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"Patrons papas. Paroles de dix dirigeants sur l'équilibre entre travail et vie privée". L’ouvrage publié par l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse) à l’occasion de la journée de la femme le 8 mars, résulte de deux constats : d’une part, c’est en donnant aux hommes la possibilité d’avoir une vie familiale que les femmes pourront investir le monde de l’entreprise et accéder aux responsabilités. Et, d’autre part, les politiques d’égalité doivent être portées par les dirigeants eux-mêmes pour se développer. D’où l’idée de les faire témoigner sur leur propre expérience. « Celui qui dirige l’entreprise est le mieux placé pour donner le cap », résume Daniel Lebègue, président de l’Orse. Partant de cette exemplarité supposée, l’ouvrage donne donc la parole à des dirigeants de grandes entreprises, afin qu’ils expliquent comment ils concilient eux-mêmes vie professionnelle et vie familiale. Si l’idée semble a priori séduisante, ces dix témoignages risquent pourtant de rater leur objectif. En effet on comprend vite, en les lisant, qu’ils ne sont pas confrontés à ce dilemme. Jean-Paul Bailly, président de La Poste (63 ans, deux enfants), explique ainsi : « En ce qui concerne mon implication vis-à-vis de mes enfants, je dirais que c'est équilibré, mais beaucoup moins équilibré pour les autres tâches! Mon épouse a fait une carrière au cours de laquelle elle a alterné temps pleins et temps partiels, lorsque nos deux garçons étaient plus jeunes ». Une « alternance » rarement pratiquée par les hommes et qui est encore trop souvent synonyme d’une moindre progression de carrière… Autre témoignage, celui de Stéphane Richard, directeur général de France Telecom (48 ans, cinq enfants) : « Lors d'une journée type parisienne, je commence par déposer mes enfants à l'école, puis je suis à mon bureau vers 8h45 (...) J'essaie d'organiser ma vie pour les voir un moment tous les jours. Le soir, c'est malheureusement rare, car j'ai souvent des engagements.» Par ailleurs, comme l’admet Stéphane Richard, « emmener ses enfants à l’école quand une voiture avec chauffeur vous attend est beaucoup plus facile qu’en prenant le métro ». Car ces « patrons papas » disposent d’un appui matériel qui ne reflète pas la situation des mères et des pères cadres et managers, confrontés à ce difficile équilibre sans disposer de ces facilités … Agnès Touraine, la présidente de Act3 Consultants, invitée à débattre sur cet ouvrage, porte un regard sans concession sur la question : « les discours qui sont tenus sont inversement proportionnels à la réalité ! Il y a un vrai décalage entre les attentes des femmes et la vie des entreprises, surtout dans le top management ». Et un vrai paradoxe : si beaucoup s’accordent en effet pour dire que l’« on est plus performant dans son métier et qu’on résiste mieux à la pression avec une vie privée épanouie », la culture « présentéiste » est encore bien vivace… ! Les entreprises ont beau signer des chartes et des accords sur le sujet, peu d’hommes osent refuser des offres de mobilité, ou simplement prendre les 15 jours de congé parental accordés par la loi.
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