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Au deuxième sous-sol, l'Assemblée Nationale fait salle comble. Le colloque « Téléphonie mobile, Wifi, Wimax et santé » était organisé par le député vert Noël Mamère, en relation avec les associations Robin des Toits et Criirem (Centre de Recherche et d'Informations sur les Rayonnements Electromagnétiques). Dans l'assistance, entre les politiques et les associatifs, se pressent de nombreux anonymes, casquette sur la tête, gilet maillé d'argent ou foulard laiteux noué autour de la nuque. Sensibles aux champs électromagnétiques du Wifi ou du téléphone mobile, ces personnes atténuent la force des rayonnements ambiants à l'aide de tissus spéciaux, « blindés ». Mobile cancérigène, mutagène et reprotoxique ?
« Je n'ai pris conscience que depuis quelques mois de l'extrême gravité des pollutions par champs électromagnétiques. Jusqu'alors, je me posai la question. Notamment en matière de survenue de leucémies infantiles à proximité des lignes haute tension, » explique le professeur Dominique Belpomme, cancérologue à l'hôpital Georges Pompidou. « Nous avons eu en consultation près de 80 personnes souffrant d'un syndrome d'intolérance aux champs electromagnétiques (SICEM). Cette forme extrême se distingue de l'électrohypersensibilité que nous pouvons tous ressentir. » « Aujourd'hui, avec les téléphones mobiles, nous avons dépassé la ligne jaune du tolérable sanitaire. L'exposition chronique aux champs électromagnétiques est source d'effets génotoxiques ou de cancers. Un cadre de maladies que j'appelle « CMR », c'est à dire cancérigène, mutagène ou reprotoxique, » poursuit le Président de l'ARTAC, qui souligne également le danger pour les femmes enceintes et leur fœtus. Sortir de la psychiatrie
Pour le professeur Belpomme, l'intolérance aux champs electromagnétiques est une maladie du système nerveux central, évoluant par périodes. « Nos examens ont montré des variations du débit vasculaire dans le cerveau et l'apparition de protéines de stress. Si la corrélation des dosages avec le syndrome d'intolérance se confirme, nous aurons peut-être un test prédictif, » espère le chercheur. L'objectif, avec ces critères, est de dresser un véritable tableau clinique en mesure d'aider le médecin généraliste à différencier les symptômes et pouvoir porter un diagnostic. « Et ne plus systématiquement orienter en psychiatrie les personnes présentant cette intolérance. » En Suède, la prise en charge sociale de l'électrosensibilité est toute autre. Reconnu comme un handicap fonctionnel, l'électrosensibilité devient alors un objet de lobbying afin de rendre les lieux de vie et espaces publics « accessibles » aux personnes intolérantes. Au même titre que d’autres handicaps, il s'agit de soigner l'environnement et non plus l'individu. Le droit à un environnement « électro-accessible » ?
« Les employeurs ont le devoir d'adapter le poste de travail pour limiter ses rayonnements électromagnétiques et le rendre compatible avec l'état de la personne. La Ville de Stockholm peut prendre en charge certains travaux liés au logements, comme la pose de papier peints blindés ou l'accès au gaz au lieu des plaques électriques, » témoigne le professeur du Karolinska Institute Olle Johansson, également présent au colloque. Ce droit des personnes handicapées de vivre comme tout le monde est garanti par une convention des Nations Unies que l'ensemble des Etats développés ont signé, la Suède comme la France, a-t-il rappelé. Le Wifi met à mal le dialogue social à Paris
Pour l’heure, l'atmosphère reste électrique entre les Affaires Culturelles de la Ville de Paris et les bibliothécaires touchés par l'intolérance au Wifi. Après une première alerte sanitaire d'une quarantaine de salariés et une campagne de mesures confirmant le respect des normes en vigueur, la mairie a décidé en octobre 2008 de rebrancher les bornes sans fil incriminées. Sans concertation, ni audition du Professur Belpomme, proposé par les organisations syndicales. Pourquoi la Mairie de Paris a-t-elle récusé l'expertise du Professeur Belpomme ? Un communiqué de Maïté Errecart, adjointe au maire de Paris en charge des ressources humaines, précise les raisons. Si l'adjoint en charge de la culture, Christophe Girard, (président de la Commission Hygiène et sécurité (CHS) de la Direction des Affaires Culturelles), n’a pas retenu ce thème, c'est parce que « ce sujet dépasse très largement les compétences du CHS et que la Ville organisera en mars prochain une conférence de citoyens « Ondes, Santé, Société ». »
Le syndicat Supap-FSU dénonce lui une politique du fait accompli. La question du droit de retrait de deux employées des bibliothèques parisiennes « wifisensibles » a été écartée de l'ordre du jour du CHS prévu le 13 janvier 2009. Tout comme l'impact sanitaire de la technologie de radio-identification (RFID), rappellent ensemble la CGT, FO, UNSA et Supap-FSU. Ces entorses à la procédure ravivent les tensions sociales accumulées. Exaspérés, les représentants du personnel ont décidé de boycotter les réunions du CHS des Affaires Culturelles.
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