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Un ours blanc, sur fond de plateformes pétrolières offshore « zéro émission » et de brise-glaces équipés de moteur « propre »… Ce paysage de carte postale est le fabuleux destin de l’Arctique imaginé par les dirigeants russes. La Russie concentre la moitié de la population de cette région, sur un tiers des terres. « L’avenir de notre économie, en termes de transport et d’infrastructures, aussi bien que de ressources minérales, passera par le Nord », affirmait la semaine dernière Sergueï Choïgou, ministre des Situations d’urgences et président de la Société géographique russe. Il s’exprimait devant plus de 450 experts et politiques, réunis les 22 et 23 septembre à Arkhangelsk pour un forum international sur le développement économique de ce nouvel eldorado (1). Afin de rassurer les écologistes, le Premier ministre Vladimir Poutine, conscient que l’Arctique abrite « l’écosystème le plus fragile de la planète », a annoncé la mise en œuvre d’une grande opération de nettoyage des déchets industriels abandonnés par le passé, en priorité sur l’archipel François-Joseph, situé au nord de la Russie. Mais la principale menace pour l’environnement réside probablement dans les ambitions actuelles du gouvernement. Une exploitation offshore risquée La région contribue pour 380 millions de tonnes à la production pétrolière annuelle de la Russie et pour 500 milliards de m³ à celle de gaz. L’objectif officiel est d’exploiter respectivement 44 millions de tonnes et 167 milliards de m³ supplémentaires d’ici à 2020, grâce à l’offshore en Arctique. Les deux mastodontes nationaux se partagent le gâteau : Gazprom a obtenu huit licences d’exploration et Rosneft quatre, selon Greenpeace Russie. Pryrazlomnaya, la première plateforme pétrolière située au large des côtes russes(2), a été remorquée de Mourmansk vers la mer Pechora en août. Gazprom a déjà investi 1,4 milliard de roubles (32 millions d’euros) dans cette installation, issue du recyclage de deux anciennes plateformes. Dans les conditions polaires, avec des températures glaciales, un vent fort, des vagues violentes, un tel projet relève de l’exploit technique. Or, tout en assurant qu’un risque de rupture ou de fuite de pétrole est « pratiquement exclu », la société refuse de rendre public son plan d’urgence en cas d’accident. La phase la plus dangereuse écologiquement, le forage d’exploration, doit pourtant commencer d’ici à la fin de l’année. « Aucun Etat ni aucune entreprise ne dispose aujourd’hui des techniques nécessaires pour nettoyer un déversement dans les eaux glacées », s’inquiète Zhenya Belyakova, coordinatrice du projet Arctique de Greenpeace Russie. Le ministère des Ressources naturelles a comptabilisé plus de 28 000 ruptures de pipeline l’an dernier dans le pays et les déversements de produits pétroliers dans l’océan Arctique atteindraient plus de 200 000 tonnes par an. Déjà, la biodiversité semble ébranlée avec la disparition d’une grande partie des espèces de poissons dans les rivières et la migration de certains mammifères vers le Nord. Source potentielle de pollution à plus grande échelle que les sites d’exploitation sur la terre ferme, la plateforme se situe en outre à moins de 100 km d’un parc naturel et de nombreuses réserves fédérales. Greenpeace et WWF ont lancé fin août une pétition pour suspendre ce projet. En un mois, près de 11 000 signatures ont été collectées. Etablir des règles internationales La nature pourrait également pâtir de la stratégie pour le transport maritime que le gouvernement russe veut développer dans l’Arctique, particulièrement pour les ressources en hydrocarbures. La fonte des glaces, qui a atteint un record cet été, ouvre des perspectives économiques inespérées : la route de la mer du Nord est le plus court chemin entre l’Europe et la région Asie-Pacifique. Le fret atteindrait près de 700 000 tonnes cette année. Mais les infrastructures de transports et logistique, obsolètes, ne peuvent pour le moment répondre à un afflux massif de marchandises. Vladimir Poutine a déclaré lors du forum son intention d’adapter les ports existants, d’en créer d’autres, et d’agrandir la flotte de brise-glaces. D’ici à 2020, au moins six navires seront construits, la moitié équipés de moteur à propulsion nucléaire et l’autre de moteur de type diesel-électrique. L’accroissement du trafic provoquera parallèlement celui des rejets polluants dans l’air et dans les eaux. Face à ces projets, les organisations environnementales réclament donc des normes internationales contraignantes pour réguler les industries pétrolières, maritimes et la pêche, interdisant notamment les forages et le passage dans certaines zones pour préserver la faune. Celles édictées par le Conseil de l’Arctique, en 1991, ne sont que des recommandations. Les associations commenceront à plancher sur le sujet en 2012. (1) Le Forum International sur l'Arctique se veut une plateforme d'échanges entre chercheurs, experts, politiques et entreprises intéressés par cette région. Il a été créé en 2010 par la Société géographique de Russie, une organisation scientifique fondée en 1845. La question du développement économique était au coeur de sa 2e édition, intitulée "Arctique: territoire de dialogue". (2)La plateforme pétrolière Leiv Eiriksson, de la compagnie écossaise Cairn Energy a commencé cet été à forer au large du Groenland.
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