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Le 30 juin dernier, les parlementaires entérinaient l’interdiction du recours à la technique de la fracturation hydraulique pour exploiter le pétrole et le gaz de schiste. Le texte, fragile juridiquement, ne devrait cependant pas faire l’objet de recours. Le délai de saisine du Conseil constitutionnel est passé et les industriels ne semblent pas prêts à contester la décision de l’Etat par le biais d’une procédure administrative. Pour autant vont-ils renoncer à leur permis ? Rien n’est moins sûr. Dès le 1er juillet, Toréador – qui recherche de l’huile de schiste dans le bassin parisien-, a fait savoir par un communiqué, que son « programme d’exploration ne prévoit pas l’utilisation de la fracturation hydraulique ». « Nous ne mettrons pas en œuvre cette technique sur nos permis. Nous communiquerons en temps voulu aux autorités françaises les documents et confirmations appropriés à cet égard », déclarait alors la société sans plus de détails. L’affirmation a pourtant de quoi laisser sceptique car aujourd’hui peu d’autres techniques existent sur le marché. Jusqu’où va la fracturation hydraulique ? Parmi les solutions alternatives, on connait notamment la « fracturation pneumatique », expérimentée aux Etats-Unis et qui consiste à injecter non pas de l’eau mais de l’air comprimé dans la roche mère afin de la désintégrer par des ondes de chocs. Une autre, inventée par l’entreprise canadienne Gasfrac Energy Services en 2006 consiste à utiliser du GPL, « un mélange de pétrole et de gaz naturels qui existent dans un état liquide à température ambiante lorsque ils sont sous des pressions modérées (moins de 1,5MPa ou 200 psi) » souvent assimilé au propane (voir document lié). Dans un communiqué de 2009, la compagnie québécoise d’exploration pétrolière et gazière Junex, explique ainsi comment fonctionne le procédé à travers un puits expérimental de faible profondeur (environ 500m) : « les opérations ont consisté à ouvrir les perforations avec 1m3 d’acide (HCI-20Be) et à injecter 61 tonnes de sables (40/70) propulsé par 251M3 de propane. » Selon les industriels, le procédé aurait l’avantage de ne pas utiliser les milliers de m3 d’eau nécessaires à la fracturation hydraulique, d’utiliser moins d’additifs, de réduire le nombre de camions à proximité des exploitations, sans oublier que le propane extrait pourrait être réutilisé. Mais la technique est aussi plus dangereuse notamment en termes de risque d’explosion, du fait de l’importante pression mise en œuvre, souligne-t-on chez Total. Ces techniques sont-elles très différentes de la fracturation hydraulique ? Selon Wikipedia, « la fracturation hydraulique est la dislocation ciblée de formations géologiques peu perméables par le moyen de l'injection sous très haute pression d'un fluide destiné à fissurer et micro-fissurer la roche. » N'importe quel fluide peut donc être utilisé, de l'eau, des gels, des mousses, des gaz azote, du dioxyde de carbone ou même de l'air. Le problème reste bel et bien qu’aucun texte législatif ou règlementaire ne vient définir précisément ce procédé. Ce qui rend la loi « inapplicable et attaquable », dénonce d’ailleurs FNE. Dans leur mission d’information sur les gaz de schiste (voir article lié), les rapporteurs parlementaires écrivaient eux aussi : « il convient de se montrer vigilant sur l’avenir de cette technologie (fracturation par propane, ndlr) qui, si elle venait à se voir généralisée, remettrait en cause l’interdiction établie par la proposition de loi actuellement en discussion au Sénat, puisque celle-ci ne proscrit que la fracturation hydraulique ». Mais pour Bruno Courme, le directeur Gaz Shale Europe de Total, il s’agit de « fausses bonnes solutions » et aujourd’hui il n’est pas question pour le groupe de parier sur l’utilisation de ces techniques qui sont assimilables à la fracturation hydraulique, estime-t-il. Lors du débat du 1er juin au Sénat, la ministre de l’Ecologie lui donnait d’ailleurs raison : « le propane à haute pression est un liquide et, quand on parle de fracturation hydraulique, on ne vise pas seulement l’eau, mais bien tout liquide. En interdisant la fracturation hydraulique, on interdit donc également la fracturation réalisée au moyen du propane. De toute manière, les préfets pourront interdire par arrêté une nouvelle technique que nous ne connaîtrions pas et qui verrait le jour. » Quelles autres véritables alternatives ? Malgré tout, les industriels ne semblent pas baisser les bras. Existe-il donc une autre technologie qui échapperait à l’interdiction de fracturation hydraulique ? Aujourd’hui, on parle essentiellement de la fracturation par arcs électriques, qui envoie des ondes de chocs électriques pour fracturer la roche. Deux brevets ont été déposés en mars 2011, mais cette technique reste pour le moment au stade expérimental et ne devrait pas être mise en œuvre avant quelques années. Si celle-ci aurait l’avantage de demander peu d’énergie, elle ne pourrait de toute façon être utilisée qu’en complément de la fracturation hydraulique, pour fracturer la roche aux abords du puits selon Total. Pour le groupe, à moyen terme, l’objectif est donc de montrer que la technique de la fracturation hydraulique -réalisée par ses soins du moins-, peut être « propre » et « maîtrisable ». C’est en ce sens que Total commence à ouvrir les portes de son centre de recherche de Pau aux journalistes. Surnommé « la Nasa du pétrole », le centre Jean Frégé compte près de 2 300 géologues, géophysiciens, foreurs, producteurs et autres, tous dédiés à l’optimisation de la recherche pétrolière et gazière. C’est là que sont réalisées par exemple les analyses des carottages (les tubes de roches extraits sur le terrain) et les modélisations du sol et des implications des forages…Sur place, on insiste sur la sécurité et la maîtrise de la technique : « quand nous avons montré notre cahier des charges aux auditeurs de l’administration pour leur rapport sur les gaz de schiste, ils ne nous croyaient pas », affirme Bruno Courme. Mais le groupe est prêt à aller encore plus loin pour faire accepter à terme, l’exploration du gaz. Par exemple, à l’installation de capteurs le long des puits d’extraction pour détecter les éventuelles fuites et donner l’alerte avant qu’il n’y ait contamination du sol ou des nappes phréatiques et même à les laisser après la fin de l’exploitation pour suivre les mouvements du sol. Surtout, pour la question cruciale de l’eau, Total propose l’utilisation des aquifères profonds des terrains de forage et dont l’eau, salée, est impropre à la consommation. Ou pourquoi pas de l’eau de mer, transportée par tuyaux ? « L’eau retraitée pourrait ensuite être utilisée par les agriculteurs », imagine même Bruno Courme. En attendant, s’il veut garder son permis, Total ne peut guère faire plus que du carottage. Mais le groupe espère encore que la loi s’assouplisse d’ici quelques années. Le changement de la loi actuelle, c’est aussi ce que veulent certains parlementaires. Mais dans une optique bien différente. Le 6 octobre, les députés PS et Verts, qui n’avaient finalement pas voté la proposition de loi Jacob, déposeront en effet un nouveau texte interdisant cette fois l’exploration et l’exploitation des gaz et huiles de schiste quelle que soit la technique et l’abrogation, avec effet rétroactif des permis déjà accordés. Reste que la proposition a plus pour objectif de montrer la solidarité entre les deux partis que de chance d’être réellement votée.
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