Changement climatique \Entreprises et acteurs économiques

Les banques tardent à prendre en compte l'enjeu climatique

Dans son dernier rapport, le GIEC soulignait que les futurs investissements dans les infrastructures énergétiques –estimés à 20 000 milliards de dollars d'ici 2030– auront des effets à long terme sur les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, essentiel à l'ensemble des activités économiques, le secteur bancaire ne semble pas avoir pris la mesure de l'enjeu climatique ni, plus largement, du développement durable. Des ONG aux investisseurs institutionnels, les rapports se multiplient pour dénoncer les insuffisances du secteur en la matière.

Le secteur bancaire est la colonne vertébrale des économies contemporaines, mais aussi celle des politiques climatiques. Dans son dernier rapport paru en janvier, le CERES* – Coalition for Environmentally Responsible Economies, coalition d'investisseurs, d'ONG et de groupes environnementalistes – rappelle qu'avec près de 6 mille milliards de dollars de capitalisation boursière, le secteur bancaire et financier mondial à un rôle vital à jouer dans le soutient apporté à des solutions rentables pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre. "Comme experts de la gestion du risque, il est essentiel que les banques commencent dès maintenant à examiner les conséquences financières des risques liés au financement des énergies fossiles," rappelle le rapport.
La question de la responsabilité du secteur bancaire face au changement climatique se pose à la fois pour sa propre activité mais surtout pour les activités qu'il finance. Evaluant la manière dont les 40 principales banques au monde tiennent compte du défi climatique, la conclusion du CERES est sans appel : "Même si plusieurs banques ont fait des progrès, les mesures prises à ce jour ne sont que la pointe de l'iceberg de ce qui est nécessaire" pour faire face au défi climatique.

Satisfaction d'HSBC

De son côté le réseau d'ONG Banktrack, qui s'intéresse, lui aussi, aux opérations du secteur financier privé (banques commerciales, investisseurs, compagnies d’assurance, fonds de pension) et aux impacts de ses activités; publiait en décembre 2007 un autre rapport notant et classant les 45 plus grandes banques internationales selon leur politique sociale et environnementale. Trois critères étaient retenus : le contenu des politiques sectorielles, le degré de transparence et de responsabilité, et l'application de ces politiques. Parmi les résultats de ce rapport, il faut noter que seules 4 banques sur 45 ont développé des politiques concernant les secteurs minier, pétrolier et gazier, et ce malgré leur impact sur l'environnement. Les trois banques françaises retenues, BNP-Paribas, Crédit Agricole et Société générale, n'en ont aucune d'après ce rapport. Par ailleurs, 36 banques sur 45 n'ont aucune politique concernant l'agriculture, y compris le Crédit Agricole en France. Enfin, aucune banque n'a développé de politique sur l'évasion fiscale et les paradis fiscaux. Plutôt bien notée par rapport à d'autres acteurs, la banque HSBC se félicite de ce regard extérieur et souligne "les bienfaits d'un dialogue entre les ONG et les entreprises pour résoudre les problèmes et favoriser l'amélioration des pratiques". Elle estime néanmoins "que la méthodologie BankTrack pourrait contenir plus de détails sur les mesures positives prises par de nombreuses banques."

Sébastien Godinot, des Amis de la terre (membre du réseau Banktrack), dresse un constat sévère : "HSBC ou ABN AMRO par exemple sont bien notées, pour autant elles n'ont pas fait la révolution. Bien sûr, ces banques sont plus en avance que les banques françaises. Par exemple, si le secteur bancaire investit dans les énergies renouvelables c'est parce que c'est une niche rentable. Mais, à l'instar des produits bio distribués en grande surface, ces investissements représentent une quantité négligeable de son activité" ajoute-t-il. Pour l'ONG, "on en est encore au greenwashing, les acteurs du secteur demeurent peu sensibilisés aux questions climatiques et de développement durable".

Réglementation, décarbonisation

Si le secteur bancaire ne peut évidemment pas partager ce constat, la présentation par le Carbon Disclosure Project (CDP) de ses derniers résultats témoignait d'une certaine prise de conscience des insuffisances. Le CDP, dont sont membres d'ailleurs HSBC et ABN AMRO, rassemble 315 investisseurs et avait pour objectif d'inciter les entreprises à réduire leurs émissions de GES en leur demandant d'en rendre compte publiquement. Or, dans ses conclusions, le CDP reconnaît que "Tant et aussi longtemps que les gouvernements ne s'accorderont pas sur des dispositifs de taxation ou de régulation des émissions de GES, les investisseurs manqueront d'incitations pour agir (...)." Face à l'enjeu climatique, le CERES souligne que la "décarbonisation" mondiale sollicitera les banques qui devront notamment examiner "comment les changements climatiques affectent le marché concurrentiel, le prêt et les stratégies d'investissement et, en définitive, leurs résultats financiers." Cet examen vaut pour l'enjeu climatique comme pour l'ensemble des différents enjeux de développement durable : protection de l'environnement, respect des droits de l'homme et des communautés locales, etc… "Aujourd'hui, les banques continuent d'agir comme elles l'ont toujours fait, mais il y a une montée en puissance de ces enjeux pour le secteur bancaire. Le risque environnemental est devenu un risque financier. Les ONG ont amélioré leurs méthodes d'évaluation. Une chose importante est à noter :  les banques les mieux notées sont dans les pays où le poids de la société civile est le plus fort," conclut Sébastien Godinot. D'un rapport à l'autre, force est de constater que partout dans le monde, les différentes parties prenantes du secteur ne semblent pas prêtes à relâcher la pression. Au contraire.

Christophe Brunella
Mis en ligne le : 19/03/2008
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