Poznan : la déception

Changement climatique \Les négociations climatiques

Publié le 15-12-2008

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Dernière conférence des Nations Unies avant celle de Copenhague en 2009, qui devra aboutir sur un accord post-Kyoto, la conférence de Poznan vient de fermer ses portes. Pays pauvres et ONG environnementales regrettent une fois de plus le manque d'ambition des pays développés, pour lutter efficacement contre les impacts imminents du changement climatique.

La 14ème conférence des Nations Unies sur le changement climatique s'est achevée ce samedi 13 décembre à Poznan. Déçues, les ONG environnementales dénoncent le peu d'évolution depuis la conférence de Bali, il y a tout juste un an, et craignent que ce manque d'ambition ne conduise à un échec de la future conférence de Copenhague, en décembre 2009.

Si les dernières heures de la conférence ont cimenté quelques unes des négociations, l’attention de la communauté internationale s’est surtout portée, au cours des deux semaines de rencontres, sur l’Union européenne. Hasard du calendrier, le vote du paquet climat énergie européen s’est déroulé le 12 décembre, à la veille de la clôture de Poznan. Unanimement, Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, et Yvo de Boer ont salué un « signe de détermination et de courage (…) qui contribuera à propulsera le monde vers un accord fort, ambitieux et qui pourra être ratifié à Copenhague. » Pourtant, les ONG dénoncent un plan vidé de sa consistance, suite aux pressions des pays européens énergivores (voir article lié).

Depuis Poznan, leur constat est amer : le plan européen est décevant, et le bilan de la conférence internationale l’est tout autant. « Les mauvais élèves ont gagné.» Damien Demailly, chargé de la campagne climat énergie WWF France, regrette que les pays industrialisés n’aient pas été capables de s’engager sur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40%, comme le recommande le GIEC depuis plus d’un an. « La Russie, le Canada et le Japon ont catégoriquement refusé un engagement commun sur des objectifs. Du coup, le texte qui résulte de Pozan reconnaît les conclusions du GIEC, mais ne va pas plus loin. » Le discours était quasiment identique, l’année dernière, à Bali. Pourtant, des pays comme l’Afrique du Sud ou la Corée du Sud ont avancé des propositions constructives de réduction de leurs émissions et souhaitent par ailleurs s’engager dans des actions nationales. Le Mexique s’est pour sa part fixé un objectif de long terme, et a proposé de mettre en place un fonds « vert », financé par des subventions publiques. De quoi devancer bien des pays dits « développés ».

Le fonds d’adaptation toujours pas opérationnel

Et même si les ONG saluent les avancées sur le processus (un mandat a été accordé aux présidents des groupes de travail, pour chacun rédiger un texte qui sera débattu dès le début de l'année 2009), la grande déception concerne la mise en œuvre du fonds d’adaptation au changement climatique destiné aux pays pauvres, qui piétine depuis sa création à Bali.
Abondé par une taxe de 2% sur les mécanismes de développement propre (MDP), il est actuellement doté de 60 millions de dollars. Mais les Nations Unies estiment qu'il faudra d'ici 2030 des dizaines de milliards de dollars par an pour faire face aux impacts du changement climatique. Pour l’heure, tous s’accordent pour dire que ce fonds est largement insuffisant.  Les ministres et hauts responsables présents à Poznan ont toutefois reconnu le droit légal de faire fonctionner le fonds, dont le conseil d’administration n’avait toujours pas le droit de signature depuis Bali. Mozaharul Alam, délégué du Bangladesh, précise cependant qu’il faudra peut-être attendre encore un an avant que l’argent ne soit distribué. De son côté, l'Union européenne a fait valoir que, dans un contexte de crise économique, un accès trop facile au fonds constituerait un précédent négatif : « nous voulons aussi être sûr du bon emploi de cet argent et de l'efficacité des projets », dixit le ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, tout en reconnaissant que le fonds d’adaptation est « beaucoup trop faible.»
Apisai Ielemia, premier ministre de Tuvalu (Etat du Pacifique sud) avait pourtant rappelé le 11 décembre, dans son discours de plénière, que « le fonds pour l’adaptation est celui de la survie pour Tuvalu et beaucoup d’autres pays. Mais je dois vous dire que nous sommes particulièrement inquiets de la manière dont les négociations sur le fonds pour l’adaptation se déroulent (…). Les pays les plus vulnérables doivent pouvoir accéder à ces financements sans délai. Nous ne voulons pas que ce fonds finisse comme les autres administrés par le Fonds pour l’environnement mondial, où ceux qui parviennent à obtenir des financements sont ceux qui peuvent se payer des consultants spécialisés. »
Au sortir de la conférence, Juan Lozano, ministre colombien de l’environnement, s’est dit « terriblement triste et déçu. Le volet humain du changement climatique est la souffrance de nos orphelins et de nos victimes et cela n'a pas été pris en compte, ici. C'est un mauvais signe sur la route de Copenhague", a-t-il ajouté, tandis que son homologue indien Prodipto Gosh parlait de "l'un des moments les plus tristes" des négociations auxquelles il participe depuis 12 ans.

Anne Farthouat
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