Protection des forêts : une négociation emblématique du sommet de Copenhague

Changement climatique \Les négociations climatiques

Publié le 18-12-2009

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La protection des forêts et la lutte contre leur dégradation est au cœur des négociations de Copenhague. Mais si l'idée du programme REDD destiné à récompenser les pays en développement semble aujourd'hui acquise, sa mise en œuvre pourrait bien prendre du temps.

Avant le sommet de Copenhague, le dossier des forêts était, de l’avis général, le plus avancé. Le programme REDD (réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forets dans les pays en développement) validé, dans ses grands principes, il y a deux ans à Bali, devait en effet « juste » faire l’objet d’une mise au point technique sur ses mécanismes de mise en œuvre et, éventuellement intégrer la question de la préservation des forets (REDD +). Dans les grandes lignes, le programme a effectivement des atouts séduisants puisqu’il s’agit de récompenser financièrement les pays pauvres qui luttent contre la déforestation ou tentent de conserver leurs forêts. Car si celles-ci peuvent être de véritables puits de carbone, leur destruction – de l’ordre de 13 millions d’hectares chaque année- sont aussi devenues responsables de près de 20% des émissions de CO2…

« La feuille de route de Bali avait levé pas mal d’espoir. Pendant deux ans, il y a eu une émulation hallucinante autour de ce mécanisme sur lequel ont travaillé d’arrache pied les gouvernements, les ONG, les experts, les centres d’analyse stratégique…L’ONU et la banque mondiale ont également monté des projets tests…Mais cela a mis en lumière tous les problèmes du mécanisme. Alors qu’au départ la société civile y était très favorable, elle est donc aujourd’hui plutôt très réservée », décrypte Gregory Jean, chargé de mission forêt internationale pour FNE. Certes, certaines ONG sont plus enthousiastes. Ainsi, pour Mateo Carino Fraisse, coordinateur foresterie pour Rainforest Alliance, si l’on entoure le programme de garde-fous, comme les MRV (Measurment, Verification and Reporting), un objectif de réduction de 20% de la déforestation d’ici 2020, et qu’on inclut la gestion durable des forets et la consultation des communautés locales ou encore la mise en place du programme au niveau national, il devrait être bénéfique. Mais, globalement, à 24 heures de la fin des négociations et au vu du flottement qui entoure encore le texte, l’optimisme n’est plus vraiment de mise. Certes, « il y aura un accord de principe sur REDD, estime l’économiste du CIRAD Alain Karsenty. Mais il ne sera certainement pas prêt à fonctionner. »

A Copenhague, le sentiment est partagé par la plupart des observateurs. Ainsi, si Tony La Vila qui présidait les débats sur le sujet s’enorgueillissait le 17 décembre au soir d’avoir un « texte plus ou moins acquis, à l’exception de certains endroits », selon Reuters, les retours des ONG nuançaient le consensus. Car en début d’après-midi le texte contenait encore ces multiples mots entre crochets qui symbolisent les décisions non tranchées. Elles sont encore nombreuses et, surtout, concernent des points aussi essentiels que la question des références prises pour les objectifs de réduction de la déforestation, les mécanismes de financements (marché ou fonds publics), les types de forêts éligibles (seulement les forêts primaires ou les nouvelles plantations, y compris industrielles ?) ou encore la gouvernance… « Les négociations se sont déroulées dans un climat délétère, avec une très forte opposition des Etats-Unis, raconte Gregory Jean. La nuit de mercredi au jeudi, la séance précédant la remise du « draft » à la COP a débuté a 5 heures du matin, il manquait les trois-quarts des délégués, la société civile était quasiment absente, certaines personnes dormaient, le président du LCA (Long term Cooperative Action) était totalement épuisé… » Il aura donc fallu que, dans la journée de jeudi, les négociateurs techniques reprennent les négociations sur le draft rendu en tout début de matinée…

De multiples problèmes à résoudre

Si le compromis est, au final, si difficile à trouver, c’est aussi parce que l’enjeu est énorme : non seulement au niveau environnemental  mais aussi et au niveau économique. Cela pourrait permettre d’ouvrir un marché d’environ 30 milliards de dollars qui pourrait certes bénéficier aux pays en développement, mais aussi au pays développés dont certains y voient de nouvelles opportunités de compensation carbone. Ceci explique notamment le bras de fer entre les pays en développement et les pays développés sur la question du financement…sans parler du business juteux pour les organismes certificateurs qui garantiront la transparence et l’efficacité du processus...

Jusqu’à présent, il existait bien en effet des mécanismes financiers pour lutter contre la déforestation.  Mais si les programmes de compensation volontaires ont séduit et représentent un vrai marché de la forêt (20% sont consacrés a des programmes de conservation de la foret), les mécanismes de développement propre (MDP), qui étaient en partie ouverts aux forêts, ont été un échec. Trop complexes, trop peu intéressants financièrement… Ils n’ont au final concernés que 10 projets sur près de 2000 ! Or, « REDD pose les mêmes problèmes que le MDP mais puissance 100 », juge Alain Karsenty.
Par ailleurs, les fonds publics, dont les « fast starts » de 3,5 milliards de dollars promis par la France, les Etats-Unis, l’Australie, le Japon ou la Norvège, seront-ils suffisants ? Certainement pas. Pour Alain Karsenty, 50 milliards sont nécessaires car « il faut prendre en compte les causes de la déforestation », et ses aspects économiques, sociétaux et sociaux. Faudra-t-il alors recourir au marché, comme cela se dessine à terme ? La question crispe l’économiste et nombre d’ONG mais elle semble d’ores et déjà être l’une des réponses les plus probables.

Au final, le cheminement de REDD « est à l’image des négociations sur la totalité du texte discuté au sommet », conclut Gregory Jean. Autrement dit, à un jour de la fin du sommet, les détails sont loin d’être réglés et la question du financement bien que cruciale est encore très floue…On se demande aussi si l’on prend bien en compte toute la complexité de cette question, qui concerne certes le carbone mais aussi la biodiversité, la production agricole et la vie des 1,6 milliards d’êtres humains qui dépendent directement et indirectement de la forêt.

Béatrice Héraud, envoyée spéciale à Copenhague
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