Le charbon, énergie du 21ème siècle ?

Changement climatique \Entreprises et acteurs économiques

Publié le 08-06-2009

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Depuis le début des années 2000, la consommation de charbon s'est envolée et son prix a quasi triplé. En cause, les besoins croissants en électricité de la Chine, des Etats Unis mais aussi de l'Inde, l'Allemagne, la Russie...Le charbon est aussi l'énergie fossile la plus émettrice de CO2. Un inconvénient majeur, à l'origine de la notion paradoxale de « charbon propre » mise en avant depuis quelques années.

Décidée en 1994, la fermeture de la dernière mine de charbon française est survenue en 2004. Cependant, pour Olivier Appert, président de l'Institut Français du Pétrole (IFP), force reste de constater que « le charbon est l'énergie du 21e siècle ». A l'échelle de la planète, l'ancêtre des énergies fossiles connait en effet une nouvelle jeunesse... Sa production ne cesse de grimper, passant en 1970 de 2,2 à 4,63 milliards de tonnes en 2004. Les quantités consommées ont donc plus que doublé, marquées depuis 2003 par une forte croissance. Comprise entre 5,2 % et 7,7 % par an.

Industrie électro-charbonnière

La demande mondiale en charbon représente environ 25 % de l'énergie primaire et fournit près de 40 % de la production d'électricité. Et souvent beaucoup plus en fonction des pays. Le charbon constitue ainsi près de 51 % de l'électricité produite aux Etats-Unis et en Allemagne. Environ 79 % en Chine, plus de 90 % en Afrique du Sud et près de 94 % en Pologne. La hausse de la demande de charbon résulte exclusivement de cet usage électrique. « Cette tendance est entraînée essentiellement par l'Asie, et notamment la Chine", explique sur le site de l'IFP François Kalaydjian, son directeur développement durable et auteur de "Charbon, la nouvelle donne". En Chine, pour répondre aux besoins électriques des foyers, deux centrales thermiques de 500 MegaWatt sont mises en service chaque semaine. Le charbon, rappelle l'expert, « est largement utilisé dans de nombreux pays occidentaux, notamment l'Allemagne, la Pologne, l'Australie, le Danemark. » La France n'est pas épargnée. Dans le rapport Syrota du Centre d'Analyse Stratégique, Michèle Pappalardo rappelait en 2007 que 80 % des kWh marginaux générés en période de pointe « sont produits par des centrales à charbon. »

Spéculations géopolitiques

Le charbon s'impose comme un élément essentiel des politiques énergétiques présentes et futures. L'IFP estime les réserves à venir de charbon, au rythme actuel de plus de 6 milliards de tonnes produits par an, à environ 150 ans. Soit beaucoup plus que le pétrole (env. 40 ans), et le gaz naturel (env. 65 ans). Mais à la cadence du développement de la Chine et des autres pays émergents, ces réserves chutent à 50 ans. Au point que la Chine, pourtant premier pays producteur avec 38 % des volumes, aurait commencé en 2007 à importer du charbon. Résultat de cet intérêt accru ? Son prix a atteint les 200 $ la tonne en 2008, contre 100 $ quelques mois plus tôt.
Second fait notable, la distribution à peu près homogène des stocks de charbon à l'échelle des continents. Et, c'est l'autre différence majeure avec le pétrole, surtout concentrés à 80% dans les mains de pays membres de l'OCDE et/ou de six « grands » pays. Les USA (28 % des réserves prouvées), la Russie (18 %), puis la Chine (14 %), l'Australie, l'Inde et l'Afrique du Sud. Avec seulement 15% de la production négociés à l'international, la faible part d'import/export indique aussi que le charbon se consomme sur place, là où il est produit. C'est pourquoi son exploitation représente désormais un atout capital, garanti, en terme de souveraineté et de sécurité de l'approvisionnement énergétique. Augmenter l'auto-suffisance ou le recours au charbon constitue par exemple un moyen pour les Etats-Unis de réduire leur dépendance au pétrole. Ou, pour les pays d'Europe, au gaz russe. D'autant que de nouveaux débouchés du charbon se profilent, avec la liquéfaction du charbon en carburant : le Coal to Liquid (abrégé CTL en anglais).

Bouquet énergétique « propre » ?

Sa consommation ne cessant d'augmenter, d'ici 2050, le charbon pourrait fournir 34 % de l'énergie primaire, soit 10 % de plus qu'aujourd'hui. Pour les experts, le charbon est indispensable à tout bouquet ou scénario de transition énergétique à moyen ou long terme. « Le défi de l'énergie nécessite une gamme de solutions. Cessons d'opposer le nucléaire contre le charbon, le renouvelable ou autre chose, » plaide Olivier Appert de l'IFP. « Passons de l'énergie panacée au panaché, » faisait remarquer un autre intervenant du séminaire.

Mais il reste une ombre - de taille- au tableau : l'impact environnemental. La pollution liée au charbon émet des particules polluantes, telles que les oxydes de soufre et d'azote, ainsi que du mercure et des poussières radioactives. « Une centrale à charbon relâche 10 fois plus de radioactivité qu'une centrale nucléaire, » a rappelé Pierre-René Bauquis, professeur d'économie énergétique et ancien directeur stratégie et planification du groupe Total. Il y a aussi l'encombrante question de l'émission de gaz à effet de serre. La combustion du charbon est la plus importante source de dioxyde de carbone des énergies fossiles. Maitriser le défi des émissions CO2 du charbon, une contribution estimée en 2006 à près de 38 % du volume mondial, est le sens de l'expression « charbon propre ». Ce concept en vogue recouvre divers procédés innovants de capture et de stockage du carbone (abrégé CCS en anglais), permettant par exemple de « capter » 95 % du gaz carbonique rejeté par une centrale thermique. Le Danemark, l'Allemagne, la Pologne, les Etats-Unis multiplient les projets d'installations pilotes...décriés par les ONG environnementales, qui mettent notamment en cause la sureté des procédés.

Maxence Layet
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