prendre leur futur énergétique en main. La dérégulation du marché de l'énergie allemand en 1998 a également contribué au développement de la coopérative. "Depuis, chaque client en Allemagne a le droit de choisir lui-même sa source d'énergie. Il s'agit alors de les convaincre et de les aider à changer de fournisseur, en les informant et en leur donnant l'occasion de participer aux prises de décision. C'est ce que nous cherchons à faire", explique Ursula Sladek. A ce jour, EWS compte 1000 sociétaires.

Activisme et décentralisation énergétique

C'est par cet activisme qu’ EWS se démarque tout particulièrement des autres fournisseurs allemands d'électricité verte. Activisme envers les consommateurs, mais aussi envers l'industrie elle-même. "Changer pour un fournisseur d'électricité verte relève toujours d'un acte politique. Car on prive le fournisseur d'énergie conventionnelle d'une source de revenus alimentant le financement d'une électricité issue du nucléaire ou du charbon", poursuit l'ancienne institutrice. Mais ce n'est pas suffisantPour préserver la qualité écologique de l'électricité verte, il est essentiel qu'elle mène à une augmentation de son volume de production, et donc à une réduction des énergies conventionnelles. C'est pourquoi nous choisissons des installations qui n’on pas plus de six ans, afin de soutenir ceux qui en installent de nouvelles. Nous avons notre propre programme de soutien".

La démarche a du succès : d'1 million de kWh fournis à 1700 clients en 1998, EWS est passé à 400 millions de kWh pour plus de 100 000 particuliers et entreprises, dont la célèbre chocolaterie Ritter. Et depuis Fukushima, la coopérative peine à satisfaire au plus vite les nouvelles demandes qui affluent...
Pour aussi atypique qu'elle soit, l'histoire d'EWS s'inscrit cependant parfaitement dans le développement des énergies renouvelables en Allemagne.  EWS promeut en effet la décentralisation énergétique, fidèle en cela aux premiers architectes des énergies renouvelables allemands. "Une structure énergétique décentralisée permet au citoyen d’être indépendant des grands fournisseurs », résume Ursula Sladek. "Le soleil brille partout, le vent souffle partout, l'eau coule partout. Ces éléments nourrissent un grand nombre de petites centrales, gérées soit par les communes soit par les citoyens eux-mêmes. L'énergie nucléaire, c'est tout le contraire. Elle est concentrée sur quelques grandes centrales gérées par des acteurs extérieurs ». De fait, le canevas énergétique qu'offrent les nouvelles énergies s'adapte parfaitement à la structure fédérale du pays. Toutefois, Ursula Sladek observe avec intérêt la discussion en France. "Ce que nous avons fait est tout à fait réalisable en France. Le point de départ reste la volonté des citoyens à vouloir changer eux-mêmes". Selon un récent sondage, plus de six Français sur dix (62 %) expriment leur préférence pour un arrêt progressif "sur 25 ou 30 ans" du programme nucléaire hexagonal...

Article initialement publié le 8 juillet 2011

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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