Novartis accusé de discrimination envers les femmes aux Etats-Unis

Discrimination au travail \Des inégalités persistantes entre hommes et femmes

Publié le 16-04-2010

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Site de East Hanover, New Jersey.
Site de East Hanover, New Jersey.
Novartis

Depuis le 7 avril, l'une des plus importantes actions collectives contre des discriminations faites aux femmes dans le monde professionnel se tient aux Etats-Unis. Sur le banc des accusés : la division pharmaceutique du groupe suisse Novartis mise en cause par 17 femmes qui veulent agir au nom de leurs 5600 collègues.

La multinationale suisse Novartis a-t-elle mis en place une pratique systématique de discrimination envers les femmes dans sa division pharmaceutique américaine ? C’est ce que tentera de démêler le procès qui s’est ouvert le 7 avril dernier à New York sur la base d’une action collective portée par 17 femmes, anciennement ou encore employées par Novartis à tous les échelons du département commercial. Celles-ci entendent agir au nom de leurs 5 600 collègues féminines qu’elles estiment discriminées à tous les niveaux : salaires, promotions, recrutement, évaluation, formations et plus généralement dans leur travail quotidien.

« Nous pensons qu’il s’agit là du cas le plus important de discrimination de genre jamais porté à la justice américaine », estime le cabinet d’avocats Sanford Wittels & Heisler qui représente les plaignantes. L’action collective s’appuie en effet sur les déclarations de 87 femmes qui attestent de traitements différenciés liés à la grossesse ou à la maternité, des cours de formation où l’on explique aux femmes la nécessité d’éviter de tomber enceinte, ou encore des commentaires hostiles de la part de managers masculins, tel l’un d’eux, justifiant sa préférence pour le recrutement d’hommes au détriment des femmes : « d’abord on tombe amoureuse, puis on se marie et viennent ensuite le temps partiel et le landau » !

Une discrimination systématique selon les plaignantes

L’une des plaignantes, Ms Velez, rapporte ainsi qu’après avoir été embauchée par Novartis comme représentante commerciale en janvier 1997, elle remporte de nombreux prix internes liés à ses très bonnes ventes dans le district de Washington DC. Pourtant, après être devenue consultante des ventes senior, elle restera bloquée à cette position suite à des refus de promotions systématiques, où des hommes lui ont a chaque fois été préférés. Pendant son congé maternité cependant, elle affirme avoir reçu des coups de fil fréquents de son manager concernant le travail (et ce en violation de la politique de Novartis, précise la plainte) et où celui-ci lui aurait indiqué qu’elle allait devoir travailler plus que les autres à son retour. Après son congé et malgré de très bonnes ventes, celle-ci s’est pourtant vue refuser à différentes reprises une formation très importante pour son évolution de carrière, le « Management development program », pour laquelle on lui a notifié que sa candidature ne serait pas non plus examinée dans le futur… Enfin, Ms Velez affirme avoir bénéficié d’une rémunération en deçà de celle de ses collègues masculins et de ce qu’elle pouvait prétendre au vu de ses très bons résultats. A bout, après un congé maladie due à une dépression directement causée, selon son psychiatre, par la discrimination et l’environnement de travail hostile en vigueur chez Novartis, et voyant ses opportunités de carrière verrouillées, Ms Velez fini par démissionner en avril 2004. Des griefs qui se répètent dans les différents cas exposés dans la plainte, avec parfois des cas de harcèlements sexuels.

Des plaintes infondées selon Novartis

« Les déclarations des plaignantes sont infondées » et Novartis « conteste fermement les allégations faites dans ce procès », déclare pour sa part un porte-parole du groupe à Novethic, tout en refusant de commenter les détails spécifiques de celui-ci. Selon le compte rendu du premier jour d’audience d’Associated Press toutefois, l’avocat de la firme, Richard Schnadig, a expliqué que sur les 14 000 employés que compte Novartis aux Etats-Unis, « un nombre important de postes à responsabilité sont occupés par des femmes » et que si 70% de ses directeurs commerciaux sont des hommes, il s’agit d’un problème de démographie hérité de l’époque où peu de femmes entraient sur le marché du travail. Ainsi, alors que l’avocate des plaignantes exposait le cas de l’une des victimes, harcelée par un ex-manager de la multinationale qui avait l’habitude de montrer aux femmes des photos pornographiques et de leur demander de s’asseoir sur ses genoux, l’avocat a insisté sur le licenciement de celui-ci deux ans avant l’engagement des poursuites. Avant d’ajouter : « ce n’était pas un si mauvais manager, il était juste affreux avec les femmes »…

Pour l’avocat des plaignantes, David Sanford, « les femmes employées par Novartis ont été soumises à une discrimination systématique pendant des années et continuent à l’être. Ces femmes ont payé le prix d’une culture d’entreprise acceptant que l’on traite les femmes avec hostilité. Je suis confiant sur l’issue de ce procès, qui doit permettre de mettre un terme à ces pratiques illégales ». La fin du procès est attendue dans quatre semaines. Outre 200 millions de dollars (148 millions d’euros) de dédommagement financier, les plaignantes demandent également  à ce que l’entreprise mette en place un système pour prévenir ces discriminations et remédier à celles qui ont déjà eu lieu, ainsi que la création d’un groupe de travail destiné au suivi de ces mesures.

Béatrice Héraud
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